Martine Lacasse, responsable du Service jeunesse-famille à la bibliothèque Gabrielle-Roy, affirme que ça n'existe pas, un enfant qui n'aime pas la lecture.

Les livres, pour tous les enfants

«Mon enfant de deux ans n'aime pas les livres.» «Les garçons n'aiment pas lire.» Ces idées préconçues, Martine Lacasse les a souvent entendues. Et depuis des années, elle s'efforce de déconstruire ces mythes trop souvent répandus.
Si Martine Lacasse en connaît un brin sur la lecture chez les enfants, c'est qu'elle est depuis 10 ans responsable du Service jeunesse-famille à la bibliothèque Gabrielle-Roy. Au fil des ans, elle a vu des parents croire que leur rejeton n'avait pas la bosse de la lecture. Et pourtant...
«Ça ne se peut pas qu'un enfant n'aime pas les livres», tranche-t-elle en entrevue devant un café à deux pas de la bibliothèque où elle travaille depuis 25 ans.
Elle en prend pour preuve des ateliers d'éveil à la lecture où des bébés d'un à trois ans sont mis en contact avec les livres. «Un enfant intègre rapidement une routine, dit-elle. Après trois rencontres, il sera capable de tourner les pages.»
La clé du succès, estime Martine Lacasse, est de bien choisir les livres en fonction de l'âge du bambin. «Il faut sortir de l'idée de simplement raconter une histoire, dit-elle. Si on raconte Boucle d'or et les trois ours à un enfant d'un an, il ne restera pas attentif. Il faut alors des livres sans texte où il y aura de l'interaction, où on pourra pointer les images.»
Inutile aussi d'obliger un enfant à lire un livre considéré comme destiné à sa tranche d'âge. «Un jeune peut finir par rejeter la lecture si elle devient inaccessible. Il fera quelques tentatives, mais il peut finir par abandonner.»
La solution: proposer à un enfant d'âge scolaire des livres pour les deux ans plus jeunes et les deux ans plus vieux que lui. Ainsi, si on présente un livre plus «bébé» à un enfant en lui montrant qu'il est encore pour lui, il se sentira valorisé. Et pourra ultimement développer un plaisir à fréquenter les bouquins. «C'est comme un vêtement, il doit être adapté à toi», illustre celle qui a aussi entrepris un certificat en littérature jeunesse de l'Université du Québec à Trois-Rivières.
Lecture à la maison
Même chose pour le contexte de lecture à la maison. Martine Lacasse insiste sur l'importance d'associer la lecture à un moment de plaisir, à une occasion de rapprochement avec l'enfant. «Il faut choisir un bon moment, après le bain, par exemple. Les enfants aiment les rituels, la routine. La lecture doit devenir un moment de câlins et non une obligation.»
Un point de vue partagé par Karina Fiset, formatrice à la Clinique de lecture et d'écriture. Celle qui travaille avec des enfants qui éprouvent des difficultés en lecture, notamment en raison de troubles de concentration ou de dyslexie, souligne aussi le rôle des parents dans la motivation de l'enfant à lire davantage. Si un parent lit, il peut être un bon modèle, mais laisser traîner un livre sur la table du salon ne suffit pas, dit-elle. «Les parents doivent aussi s'impliquer. L'amour de la lecture, c'est contagieux! Faire la lecture à un enfant, c'est aussi apprendre à mieux se connaître.»
Et la différence est probante, souligne Martine Lacasse. «Un enfant à qui on fait la lecture aura passé près de 2000 heures avec les livres lorsqu'il aura atteint l'âge scolaire. Lorsqu'il apprendra à lire, il aura une longueur d'avance. Il trouvera les mots plus facilement, ce qui permettra un certain raffinement dans l'organisation de sa pensée.» Car, ultimement, bien lire contribue à faire des enfants de meilleurs citoyens. «La lecture donne plus que des mots, c'est aussi une meilleure maîtrise de ses moyens, de sa pensée. Quand tu ne sais pas lire, tu es plus vulnérable.»
Positive, Martine Lacasse conclut en soulignant que certains chiffres font mentir l'idée répandue que les jeunes ne lisent pas. En 2009, la bibliothèque Gabrielle-Roy a battu le record de plus de 100 000 prêts seulement dans la section jeunesse. «On note aussi une hausse dans l'ensemble du réseau», se réjouit-elle.