Galaad croit que lui et son frère Noé sont victimes d'une malédiction transmise par leur père, qui avait découvert le Graal et l'avait vendu à un collectionneur.

Les conquérants: humour subtil et détonnant

Les conquérants est l'incarnation même de la comédie intelligente, dont l'humour fin se sert en contexte, sans occulter l'humanité du récit. Le film de Xabi Molia, à propos de deux perdants de première qui cherchent une rédemption ordinaire, s'avère d'une véracité tellement confondante qu'on lui pardonne l'énormité du prétexte.
Noé et Galaad forment une drôle de paire - le spectateur le sait dès le départ: ils arrivent en retard à l'enterrement du patriarche explorateur et l'aîné interprète une chanson de cow-boy en guise d'oraison funèbre! Les demi-frères sont aussi dépareillés que des bas différents: le premier est l'entraîneur de soccer solitaire et misanthrope d'un club provincial alors que le second est un acteur de seconde zone misérabiliste, rongé par un cancer.
Il n'en faut pas plus pour que Galaad (un prénom qui fait à la fois référence aux légendes arthuriennes et à la Bible) croie les deux frères victimes d'une malédiction transmise par leur père. Ce dernier a découvert le Graal, rien de moins, et l'a vendu à un collectionneur. Ce qui serait la source de tous leurs malheurs... Il n'en faut pas plus pour que le duo décide de le voler et d'aller le reporter dans sa cachette d'origine, en Bretagne.
Après une première demi-heure très réaliste, malgré son humour décalé, le long métrage écrit et réalisé par Molia (8 fois debout) glisse subrepticement dans l'absurde et devient soudainement très drôle. Pas de gros gags gonflables ici, mais un humour subtil et détonnant. 
Il faut, évidemment, être prêt à accepter l'existence du Graal et que celui-ci confère des pouvoirs magiques à son détenteur - ce qui donne quelques belles séquences de bouffonnerie visuelle. Rendu là, le spectateur est carrément dans le conte fantastique et la fable, mais toujours dans un cadre très contemporain, normal. Le contraste n'en est que plus saisissant.
Cet aspect surnaturel est tellement assumé, en fait, qu'on se demande s'il n'est pas le produit de l'imagination délirante de Galaad. Et c'est toute l'habileté du scénario des Conquérants : on a le goût de croire à cette quête inversée.
Parce que malgré ou peut-être à cause de leurs défauts, le spectateur se prend d'affection pour les deux antihéros. L'identification est renforcée par le sentiment de proximité. Denis Podalydès (Vous n'avez encore rien vu) et Mathieu Demy (Les insomniaques) campent de façon solide cette paire improbable.
Malgré toutes les qualités de ce second film, il manque de rythme et s'égare parfois en chemin (l'inévitable scène gratuite de nudité). Mais reconnaissons la touche de Molia dans ce surprenant amalgame de genres qui donne un bon petit film agréable à l'oeil et pour la rate.
Au générique
Titre: Les conquérants
Genre: comédie
Réalisateur: Xabi Molia
Acteurs: Mathieu Demy et Denis Podalydès
Salles: Clap au Musée de la civilisation, Clap
Classement: général
Durée: 1h33
On aime: l'imaginaire, l'aspect naturaliste, l'humour subtil, le trait pas appuyé
On n'aime pas : le manque
de rythme