Les Olympiques, ça n'a rien de politique!

D'accord, les Jeux de Sotchi coûtent un peu cher. 51 milliards de dollars pour un party de deux semaines.
À eux seuls, le chemin de fer et la route pour rejoindre les lieux de compétitions en montagne ont coûté 6,5 milliards $. Autant que la facture totale des Jeux de Vancouver! Un rigolo a même calculé qu'il aurait été plus économique de recouvrir la route d'un centimètre de caviar...
Mais comme l'a expliqué le patron du Comité international olympique (CIO), Thomas Bach, on ne peut pas régler «toutes les controverses». L'important, c'est que l'esprit de la Charte olympique soit respectée.
Sans blague. Les bonzes du CIO ne seraient pas capables d'identifier un mafioso dans un épisode des Soprano. Ni de reconnaître un tricheur dans un laboratoire de stéroïdes. Mais ils assurent que l'esprit de la Charte olympique a été respecté.
Fiou! Entendez-vous le soupir des milliers d'ouvriers qui ont été traités comme des esclaves, sur les grands chantiers de Sotchi?
La logique olympique ressemble à ceci.
Lorsque le patron du CIO louange le président Vladimir Poutine, malgré la corruption à grande échelle, il ne fait pas de politique.
Par contre, si des manifestants dénoncent les lois russes qui répriment l'homosexualité, ils font de la politique «sur le dos des athlètes».
Même le patriarche de l'Église orthodoxe russe, Cyrille, ne dirait pas mieux.
Quand Cyrille le tordu déclare que l'homosexualité constitue «un symptôme alarmant de l'apocalypse», et qu'il faut «tout mettre en oeuvre» pour empêcher sa légalisation, il assure que ça n'a rien à voir avec la politique.
Même lorsqu'il déclare que l'élection de Vladimir Poutine constitue «un miracle divin», Cyrille se défend de faire de la politique.
Ceux que j'ai entendu dire le contraire seront privés de dessert. Pis pour longtemps, à part ça.
Le pire, c'est qu'il semble que les militants de la cause homosexuelle perdent leur temps. Vous savez pourquoi? Parce qu'il n'y aurait pas d'homosexuels à Sotchi! Même pas un tout petit, caché dans un placard! C'est le maire de Sotchi, Anatoli Pakhomov, qui l'a juré.
Et si M. le maire le dit, il faut le croire. Même après la diffusion récente d'un reportage de l'agence de presse Reuters, sur un cabaret gai de Sotchi, le Mayak.
Après tout, pourquoi ces idiots de journalistes doutent-ils du maire Pakhomov?
Parce qu'il s'agit d'un protégé de Poutine? Parce que son rival à la mairie s'est fait balancer de l'ammoniaque en plein visage, durant la dernière campagne électorale? Parce que son élection a été marquée par plus d'irrégularités qu'il ne se trouve de taches sur la bavette d'un bébé de 10 mois, mangeant de la purée de carottes très liquide?
Je résume la leçon.
Olympiques, ça ne rime jamais avec politique.
N'écoutez pas les pisse-vinaigre, comme l'ancien ministre tchèque des Affaires étrangères, Karel Schwarzenberg. Apparemment, Monsieur n'arrive pas à oublier les 100 000 morts des deux guerres menées par la Russie en Tchétchénie, depuis 20 ans. Il trouve «étrange» d'organiser «une fête de la paix et du sport dans le voisinage immédiat d'un lieu où l'on a massacré et mené une guerre d'agression».
Mais au fond, qui est ce M. Schwarzenmachin? Peut-être un nostalgique de la Guerre froide? Un jaloux de la grandeur russe? Et combien de médailles a récoltées son pays, aux derniers Jeux d'hiver? Six! Bref, une misère.
Mister Schwarzenberg, vous seriez pas mauvais perdant sur les bords?
Où en étions-nous? Ah oui. Les Jeux olympiques de Sotchi, il paraît que c'est la fête de la paix et du sport.
C'est pas les 30 000 policiers et les 35 000 soldats mobilisés pour l'événement qui vont prouver le contraire. Encore moins des lois spéciales qui autorisent l'emprisonnement préventif à tour de bras.
Plus que jamais, l'humour russe parle d'un temps où l'on ne distingue plus trop ce qui est politique.
«Quatre amies se rencontrent. À peine arrivée, la première prend une moue dépitée : «Bof...»
La seconde enchaîne, en serrant les dents : «Mouais. C'est pas évident...»