La musique est omniprésente durant le spectacle, notamment par l'entremise de «prises de parole mises en musique», note le créateur Simon Drouin.

Les oiseaux mécaniques au Mois Multi: détournements majeurs

Du théâtre propret et bien rangé? Très peu pour Simon Drouin et Laurence Brunelle-Côté, du Bureau de l'APA. Les deux créateurs préfèrent parler de bricolage indiscipliné. Leur nouvelle création, Les oiseaux mécaniques, ouvre mercredi soir le Mois Multi, avec un détournement majeur sur fond d'aliénation.
La précédente création du Bureau de l'APA, La jeune fille et la mort (qu'ils viennent tout juste de présenter à New York), avait marqué les esprits. Après la salle de classe, c'est la salle de concert qu'investissent le duo et leurs acolytes. «On parle d'une symphonie en quatre mouvements», explique Simon Drouin, aussi membre de L'orchestre d'hommes-orchestres. «En fait, on fait un détournement de la Neuvième symphonie de Beethoven, qu'on a choisie parce que c'est un des plus grands lieux communs de l'histoire musicale», continue-t-il.
Et les oiseaux mécaniques, dans tout ça? L'ornithologie est récurrente tout au long de la pièce, mais s'est imposée quand les créateurs sont tombés sur un fait historique qui les a inspirés. «Au XVIIIe siècle, certains ont commencé à faire apprendre à des oiseaux une mélodie avec une petite serinette, qui est un genre d'orgue mécanique», raconte Simon Drouin. «On rejouait sans cesse les mêmes mélodies aux oiseaux, qui finissaient par les apprendre, et désapprenaient leur chant inné. Ça nous sert de trame de réflexion sur l'aliénation.»
«On est des automates», renchérit Laurence Brunelle-Côté. «Au niveau du propos, c'est proche de ce qu'on a fait avec La jeune fille et la mort. Ce sont deux oeuvres sur la question du pouvoir et du déterminisme. Mais au niveau esthétique, c'est complètement différent», nuance l'auteure et performeuse.
Musique omniprésente
La musique est omniprésente durant le spectacle, notamment par l'entremise de «prises de parole mises en musique», note Simon Drouin. «C'est fait de façon très brute, en ne les versifiant pas trop. Ça donne de petites ritournelles. Elles sont simples harmoniquement, elles tournent un peu en rond et il y a une sorte de surimpression d'un discours qui opère», poursuit-il.
Une réflexion sur «la musique qu'on entend partout, qui est dans les centres d'achats, et qu'on se met à chanter sans savoir d'où ça vient», expose Simon Drouin. «On s'est demandé : c'est quoi la musique de notre époque? Quel est ce pouvoir-là qui réveille et qui endort, qui met debout et qui fait s'asseoir...»
Sur scène, 10 performeurs, dont Simon Drouin et Laurence Brunelle-Côté, jouent avec les créations de plusieurs autres artistes (dont les violons mécaniques de Maxime Rioux). Parmi eux, un chef d'orchestre... et un critique de théâtre, Alain Martin, qui critique la pièce en direct, tout en étant partie prenante du spectacle. «Il y a ce jeu-là d'être dedans et dehors, explique Simon Drouin. Il contrôle un peu la perception des spectateurs, d'une certaine façon. C'est très ludique, parce que c'est ambigu.»
Une démarche qui cadre totalement avec la mission du Bureau de l'APA de faire fi des disciplines. «Pour nous, c'est une manière de ne pas standardiser la présentation, explique Laurence Brunelle-Côté. À la place, on réfléchit ensemble. On fait de l'art vivant.» Son acolyte complète : «Il y a cette idée de confronter et de superposer les démarches, plutôt que l'une d'elles soit asservie à l'autre.»
Vous voulez y aller?
Quoi: Les oiseaux mécaniques
Quand: ce soir et demain, 19h30
Où: salle Multi du complexe Méduse, 591, rue Saint-Vallier Est
Billets: 25 $ (20 $ pour les 30 ans et moins)
Info: 418 524-7553,  poste 3
C'est parti pour le Mois Multi!
La présentation du spectacle Les oiseaux mécaniques marque le coup d'envoi du 15e Mois Multi.
Le festival d'arts multidisciplinaires se tiendra dans différents lieux jusqu'au 2 mars.
Au menu, de nombreux spectacles mêlant musique, théâtre, danse, littérature, projection vidéo, arts électroniques... Ce soir, Frequencies (Synthetic Variations) du Montréalais Nicolas Bernier est à l'affiche du studio d'Essai de Méduse. Demain, Jocelyn Robert viendra présenter son Quelques détours pour piano seul, un concert où le pianiste de Québec ne pourra jouer qu'en se laissant dériver dans un labyrinthe logiciel conçu pour l'occasion.
Vendredi et samedi, un spectacle de danse et d'arts électroniques, Hakanaï, sera présenté à la salle Multi, pendant que le duo de Québec formé par Mathieu Campagna et Miriane Rouillard proposera sa performance sonore Opium au studio d'Essai.
Cette semaine est aussi l'occasion de découvrir les Cabarets du Mois Multi, où des artistes ont carte blanche pour explorer la relation entre les spectateurs et le mouvement. Quatre soirées sont prévues dès ce soir et jusqu'à samedi, au Cercle. Le volet installation du festival prendra quant à lui son envol dès le 13 février, alors que les spectacles continueront de battre leur plein jusqu'à la dernière fin de semaine de février.
Pour consulter toute la programmation: goo.gl/qT8Tlf.