Les maires veulent recentrer la campagne sur les régimes de retraite et les infrastructures

Les maires du Québec ont choisi leur bataille. Ils lancent dans la campagne leurs deux enjeux principaux : les régimes de retraite et les infrastructures. Les élus municipaux somment les partis politiques de laisser de côté le débat sur la souveraineté et sur la Charte et de se concentrer sur les problèmes qui touchent le portefeuille des contribuables, au quotidien.
Le maire de Québec, Régis Labeaume, le maire de Rimouski et président de l'Union des municipalités du Québec, Éric Forest, et le maire de Montréal Denis Coderre ont rencontré les médias à Québec, lundi.
«Le temps des municipalités, c'est maintenant», a lancé d'entrée de jeu le maire de Rimouski et président de l'Union des municipalités du Québec (UMQ), Éric Forest. «Ça fait trop longtemps qu'on attend des réformes qui ne viennent pas. Il y a urgence.»
Et la vingtaine de maires qui étaient réunis lundi à l'hôtel de ville sous l'égide de l'UMQ pour «parler d'une seule voix» ont bien l'intention de se faire entendre cette semaine. Et d'avoir des réponses d'ici quelques jours, soit au débat des chefs de jeudi, ou au deuxième Sommet sur le milieu municipal, qui se tiendra vendredi à Québec. Déjà, les trois chefs des principaux partis, Philippe Couillard, Pauline Marois et François Legault, ont annoncé leur intention d'y être.
Les maires réclament que soit redéposé dès le lancement de la prochaine session parlementaire le projet de loi pour encadrer les négociations entourant le partage des régimes de retraite. Le nouvel outil qu'ils réclament et qui ne se trouvait pas dans la première mouture est l'obligation de négocier pour le partage des déficits accumulés, a expliqué le maire de Québec, Régis Labeaume. On ne parle plus de décret. Mais on veut que les parties aient l'obligation de s'entendre sur le passé. «Parce que le gros de l'argent est là.» À Québec, les déficits accumulés s'élèvent à 516 millions $, dit-il.«C'est réglable sans créer de tsunami, [...] sans fouiller dans les poches des employés», a avancé M. Labeaume.
La mairesse de Longueuil, Caroline St-Hilaire, a martelé que le problème touche maintenant «tout le Québec». «Si le gouvernement ne bouge pas, ce sont les contribuables qui vont payer.» C'est déjà commencé dans sa municipalité, où les citoyens subiront une hausse de taxes de 100 $ dès cette année. À Québec, le maire a rappelé l'augmentation de 150 $ pour une maison moyenne dès 2015.
Employés ouverts
Gilles Lehouillier, maire de Lévis, a ajouté que la nouvelle loi doit être adoptée d'ici juin 2014. «Je pense que nos employés sont ouverts. Ils souhaitent même que cet encadrement-là soit donné. Ils veulent s'asseoir à la table pour trouver une solution permanente tout en assurant la pérennité de nos régimes de retraite.»
En ce qui concerne les infrastructures, le maire de Montréal, Denis Coderre, rappelle que 58 % des infrastructures publiques au Québec sont municipales mais que seulement
8 % du budget du Plan québécois des infrastructures y est consacré. Ses collègues et lui exigent le rehaussement du seuil d'investissement de 650 millions $ par année pour assurer la remise à niveau des infrastructures.
Les maires en ont assez d'être considérés comme des «élus de deuxième classe» et souhaitent obtenir plus de pouvoir décisionnel et avoir leur mot à dire à la table Québec-Ottawa sur la conception des programmes d'infrastructures. Ils ne veulent plus faire les frais des «petites guerres de territoire» entre les deux paliers supérieurs.
Pour les contribuables
Ils savent que jusqu'à maintenant, la campagne a beaucoup porté sur la souveraineté et la charte. Mais ce ne sont pas ces sujets qui intéressent les contribuables, clament-ils. «On va demander aux chefs de partis de revenir un peu, d'atterrir et de se demander maintenant ce que leurs gestes vont coûter aux payeurs de taxes. On n'est pas dans la souveraineté, on n'est pas dans la Charte. Il y a du monde qui va être taxé en 2015 si la loi qui est déposée ne change pas.»
«On ne veut rien savoir d'une élection référendaire», a pour sa part réitéré Denis Coderre. «Si eux autres veulent se chicaner sur d'autres dossiers, donnez-nous l'argent, donnez-nous la capacité de s'assurer qu'on va mettre à niveau les infrastructures, et on va s'en occuper.» Ces demandes ne sont pas une liste d'épicerie, mais des demandes sur des enjeux qui «touchent directement la qualité de vie des citoyens», a plaidé Éric Forest. Et, ont dit en choeur les maires lundi, le statu quo n'est plus une option.
L'intervention du maire de Victoriaville, qui a réclamé qu'on s'occupe «des vraies affaires», a donné lieu au moment cocasse de la journée. Alain Rayes a réalisé sur le champ qu'il calquait sans le vouloir le slogan électoral des libéraux. Le maire Labeaume a tenté de rattraper la situation : «On est déterminés à parler des vraies affaires et on veut donner une go aux négociations sur les fonds de pension. Et on veut que ça se fasse avec notre tête», a-t-il rigolé.
En soirée, le chef de l'opposition à l'hôtel de ville, Paul Shoiry, a applaudi la sortie commune des maires. Il croit aussi que les partis doivent s'engager. «Je suis heureux d'entendre M. le maire, qui a laissé tomber la demande de donner le pouvoir aux maires de décréter. Je pense que les choses peuvent et doivent se faire par la négociation.»
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Réaction plutôt tiède des syndicats
Les syndicats ont réagi de façon plutôt tiède lundi à la sortie des maires des grandes villes qui veulent forcer la négociation sur le partage des déficits passés des régimes de retraite. Le président du syndicat des cols bleus, Daniel Simard, souligne que ses membres se sont toujours montrés ouverts à tout, même au partage des déficits passés. Mais avant de se prononcer là-dessus, le syndicat veut avoir toutes les informations nécessaires. «C'est sûr que si on a des augmentations de salaire qui nous aident, c'est un autre monde», lance le syndicaliste, qui rappelle que les employés manuels n'ont pas eu de hausse salariale depuis quatre ans. La présidente de l'Alliance des professionnels, Sylvie Dolbec, a surtout noté l'affirmation du maire : «C'est réglable sans créer de tsunami, sans fouiller dans les poches des employés.» À l'échelle du Québec, la sortie des maires a été plutôt mal reçue par les représentants du Syndicat canadien de la fonction publique, qui jugent que les mesures réclamées «ne sont ni nécessaires ni équitables» et que les maires «noircissent la situation». Le syndicat des fonctionnaires municipaux n'a pas réagi lundi.