Melissa Morrison et Alex Vicefield, respectivement directrice des ressources humaines et directeur de Chantier Davie Canada

Les neuf vies de Davie

Directeur du Chantier Davie Canada, Alex Vicefield se souvient de sa première visite au chantier de Lévis peu de temps avant que Zafiro Marine (aujourd'hui Inocea) mette le grappin, en novembre 2012, sur l'entreprise en faillite.
«J'avais été impressionné par les installations, dont la présence de la plus grande cale sèche au Canada. Wow! Je me rappelle aussi d'avoir croisé l'un des rares gestionnaires encore en poste. Ça m'avait frappé. Il avait la tête basse. Il semblait désabusé. Il ne croyait plus à la relance du chantier. Trop d'anciens propriétaires avaient failli à la tâche avant nous. Je lui avais alors promis que nous allions faire tout ce que nous pouvions pour rallumer la flamme chez Davie», se remémore M. Vicefield.
Au moment de l'acquisition de l'entreprise en banqueroute par Inocea, il n'y avait qu'une poignée de travailleurs à l'oeuvre. Et 900 autres sur la liste de rappel.
«Aujourd'hui, 80 % d'entre eux ont repris le boulot», signale la directrice des ressources humaines, Melissa Morrison. Il reste moins de 100 travailleurs sur la liste de rappel.
«À l'exception de celle des soudeurs - dont le rappel au travail commence à se faire avec le début des travaux sur les deux navires de la Société des traversiers du Québec -, toutes les listes de rappel ont été pratiquement vidées», ajoute Gaétan Sergerie, le président du Syndicat des travailleurs du chantier naval de Lauzon (CSN), l'un des quatre syndicats de l'entreprise. «Dans le cas des assembleurs-mécaniciens, des électriciens, des charpentiers et des peintres, entre autres, il y a constamment de nouvelles embauches qui sont faites.»
C'est au compte-gouttes que la nouvelle direction du chantier a rappelé les travailleurs au boulot, notamment pour exécuter les travaux sur les trois navires de la société norvégienne Cecon.
«Nous ne voulions pas commettre l'erreur commise par nos prédécesseurs et nous lancer tête perdue dans des opérations de rappels massifs et risquer de perdre le contrôle. Nous avons choisi d'y aller lentement et d'agir correctement selon un plan de match bien défini», explique Alex Vicefield.
De 40 à 850 employés
À l'arrivée du nouveau propriétaire, l'équipe de gestionnaires était en lambeaux. Il fallait la rebâtir de A à Z.
«À notre grand bonheur, des gestionnaires chevronnés venant des chantiers de l'est et de l'ouest du pays ont choisi d'abandonner leur emploi à Halifax ou à Vancouver pour venir mettre l'épaule à la roue», signale M. Vicefield. «Nous avons ainsi pu recruter les meilleurs gestionnaires dans l'industrie de la construction navale au Canada.»
«J'ai quitté mon emploi au chantier Irving, à Halifax, en sachant que j'allais contribuer à bâtir quelque chose de spécial ici à Lévis», raconte Melissa Morrison.
Cette dernière ne s'est pas tourné les pouces depuis son arrivée à Lévis en février 2013. «Nous étions à peine une quarantaine de personnes sur le chantier en incluant les agents de sécurité. Un an plus tard, nous sommes 850 employés et nous rappelons au travail - ou nous embauchons - 20 à 40 personnes par semaine.»
Mme Morrison explique qu'avant d'amorcer la ronde de rappel des travailleurs qui avaient été mis à pied en février 2010, Davie a communiqué avec les ex-salariés pour leur expliquer que le retour au boulot allait se faire progressivement et qu'ils avaient encore le temps de décider s'ils désiraient rentrer au bercail ou aller tenter leur chance chez un autre employeur.
Chantier Davie Canada, qui a du pain sur la planche à offrir à ses travailleurs jusqu'à la fin de 2015, assure qu'il parvient à recruter tout le personnel dont il a besoin, et ce, malgré la rareté de main-d'oeuvre dans la région de Québec et le passé tumultueux de l'entreprise qui a connu sa part de hauts et de bas.
«Nous offrons de bons emplois syndiqués et des conditions avantageuses», insiste Alex Vicefield.
«Moi, je demande toujours aux candidats pourquoi ils choisissent Davie. Leur réponse est la même: ils veulent faire partie de la relance, ils veulent que Davie soit un succès», note Melissa Morrison.
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<p>Géatan Sergerie, président du Syndicat des travailleurs du chantier naval de Lauzon</p>
La clé: la communication
En 42 ans au chantier de Lévis, Gaétan Sergerie en a connu des propriétaires convaincus qu'ils avaient trouvé la recette magique pour assurer la pérennité de l'entreprise, et ce, en dépit du caractère cyclique de l'industrie maritime.
«Ce qui a changé, c'est l'attitude de la nouvelle direction à l'égard des travailleurs. La communication est constante. Les canaux sont ouverts. Ce n'était pas le cas avec les derniers propriétaires. Les Norvégiens posaient des gestes et ils nous en informaient après coup. La plupart du temps, ça ne marchait pas et nous étions constamment en mode de réparation des pots cassés», note cet assembleur-mécanicien de métier qui est à la tête du Syndicat des travailleurs du chantier naval de Lauzon (CSN) depuis mai 2013.
Une fois par semaine, Gaétan Sergerie et Melissa Morrison - la directrice des ressources humaines - se rencontrent pour résoudre les pépins qui surviennent en cours de route. «Le chef de la direction de Davie, Alan Bowen, a également signifié son intérêt pour nous rencontrer de façon hebdomadaire lorsqu'il est présent à Lévis. C'est certain que ça nous intéresse», indique M. Sergerie.
Melissa Morrison confie que son approche avait d'abord «dérouté» ses vis-à-vis syndicaux. «Je suis une femme franche et ouverte. Je ne laisse pas traîner les problèmes.»
«Nous sommes loin de l'époque de la perpétuelle confrontation entre l'employeur et les syndicats où chacune des parties cherchait à tirer la couverture de son côté. Il y a une volonté commune de travailler ensemble pour améliorer les façons de faire», affirme Alex Vicefield en vantant l'attitude «fantastique» des syndicats dans l'opération de rappel de travailleurs.
Par ailleurs, Gaétan Sergerie ne manque pas de souligner que le nouveau propriétaire apporte une attention particulière à la santé et à la sécurité des travailleurs.
Les contrats de travail liant Chantier Davie Canada et ses employés viendront à échéance le 30 juin 2016.