Les débats et les chefs

La politique est davantage une question de perception et de confiance que de discussions sur les faits. À cet égard, le débat de jeudi soir ne nous a rien appris sur le fond parce que les enjeux sont trop complexes pour les expliquer dans des formats de discussion de deux ou trois minutes. C'est donc sur la perception des candidats que les débats peuvent avoir de l'influence.
- Pauline Marois a offert la même image que ce qu'on a connu d'elle à la tête du gouvernement. Une femme déterminée, convaincue de la supériorité de son équipe, ce sur quoi elle n'a pas tort. Sa vulnérabilité a tenu à trois éléments : son incapacité de dire clairement qu'il n'y aura pas de référendum, son refus de faire des compromis sur la charte de la laïcité et le recrutement de Pierre Karl Péladeau. Elle a beau dire qu'il n'y aura pas de référendum parce que la population n'en veut pas, elle a maintenu le flou en ajoutant «à ce moment-ci». Cette ambiguïté nuit à l'image de transparence qu'elle veut projeter. Sa gestion du projet de charte de la laïcité a donné l'impression d'un gouvernement prêt à alimenter une crise à des fins électoralistes. Le recrutement de Pierre Karl Péladeau a soulevé des doutes sur ses idéaux sociodémocrates.
- Philippe Couillard est demeuré le même homme depuis ses années au ministère de la Santé et son élection à la tête du Parti libéral du Québec (PLQ) : un personnage imposant par son intelligence, mais qui n'a pas le vécu politique nécessaire pour bien défendre ses idées. Le PLQ qu'il dirige n'est pas encore vraiment le sien; il demeure en grande partie celui de Jean Charest, avec des faiblesses évidentes. M. Couillard est handicapé par des gestes passés qui soulèvent des doutes sur sa transparence : manque de franchise lorsqu'il a quitté la politique en 2008, association mal avisée avec Arthur Porter, retard à divulguer l'intervention de l'UPAC au PLQ l'été dernier, et utilisation d'un paradis fiscal de 1992 à 2000. Dans un monde idéal, il aurait besoin de passer un peu plus de temps au purgatoire de l'opposition avant de prétendre au pouvoir.
- François Legault a porté des coups durs à l'endroit de Pauline Marois et de Philippe Couillard. Il s'en tire avec les honneurs de la guerre parce qu'il a été cohérent depuis le tout début. M. Legault est revenu en politique parce qu'il estime que le Québec n'a plus les moyens de ses politiques et qu'il faut donner un grand coup de barre dans les finances publiques. Voué à la défaite par les maisons de sondages, il a gagné en estime parce qu'il a démontré qu'il ne baisse pas les bras devant l'adversité. Son ton est celui du gros bon sens que tout le monde peut comprendre. Des trois chefs des principaux partis, c'est lui qui comprend et utilise le mieux le langage populaire.
- Françoise David demeure la «mère Teresa» du groupe, la candidate dont les idéaux sont nobles et plus près du sort des moins bien nantis. Même si les solutions qu'elle propose manquent souvent de réalisme, on lui pardonne ses raccourcis parce qu'elle n'a aucune chance de prendre le pouvoir. On lui reconnaît un rôle important sur la scène politique, celui de rappeler le gouvernement à l'ordre. Mme David n'est pas à l'abri des contradictions. En dévoilant ses actifs, elle a révélé avoir cotisé à un CELI, un abri fiscal créé par Stephen Harper, visant à soustraire des revenus de l'impôt. Un peu comme l'utilisation d'un paradis fiscal par Philippe Couillard? Le montant est différent, mais pas le résultat. Notre «mère Teresa» n'est pas à l'abri de petits péchés véniels...
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Panique du DGE
Je suis peiné de voir le sort réservé à Denis Dion, le porte-parole du Directeur général des élections (DGE), concernant la préparation de l'organisme à la tenue d'un référendum si le Parti québécois obtient une majorité. D'accord, Dion est allé trop loin. Mais c'est un pro des communications, d'une disponibilité exemplaire par rapport à d'autres. Le DGE aurait pu corriger le tir sans tirer sur son messager. Après tout, c'est vrai qu'il doit être prêt à la tenue d'élections précipitées ou d'un référendum.