La famille Laplante a conjugué baseball et hiver pour les besoins de ce reportage. Au bâton : Jean-Michel. À l'arrière : papa Michel, maman Francine, Janel et Alie-Anne. Sans oublier le chien Gousta.

Les fêtes spéciales d'un miraculé

Jean-Michel Laplante ne croit plus au père Noël. Depuis le 5 septembre. Quand il a vu son père dans un lit d'hôpital, défiguré, le garçon de huit ans a dû se rendre à l'évidence. Un vrai superhéros aurait empêché l'hélicoptère de s'écraser. De fait, Michel Laplante a mené une vie de surhomme durant cette année 2016 qui s'achève avec des Fêtes très spéciales pour le président des Capitales de Québec.
Le 4 septembre dernier, l'hélicoptère piloté par Frédérick Décoste avec Michel Laplante et le chansonnier Roberto «Bob» Bissonnette à bord s'est écrasé dans la rivière Restigouche, à la frontière entre le Québec et le Nouveau-Brunswick. Seul Laplante est sorti vivant de l'écrasement.
Laplante est un conteur hors pair. Qu'il s'agisse de sa participation à un jeu-questionnaire télé à Taïwan, où il a joué au baseball, ou de ses balles papillons lancées pour perdre au plus vite contre Rivière-du-Loup dans le senior, il captive ses auditeurs. Et encore plus son fiston.
Comme la fois où il est arrivé en retard à la maison après avoir dû expulser un ours du terrain du Stade municipal à l'aide d'une double feinte suivie d'un solide coup de pied dans les parties. Ou quand il s'est battu contre Hulk, quand même plus vulnérable que Superman qui, lui, le traîne chaque fois sous l'eau ou dans l'espace pour l'empêcher de respirer et le forcer à abandonner. Mais un écrasement d'hélicoptère, Laplante n'y avait pas pensé à celle-là.
«Papa, qu'est-ce qui t'est arrivé? T'es pas si fort que ça!» a lancé le petit blondinet en entrant dans la chambre d'hôpital, un brin déçu. «Jean-Michel, donne-moi un break, je dormais!» a riposté le miraculé, qui ne garde aucun souvenir de l'accident parce qu'il était assoupi à l'arrière de l'hélicoptère. «N'empêche que toutes mes histoires de Hulk, c'est fini. J'ai été démasqué», sourit Laplante, trois mois plus tard.
À ce sujet, son amoureuse depuis 31 ans et mère de leurs trois enfants ne loge pas à la même enseigne. «Michel base son émotion sur le premier regard qu'ils ont eu ensemble, mais je ne pense pas qu'il ait dégringolé dans l'imaginaire de Jean-Michel, au contraire.»
«Il a plutôt vu la chance d'avoir un petit avantage temporaire sur son père. Il lui a même dit : "Papa, si on se bat ensemble aujourd'hui, je pense que je vais gagner"», explique Francine Gendron, qui décode une projection du sentiment d'impuissance du père devant son fils.
L'aînée, Janel, 18 ans, affirme n'avoir réalisé que plus tard la fragilité de son paternel. «Sur le coup, j'étais plus distante, je m'étais donné comme mission de m'occuper de tout autour. Mais là, quand je vois qu'il a de la misère à se lever parce qu'il a mal au dos ou qu'il ne faut pas lui donner des câlins trop forts, je me dis: "OK, il est fragile." C'est une première.»
Bob au violon
Une première pour Michel Laplante. Et pour tout le monde qu'il a croisé en 47 ans de vie. Mais surtout durant les 13 derniers mois. Incroyable année lancée par son propre mariage avec la belle Francine, son amour de jeunesse de Val-d'Or. Ils ont grandi dans le même quartier, lui sur la rue des Épinettes et elle, rue des Sapins. Dans la même classe à l'école Notre-Dame-de-Fatima, un à côté de l'autre sur la photo de troisième année.
La cérémonie du 5 décembre 2015, organisée par Janel et des amis du couple, s'est amorcée sur une magnifique entrée dans l'église au son des voix de leurs filles et du violon de Bissonnette dans une version personnalisée d'À vous, d'Isabelle Boulay.
Car l'auteur des succès de chambre de hockey Mettre du tape su' ma palette, Chris Chelios et La machine à scorer cachait un violoniste retraité depuis l'âge de 12 ans. Un numéro qui a fait rire et pleurer les 92 invités.
Neuf mois plus tard, un beau dimanche matin de vacances, Michel a dit à Bob à quel point il n'oubliera jamais ce moment magique. Cinq heures après, Bissonnette était mort. «Je ne suis pas en grogne contre la vie, dans tout ça, confie Laplante. La fin de semaine passée avec Bob a été extraordinaire. On était toujours en train de se pogner sur tout, même si ça finissait toujours en riant. Mais cette fin de semaine là, on s'est dit des choses qu'on ne se disait pas d'habitude. C'était comme... paisible.»
Le deuil devient plus facile à accepter «parce qu'il n'y a pas de rage», pas de regrets. Pas de pourquoi moi ou d'appel à l'injustice. «Peut-être parce qu'étant jeune, j'haïssais tellement Caliméro!» s'esclaffe celui qui n'a jamais compris l'apitoiement du petit poussin noir au chapeau-coquille.
