Anxieux et débordant d'imagination, Félix craint d'être enlevé, que ses parents se séparent, d'être différent et même d'avoir le sida...

Les démons: angoisses imaginaires ***

CRITIQUE / En caricaturant un peu, on peut écrire que Les démons est le genre de film qui comble la critique (pas moi) et désoriente le public.
Le premier long métrage de fiction de Philippe Lesage présente des qualités formelles indéniables et une idée de base stimulante : un garçon de 10 ans transpose ses angoisses, bien ancrées dans la réalité, dans son monde imaginaire. Ce qui n'en fait pas un film palpitant pour autant.
Félix (Édouard Tremblay-Grenier) vit les derniers jours de l'année scolaire dans une banlieue anonyme et à un moment non précisé. Anxieux et débordant d'imagination, le garçon craint d'être enlevé, que ses parents se séparent, d'être différent et même d'avoir le sida... Ce sont ces démons intérieurs chimériques auxquels fait allusion le titre, pas à des créatures maléfiques.
Ce petit garçon grave vit pourtant dans une famille normale, bien entouré de son frère et sa soeur plus âgés. Il éprouve même un béguin pour sa prof d'éducation physique dont il essaie désespérément d'attirer l'attention. Mais le monde extérieur lui fait peur...
C'est une façon plus ou moins originale d'aborder les angoisses de l'enfance et la peur de grandir et de la différence, même si l'approche est assez fine. Venant du documentaire, le réalisateur québécois a en effet une affection particulière pour le plan-séquence dépourvu de tout maniérisme et de superflu.
Cinéma direct
On est évidemment dans l'héritage du cinéma direct, filmé en décors naturels et en son ambiant. Dans son film, Lesage cherche à déguiser la fiction sous des airs de réalité, mais il n'y parvient pas toujours. 
La démarche est parfois d'une efficacité redoutable, comme dans cette séquence d'engueulade des parents, largement improvisée. Il se complaît toutefois dans d'autres plans-séquences inutilement longs dont l'intérêt dramatique faible n'apporte rien au récit et qui provoquent des décrochages, sinon de l'ennui. Le jeu des enfants, parfois, n'est d'ailleurs pas assez naturel pour de telles scènes qui s'étirent...
Le spectateur n'a pas besoin d'être constamment stimulé, voire captivé, mais il mérite un certain égard. Bon, ceci étant dit, il y a quand même des dangers qui sont bien réels et bien exploités, même si c'est souvent prévisible. Il explore aussi diverses facettes caractéristiques de l'enfance : l'exploration du corps, l'intimidation, etc. On remarque aussi que les parents évoluent en périphérie, n'intervenant que rarement.
Mais au naturalisme de Lesage, je préfère la touche humaniste et sensible de Philippe Falardeau (C'est pas moi, je le jure!, 2008). Et le film a beau avoir remporté le Prix de la critique au récent Festival du nouveau cinéma (FNC), à Montréal, il ne faut pas s'attendre à un chef-d'oeuvre comme Les bons débarras (Mankiewicz, 1980) ou Les 400 coups (Truffaut, 1959).
Les démons est une oeuvre exigeante, bien dirigée et bien réalisée, avec une esthétique distinctive. Mais comme on dit de certains auteurs qu'ils se regardent écrire, on peut affirmer de Philippe Lesage qu'il se regarde trop souvent filmer. 
 
=> Au générique
Cote : ***
Titre : Les démons
Genre : drame
Réalisateur : Philippe Lesage
Acteurs : Édouard Tremblay-Grenier, Pier-Luc Funk, Bénédicte Décary et Pascale Bussières
Salles : Clap au Musée de la civilisation, Clap
Classement : 13 ans et plus
Durée : 1h58
On aime : le sujet, l'interprétation de Pascale Bussières, l'approche
On n'aime pas : l'aspect prévisible, des longueurs