Pasternak, un des sketches des Nouveaux sauvages de Damián Szifron, qui se moque des travers humains avec beaucoup d'acuité.

Les nouveaux sauvages: mordant et hilarant

L'hilarant Les nouveaux sauvages (Relatos Salvajes) a causé une agréable surprise à Cannes, l'an passé. Pas tellement dans sa thématique, mais bien dans le ton employé. Le film à sketches mordant de Damián Szifron mise sur la satire, l'humour noir et sanguinolent. C'est décapant à souhait. Mais c'est très réussi puisque le réalisateur argentin s'est même retrouvé en nomination aux Oscars.
<p>Le sketche <i>Les rats</i></p>
<p>Le sketche <i>La route de l'enfer</i></p>
Le pari était osé puisque le genre est très peu pratiqué, surtout par un même réalisateur. Mais en six vignettes, Szifron explore toutes les facettes de la vengeance, de la plus petite à la plus énorme, servie sur un ton très politiquement incorrect et par une violence décalée.
L'oeuvre a une dette évidente envers Pedro Almodóvar (un des producteurs), mais elle n'a rien à envier au célèbre réalisateur sur le plan de l'originalité, de l'humour visuel ainsi que de la mise en scène éclatée. Les nouveaux sauvages s'ouvre d'ailleurs par un segment dans un avion 10 fois meilleur que Les amants passagers (2013) du grand réalisateur espagnol. Dans ce prologue intitulé Pasternak, les passagers se rendent progressivement compte qu'ils connaissent tous le mystérieux acheteur de leur billet... On ne vous gâchera pas le punch.
En fait, ce qui est fascinant avec ce film, c'est l'éventail de propositions. Certaines sont plus intimes, comme Les rats, qui met en scène une serveuse qui reconnaît dans un client un homme qui a causé la ruine de sa famille, alors que d'autres comme Petite bombe et La proposition abordent de front de vastes questions par l'entremise d'une situation tragico-comique. Damián Szifron en profite pour se moquer des travers sociaux et humains avec beaucoup d'acuité.
Il sait aussi faire preuve de beaucoup d'imagination pour transformer une situation somme toute banale, un dépassement en voiture ou une scène de jalousie à un mariage, en des moments de proportions épiques.
Un tel exercice est forcément inégal. Petite bombe, en milieu du long métrage, vient casser le rythme trépidant du film et contient même des longueurs. Et c'est vraiment trop tiré par les cheveux pour qu'on y adhère.
Mais ce petit incident de parcours ne gâche pas l'ensemble. En fait, certains sketches sont tellement désopilants que je ne me souviens pas la dernière fois où j'ai autant ri de bon coeur au cinéma. On est loin des comédies grasses et vulgaires pour ado attardé qui pullulent sur les écrans.
Faire rire tout en faisant réfléchir. C'est l'apanage des meilleurs.
=> Au générique
Cote : *** 1/2
Titre : Les nouveaux sauvages (v.o.s-t.f. de Relatos Salvajes)
Genre : film à sketches
Réalisateur : Damián Szifron
Acteurs : Ricardo Darin, Oscar Martinez et Dario Grandinetti
Salles : Clap et Clap au Musée de la civilisation
Classement : 13 ans et plus
Durée : 2h02
On aime : le ton satirique. L'humour féroce. La critique sociale
On n'aime pas : deux segments plus faibles