Une année chargée
En 2016, l'ancien artilleur des organisations des Pirates, des Expos et des Capitales a aussi organisé la tournée de l'équipe nationale cubaine contre les Capitales et la Ligue Can-Am, une première mondiale, et mis en chantier le nouveau complexe de baseball quatre saisons au Stade municipal.
«J'ai fait quelque chose que je pense qui est hot avec les Cubains cette année et les gens ne s'en souviennent pas!» poursuit-il, riant de plus belle. «Mais ils voient ma cicatrice sur la tête et ils disent: "Heille, c'est lui!" Quand je retourne quelque part pour la première fois, il y a un petit silence. Mais je ne vis pas la peine d'avoir perdu un ami de façon plus intense parce que j'étais là.»
Le temps des Fêtes s'annonce plus émotif qu'à l'habitude. Surtout qu'il n'a pas encore revu ses parents, qui fêteront leur 50e anniversaire de mariage le 2 janvier. «Je sais qu'il va y avoir des colleux différents. Je le sens beaucoup, depuis trois mois. Les gens ont juste le goût de me serrer dans leurs bras et tant mieux si ça leur fait du bien, c'est super gentil. Mais ils me prêtent une peine que je n'ai pas.»
Reste ce petit coffre-fort sans clé. Ces quelques minutes tragiques dont il ne garde aucun souvenir et ne sait par quel prodige il est sorti en vie. «Tu te demandes comment c'est arrivé. Comment je me suis détaché? J'ai vu une seule photo jusqu'ici et je ne pensais pas que c'était défait comme ça. L'hélicoptère est complètement... en pièces. Tu regardes ça, où j'étais assis et tu te dis : câline, les morceaux sont passés à côté de moi, mais où?»
Faits d'hiver
Chez les Laplante, la musique est très présente durant la péridoe des Fêtes : Michel et sa fille Janel à la guitare, Alie-Anne au piano, Francine et Jean-Michel.
Chaque année durant les Fêtes, Michel Laplante réalise un véritable retour en enfance. Un voyage dans le temps qui prend huit heures en voiture, la route entre Québec et Val-d'Or. Où l'ancien lanceur et gérant devenu président des Capitales retrouve le quartier, la maison et jusqu'à la chambre de sa jeunesse.
«Je ne suis pas une personne nostalgique, sauf à ce moment-ci de l'année. C'est la seule période où je retourne en Abitibi», affirme celui qui est le troisième de quatre frères aujourd'hui âgés de 51, 49, 47 et 45 ans. Un habite encore Val-d'Or, tout comme leurs parents, mariés depuis un demi-siècle.
«Pour moi, période des Fêtes égale période où tu joues au hockey dehors, dans la rue ou à la patinoire du parc.» Mais comme les glaces extérieures de Val-d'Or étaient mal entretenues dans les années 70 et 80, Laplante, un de ses frères et leurs amis jouaient surtout dans la rue, en bottes.
«Je suis aussi un joueur de cartes et je n'ai plus le temps de jouer. Sauf entre Noël et le jour de l'An, quand je retrouve mes chums d'enfance. On gage encore aux cennes noires et on a autant le désir de gagner que quand on était jeunes! Ça ne se tient pas debout, mais on a bien du fun...» Sans oublier la soirée de fléchettes annuelle chez frérot, autre tradition sacrée.
Puis il y a la construction de forts en neige. De façon plus spécifique, Laplante se spécialise dans les tunnels. «De 30, 40 pieds de long sous la neige, se vante-t-il. J'en fais encore aujourd'hui avec mes enfants, mais jamais avec la même épaisseur et beaucoup plus sécuritaires. En fait, mes enfants te diraient que je leur demande de ramasser la neige et que c'est encore moi qui fais les tunnels!» pouffe celui qui utilisait à l'époque des vieux bas troués à deux endroits comme sous-mitaine pour empêcher la neige de brûler ses poignets.
Pas cette année, toutefois. L'accident d'hélicoptère dont il s'est sorti vivant, en septembre, l'a quand même laissé incapable de s'agenouiller, bien que sa hanche ne le fasse presque plus souffrir. Les rôles pourraient donc s'inverser et papa être rétrogradé au poste de pelleteur du tas de neige.
Souvenirs en musique
Il se rappelle enfin ses réveillons d'enfance remplis de musique, du côté des Laplante. Guitare, violon, chanson, une ambiance enflammée malheureusement éteinte au tournant des années 80, avec les grands rassemblements familiaux. Il avait 12, 13 ans.
Le père de trois enfants n'a toutefois rien oublié de ce plaisir et le fait revivre dans la maison du quartier Neufchâtel, à Québec. Ses filles chantent et jouent d'un instrument, Alie-Anne, 13 ans, au piano, et Janel, 18, à la guitare. Les deux ont déjà interprété l'hymne national avant un match local des Capitales, au Stade municipal.
Michel, Francine, leur plus jeune, Jean-Michel, et Gousta, chien d'eau portugais nouveau venu dans la famille, battent la cadence et chantent aussi avec plaisir.
«A very Merry Christmas/And a happy new year/Let's hope it's a good one/Without any fear», ont-ils entonné en choeur lors du passage du Soleil chez eux, en ce beau et froid samedi de décembre.
Effectivement, on souhaite à Michel Laplante et à sa famille une bonne année 2017. Sans la grande peur de 2016. Joyeux Noël, la guerre est finie.