Guillaume Gallienne a choisi l'autodérision pour faire l'éloge de la différence, mais l'exercice devient lassant en raison de l'excès de cabotinage.

Les garçons et Guillaume, à table!: sortie de placard inversée ***

Deux millions d'entrées en France, cinq Césars, Guillaume Gallienne a frappé fort avec son premier film. Le sociétaire de la Comédie-Française a adapté pour le grand écran son récit autobiographique sur son rapport à sa mère et à son identité sexuelle qui avait triomphé au théâtre. Cette comédie populaire et rassurante, qui nous fait sourire, mais pas hurler de rire, a beau être sympathique, elle n'en reste pas moins superficielle et narcissique.
S'il fallait résumer Les garçons et Guillaume, à table! à une seule phrase, ce serait celle-ci : il s'agit d'un homme qui peine à assumer son hétérosexualité dans une famille qui a décrété qu'il était homosexuel.
Guillaume est le troisième garçon d'une famille de sportifs de la haute bourgeoisie. Il est chétif, peureux, naïf et efféminé. Il n'en faut pas plus pour que sa mère, qui rêvait d'une fille, le traite comme tel. Et que l'enfant, trop désireux de plaire à celle-ci, se comporte comme tel. Ce qui permet à notre maladroit candide et mal dans sa peau (on pense au personnage du grand blond de Pierre Richard) de faire son numéro et de réfléchir à haute voix sur la question complexe des relations mère-fils.
Sa personnalité est évidemment prétexte à toutes les vexations, les humiliations et à l'intimidation. C'est ce parcours douloureux que Gallienne met en scène sur les planches - le film s'ouvre d'ailleurs sur l'acteur en clown blanc avec sa narration en voix off - avant de basculer dans le cinéma. Les garçons... fera d'ailleurs de constants allers-retours entre les deux, entrecoupés de courts monologues de stand-up.
L'avantage du cinéma loge dans la possibilité de donner vie à une galerie de personnages marrants et excentriques. Et comme Guillaume se fait son cinéma, le réalisateur peut se permettre toutes les extravagances sans affecter la crédibilité du film (notamment lorsqu'il est en pensionnat en Angleterre). Astucieux.
Cette quête de libération et d'exploration de l'identité sexuelle inversée - tous sont incrédules lorsqu'il sort du placard pour déclarer son amour pour Amandine - reste malheureusement beaucoup à la surface des choses. Tout ce qui aurait pu susciter trop de malaise est évacué par une pirouette humoristique.
On comprend que Gallienne ait choisi l'autodérision pour mieux faire passer son éloge de la différence. Le choix est habile, mais l'exercice finit par être lassant en raison de l'excès de cabotinage et de narcissisme. Il n'échappe pas aux clichés non plus avec, entre autres, sa succession de psychanalystes caricaturaux.
Il est étonnant que Les garçons... ait obtenu le César du meilleur film et pas du tout que celui de la réalisation lui ait échappé. Par contre, celui du meilleur acteur est parfaitement justifié. Gallienne joue évidemment son propre rôle, mais aussi celui de sa mère. Il s'en donne à coeur joie et son plaisir est palpable.
On comprend que Les garçons... ait connu autant de succès. Le film n'a rien de menaçant avec son aspect bon fils de famille. Il vient surtout rassurer la majorité : Guillaume est hétéro! Ouf! Et il aime (encore et toujours) sa mère castratrice! L'honneur est sauf...
Au générique
Cote : ***
Titre : Les garçons et Guillaume, à table!
Genre : comédie
Réalisateur : Guillaume Gallienne
Acteurs : Guillaume Gallienne, André Marcon et Françoise Fabian
Salles : Beauport, Clap et Des Chutes
Classement : général
Durée : 1h25
On aime : le double rôle de Gallienne, les différentes formes du récit, le caméo de Diane Kruger
On n'aime pas : le cabotinage, le traitement superficiel de sujets graves