Les maires ont du front

Il est de bonne guerre de profiter d'une campagne électorale pour essayer d'arracher des promesses aux partis politiques. Souvent ça marche.
L'Union des municipalités du Québec (UMQ) l'a fait lundi en demandant plus d'argent pour les infrastructures et une loi pour forcer les syndicats à négocier un partage des déficits des régimes de retraite.
La demande est claire. J'ai cependant un problème avec l'argumentaire. Sur quelle planète vivent les maires pour demander au gouvernement d'investir plus en prétextant que leurs citoyens n'en peuvent plus de payer?
Si les citoyens n'en peuvent plus de payer des taxes municipales, c'est pareil pour les impôts. On parle ici des mêmes citoyens.
Lorsque l'UMQ veut ajouter 650 millions $ par année pour les infrastructures, ça veut dire une nouvelle facture à payer. Que ce soit les villes ou le gouvernement, ce sont les citoyens qui vont finir par l'assumer.
Cela peut faire une différence pour les citoyens qui payent des taxes municipales sans payer d'impôt et vice versa. Mais à la fin de la journée, ce sont toujours des citoyens qui paient. Ou qui s'endettent.
Cela dit, il est pertinent de poser la question du partage des responsabilités et des sources de revenus.
Les villes assument actuellement 76 % de la facture des infrastructures publiques. Le gouvernement du Québec en paie 14 % et la différence (10 %) vient du fédéral.
Serait-il plus équitable qu'une plus grande part soit payée avec l'argent des impôts sur le revenu plutôt que par les taxes foncières? Qu'une plus grande part soit payée par des taxes à la consommation ou à la valeur ajoutée?
On entre ici dans le débat de la fiscalité municipale. Depuis longtemps, les villes demandent plus de responsabilités, plus de latitude et plus de sources de revenus.
Pourrait-on s'offrir de meilleurs services à meilleur coût si les villes en menaient plus large?
C'est un débat pertinent, mais complexe. Difficilement envisageable dans le contexte fugace, superficiel et antagoniste d'une campagne électorale.
Les grandes villes du Québec reviennent à la charge sur les régimes de retraite, cette fois avec une stratégie «étapiste» bien inspirée.
Elles ont compris qu'elles n'obtiendront pas du Parti québécois (PQ) ou des libéraux le pouvoir de décréter les conditions des régimes de retraite des employés.
Il sera cependant difficile de dire non à une loi qui forcerait les villes et les syndicats à négocier un partage des déficits passés des retraites. Ce sontces déficits qui grèvent les finances municipales.
Le gouvernement du PQ avait consenti cet hiver une loi pour le partage des déficits futurs des retraites. Les villes en étaient (généralement) satisfaites, mais le déclenchement des élections en a empêché l'adoption.
L'UMQ souhaite que cette loi soit ramenée par le prochain gouvernement et qu'y soit ajoutée une dispositionsur le partage des déficits passés.
L'argument du PQ a toujours été que les modifications aux conventions et régimes de retraite devaient passer par la négociation. C'est exactement ce que demande aujourd'hui l'UMQ.
Que se passera-t-il si les négociations échouent et que les villes n'obtiennent ce qu'elles estiment un «juste» partage?
«Il sera toujours temps de revenir, allons-y par étape... Trop demander en même temps, ça mêle les gens», croit le maire Labeaume. Trop demander peut aussi effrayer.
La stratégie de l'UMQ est habile. Non seulement met-elle de la pression sur les partis politiques, mais elle permet de conserver le front commun des villes.
Toutes ne sont pas d'accord avec le maire Labeaume qui voudrait, à terme, pouvoir imposer des modifications aux régimes de retraite. L'approche du maire de Montréal Denis Coderre est par exemple plus conciliante.
Toutes les villes peuvent cependant se rallier à une demande qui vise la négociation.
La sortie des maires de l'UMQ lundi matin n'aura aucun impact sur le vote des citoyens. On ne vote pas sur des enjeux municipaux à des élections provinciales. Encore moins cette année où le vote se polarise sur la question nationale et la charte.
Le front commun des maires consacre cependant l'émergence d'un nouveau rapport de forces dans les relations entre les villes et le gouvernement.