Eugénie Cliche, Annie Baillargeon et la comédienne Marie-Pascale Picard dans la performance  Les bonbons, au Rapid Pulse International Performance Art Festival, à Chigago, en 2012

Les fermières obsédées: dessous politiques

Les fermières obsédées sont de retour à Québec après quelques années d'absence, promettant d'offrir une des performances provocantes et jouissives dont elles ont le secret. Sortez guenilles, talons hauts et tapis rouge pour nos Pussy Riot nationales.
Avec leurs lèvres rouges, leurs paupières bleues, leur toupet court et leur look rétro, Eugénie Cliche et Annie Baillargeon se fondent parfaitement au décor de La Cuisine, rue Saint-Vallier, où nous nous retrouvons pour l'entrevue. Les deux fermières obsédées (FO) sont visiblement en pleine forme pour leur prochaine performance. On ne les a pas vues à Québec depuis C'est arrivé près de chez vous, au Musée national des beaux-arts en 2008-2009, et on sent que ça leur démange de redonner une bonne dose de leur médecine à leur ville d'origine.
«On rit un peu de la performance pure et dure. C'est généreux ce qu'on fait. On veut que les gens vivent une expérience et on veut faire émerger leur sens critique», résume Annie Baillargeon, qui est aussi photographe.
En 2001, en travaillant sur un gros projet de couture à l'École des arts visuels de l'Université Laval, elles commencent à broder l'idée d'un collectif, vaguement inspiré du Cercle des fermières, le plus grand regroupement de femmes au Québec. «On les a mis davantage à notre image, plus urbaines, mais avec le même esprit de solidarité et d'intimité», raconte Eugénie Cliche.
Elles étaient alors quatre, vêtues de chemisiers blancs, de jupes grises et des perruques dégoulinantes et ébouriffées qui ne les ont jamais quittées. Au fil des ans, le quatuor est devenu duo, et les habits de collégiennes sont devenus des uniformes beige et gris, puis des déshabillés couleur chair.
Revendicateur
Les deux idéatrices collaborent de plus en plus avec des comédiennes et se transforment en metteures en scène pour des actions qui mélangent les stéréotypes féminins, fantasmés ou quotidiens, mais aussi les stéréotypes masculins. Chez les FO, on passe la serpillière en talons hauts, en laissant des liquides souillés gicler généreusement, on joue aux soldats, aux athlètes, aux cow-boys.
L'espace des FO, fait de «grossissement des réalités», est non seulement explicite, mais aussi revendicateur, libérateur, exutoire. «On veut perdre le contrôle», glissent-elles.
«En 2006, on faisait une performance avec un tapis rouge et des drapeaux blancs, qui se transformaient en immenses bavettes. On était bourrées de pâte à pain», raconte Eugénie. Un clin d'oeil à Rousseau et à la citation d'une princesse inconnue attribuée à tort ou à raison à Marie-Antoinette : «S'ils n'ont plus de pain, qu'ils mangent de la brioche», à la maxime «Du pain et des jeux» et «une image prémonitoire de Stephen Harper», analysent les FO.
Vendredi soir, à la Chambre blanche, elles s'amuseront justement avec «les emblèmes, le patriotisme canadien, le combat, la fierté nationale, la peinture en direct... et la messe noire», énumère Annie. Elles seront avec la performeuse et comédienne Isabelle Lapierre et la pianiste Marie-Hélène Blay, qui s'amuse à déconstruire les partitions de pièces classiques pour composer une musique originale qui colle aux performances.
Le milieu de la danse contemporaine les sollicite de plus en plus pour participer à des festivals. Elles ouvraient le OFFTA au printemps et ont été invitées au New Dance horizons, à Régina, cet automne. Après le festival Phenomena, à Montréal, elles revisiteront même la chorégraphie Junkyard/Paradise de Mélanie Demers à l'Usine C. «Mais on ne peut pas donner trop de détails, sinon on se fait mettre des moratoires...», indiquent les deux artistes en souriant.
L'événement Se suivre, à la Chambre blanche
Vendredi : Michelle Lacombe, Sarah Smith, Les fermières obsédées, Marie-Hélène Blay
26 septembre : Diane Landry, Frédérique Laliberté, Jocelyn Robert, Ulysse Ruel, Patrice Duchesne, Hugo Nadeau
27 septembre : Érick D'Orion, Étienne Baillargeon, Adam Bergeron, Alain-Martin Richard, Frédérique Hamelin
Entrée : 5 $