La directrice générale du Réseau des SADC (Sociétés d'aide au développement des collectivités) et des CAE (Centres d'aide aux entreprises) du Québec, Hélène Deslauriers

Les coupes causent du désarroi en région

La directrice générale du Réseau des SADC (Sociétés d'aide au développement des collectivités) et des CAE (Centres d'aide aux entreprises) du Québec, Hélène Deslauriers, affirme que l'abolition des conférences régionales des élus et de la plupart des centres locaux de développement par le gouvernement du Québec a créé une recrudescence significative de travail pour les organismes de son réseau.
Mme Deslauriers note le désarroi senti par nombre d'acteurs en développement économique dans les régions, où les coupes gouvernementales ont été intensifiées depuis un an.
«Là où ça paraît le plus, ce sont dans les projets collectifs, comme les sentiers de motoneige, des projets d'infrastructures touristiques par exemple. Le CLD [centre local de développement] n'assume plus ou n'existe plus, et la MRC [municipalité régionale de comté] n'est pas prête», signale Mme Deslauriers.
«Il y a des endroits où les CLD existent encore et continuent leur mandat avec les moyens qu'il leur reste, mais il y a une mouvance. Seront-ils là dans trois mois, six mois? Seront-ils là en janvier? Ça crée énormément de confusion et d'incertitude. Oui, on a l'impact de ce qui se passe [dans les CRE et les CLD]», assure-t-elle.
Le réseau de 57 SADC et de 10 CAE est essentiellement présent ailleurs qu'à Montréal et à Québec. Ces SADC et CAE reçoivent maintenant des sollicitations des gens vivant dans la métropole et la capitale. «Les gens nous disent : "Je ne sais plus où aller." On tente de les référer aux endroits les mieux placés», dit Mme Deslauriers.
C'est différent dans les régions? «C'est là où ça fait le plus mal, l'abolition des CRE et des CLD. Oui, on a toujours fait des projets collectifs. Les CLD sont arrivés en 1998 et ça faisait 15 ans que nous étions là. Il y a eu une période d'ajustement. Les CLD se sont tournés vers des projets plus municipaux ou à l'échelle de la MRC, et les CRE vers des projets régionaux, avec des moyens plus importants. Nous avons concentré nos efforts vers les entrepreneurs, mais aussi sur le développement durable», explique-t-elle.
Mme Deslauriers accorde une grande importance aux projets collectifs qui se retrouvent souvent orphelins depuis l'abolition des CLD et des CRE.
«Des projets collectifs, ça crée un climat et c'est dans ce climat que les entrepreneurs investissent, quand ils sentent la mobilisation d'une communauté», dit-elle.
«On me dit parfois : "Vous devez être contents [de la disparition des CRE et des CLD]." Non, nous ne sommes pas contents. On a besoin de tout le monde en développement économique. Oui, il y a eu un choc en 1998, mais on s'était partagé le travail [...] Il arrivait qu'un CLD nous appelle pour nous demander de faire une analyse financière d'un projet. C'est une de nos forces», note Mme Deslauriers.
Sans faire de «politique», elle analyse les événements de l'automne dernier, au cours duquel 300 millions $ ont été retranchés du milieu municipal, de la façon suivante : «L'UMQ [l'Union des municipalités du Québec] a indiqué que ça ne dérangerait pas [l'abolition des CLD] et les maires Coderre [Denis, de Montréal] et Labeaume [Régis, de Québec] ont dit que ça ne dérange rien. Mais les grandes villes ont un ensemble d'instances en développement. On n'a pas tous ces organismes dans les régions.»
Assiste-t-on, comme le disait récemment Sylvain Roy, député péquiste de Bonaventure, à une «fédéralisation du développement régional», étant donné que les SADC sont une créature d'Ottawa?
«Non, les SADC et les CAE sont des organismes autonomes, privés, sans but lucratif. Ils ont été créés en 1979, pour les CAE, et en 1985, pour les SADC. Il s'agissait d'une décentralisation, comme jamais le gouvernement provincial ne l'a fait, une décentralisation vers les meneurs locaux, pas politiques, pour un rôle que le gouvernement ne pouvait jouer. Ce sont des Québécois "pure laine", sans égard aux origines, qui composent les conseils d'administration», souligne Mme Deslauriers.