Lors de sa cinquième visite à Québec en un an, Stephen Harper a pris du temps pour une balade, pour des photos et pour des blagues avec Bonhomme Carnaval, mais n'a pas pris une minute pour discuter de sujets à contenu avec les médias.

Les légèretés de l'être

Québec a hissé le drapeau arc-en-ciel au mât de l'hôtel de ville pour dénoncer la loi discriminatoire de la Russie à l'endroit des homosexuels.
Le même matin, à Sotchi, le président du Comité olympique canadien (COC), Marcel Aubut, félicitait avec mièvrerie le président Vladimir Poutine.
«J'ai croisé beaucoup de monde impressionnant dans ma vie, M. Poutine vient certainement très haut dans la liste.» 
À chacun ses modèles et ses sources d'inspiration.
Le drapeau arc-en-ciel est un geste facile mais significatif. Un message d'ouverture et de tolérance.
À mon avis plus utile pour l'image de Québec que la refonte graphique du logo annoncée cette semaine.
La Ville veut rajeunir son «identité visuelle» pour refléter ses valeurs d'innovation, d'ouverture au monde et de caractère.
On reprend ici là où Clotaire Rapaille avait laissé. Qu'il faille ajuster le graphisme aux réalités des médias sociaux va de soi. Cela vaut-il les dizaines de milliers de dollars en conception et en réimpressions? Allons-y avec modération.
On ne rajeunit pas l'image et la perception d'une ville et la perception qu'on en a en changeant ses couleurs ou son slogan. Cela ne suffirait pas et pourrait sonner faux.
Je crois que la perception qu'on a d'une ville tient à trois ou quatre choses :
- Ses activités. Plus une ville grouille, plus elle paraît jeune.
- Son architecture. L'audace et l'originalité changent les perceptions. Londres, par exemple. À Québec, il y a encore peu de contrepoids au patrimoine ancien. 
- Ses citoyens. Une ville dont l'âge moyen augmente peut difficilement projeter l'image du contraire. Je pense qu'il y avait cette préoccupation dans le débat sur l'avenir du Concorde.
- Ses postures politiques. Le drapeau arc-en-ciel en était une.
Le premier ministre Stephen Harper est passé par Québec au matin du huitième anniversaire de sa première élection.
Une cinquième visite en un an, marquée par la légèreté de l'être et la lourdeur de la barrière autour de lui.
Du temps pour une balade, des photos et des blagues avec Bonhomme Carnaval, mais pas une minute pour des sujets à contenu avec les médias.
Le communiqué bilan de sa rencontre questions-réponses avec le président de la Chambre de commerce a été rédigé et distribué à l'avance. À défaut de décence, les choses avaient au moins le mérite d'être claires.
M. Harper n'avait rien de particulier à dire ou à annoncer aux gens d'affaires de Québec. Hormis un éventuel programme d'aide à la recherche de main-d'oeuvre immigrante.
Sans doute y a-t-il peu à dire quand une économie va bien. Je me demande juste si c'était la peine de déplacer tant de gens occupés pour si peu.
Je suis monté au jubé de la basilique jeudi. La dernière fois, ça avait été pour les funérailles de la mairesse Boucher. Le lieu vient de changer. La paroisse Notre-Dame de Québec y expose désormais son «Trésor» pour marquer le 350e anniversaire de la paroisse. Un calice offert en 1674 par le roi Louis XIV à Mgr François de Laval; une lettre de Louis de Buade, comte de Frontenac, datée de 1697.
Des vêtements, des tableaux et des documents, des boulets de canon et des signes religieux... ostentatoires.
On pense connaître sa ville pour découvrir combien on était loin du compte.
J'ignorais ou j'avais oublié qu'à l'endroit même de la basilique, il y avait une première chapelle bâtie par Champlain (1633); que la cathédrale qui lui a succédé fut détruite, une première fois par les bombardements de la Conquête (1759), une seconde par un incendie (1922).
Le maire Labeaume et le cardinal désigné Gérard Cyprien Lacroix ont inauguré ensemble l'exposition. Ils se revoient bientôt à Rome pour la cérémonie avec le pape.
Le maire a mis fin à la messe municipale du Nouvel An à la basilique, mais les «voisins d'en face» font encore bon ménage.
Dans cette ville où histoire et religion sont si liées, la laïcité de l'État ne s'enfarge pas dans les fleurs du tapis.
Vous continuez de me parler d'un texte du mois dernier sur l'utilité de désactiver le système d'antipatinage d'une voiture pour monter une pente glissante.
Un conseiller municipal s'en est amusé cette semaine. Pas fort, m'a-t-il nargué. Ne pas connaître le bouton d'antipatinage pour un journaliste qui interviewe des politiciens. Mea-culpa.