De gauche à droite: Elzéar-Alexandre Taschereau, Louis-Nazaire Bégin et Raymond-Marie Rouleau

Les cardinaux dans l'histoire de Québec

L'église de Québec accueille ce soir son nouveau cardinal, Mgr Gérald-Cyprien Lacroix, qui rentre de Rome. Il s'agit du huitième cardinal nommé dans l'histoire de Québec. Qui ont été les sept autres avant Mgr Lacroix? Le Soleil vous les présente avec la contribution de l'historien Jean-Marie Lebel.
Elzéar-Alexandre Taschereau (1820-1898)
Le timide
Mgr Taschereau, nommé cardinal en 1886 alors qu'il était archevêque de Québec, a été le premier cardinal canadien. La rumeur veut qu'il ait été nommé sous la pression du premier ministre John A. Macdonald, qui aurait lui-même fait pression auprès des autorités vaticanes. Encore aujourd'hui, il est le seul cardinal de Québec à avoir sa statue, située au centre de la place de l'Hôtel-de-Ville, à Québec. Mgr Taschereau était reconnu pour sa grande timidité, qui lui conférait une allure froide, austère et distante aux yeux des diocésains. Ces derniers n'en avaient toutefois pas moins de respect pour lui et sa très réputée famille, dont faisait partie Louis-Alexandre Taschereau, premier ministre du Québec de 1920 à 1936 et neveu d'Elzéar-Alexandre Taschereau.
Louis-Nazaire Bégin (1840-1925)
L'avant-gardiste
Septième archevêque de Québec, auteur, professeur et cardinal dès 1914, Mgr Bégin était un intellectuel avant-gardiste. Il a voulu engager les laïcs dans l'Église, a soutenu les unions ouvrières et a été attentif aux besoins des syndicats. «Louis-Nazaire Bégin était un cardinal urbain. Il était conscient des problèmes de la ville et des problèmes des ouvriers», selon l'historien Jean-Marie Lebel. Par sa personnalité avenante - complètement différente de celle de Mgr Taschereau -, Mgr Louis-Nazaire Bégin s'est assuré une place de choix dans le coeur des gens. «Il était très, très apprécié», affirme M. Lebel.
Raymond-Marie Rouleau (1866-1931)
L'oublié
En 1927, ce fut la consécration pour Raymond-Marie Rouleau. Il est devenu le neuvième archevêque de Québec et a été nommé cardinal. Son règne a toutefois été écourté par un grave accident de voiture dont il a été victime vers 1931, et dont il ne s'est jamais remis. «C'est un accident qui a mis fin à sa carrière, car la population de Québec n'avait pas eu le temps de l'adopter», explique Jean-Marie Lebel, faisant notamment référence à son allure plutôt froide et hautaine auprès des paroissiens. «Il n'a d'ailleurs pas laissé beaucoup de souvenirs chez la population.»
Jean-Marie-Rodrigue Villeneuve (1883-1947)
Le Kid Kodak
Mgr Jean-Marie-Rodrigue Villeneuve, 10e archevêque de Québec, a eu un règne très médiatisé à Québec. Contrairement à ses prédécesseurs, il savait utiliser les médias à son avantage et n'hésitait pas à le faire. Selon l'anecdote, Mgr Villeneuve, qui était de petite taille, montait sur un tabouret lorsqu'il se faisait photographier avec d'autres personnes. Nommé cardinal en 1933, il s'est mis la population de Québec à dos durant la Seconde Guerre mondiale en incitant les hommes à aller combattre, alors que la population prônait plutôt l'enrôlement volontaire. «Là, les liens se sont coupés avec population, et ce n'est jamais revenu après», explique M. Lebel.
Maurice Roy (1905-1985)
Le médiateur
«Lui, on l'a adopté tout de suite! Il était né sur la rue Saint-Flavien et avait étudié au Séminaire de Québec. Il avait une personnalité assez discrète, mais les gens l'aimaient bien», déclare Jean-Marie Lebel, parlant d'un «enracinement fort entre Maurice Roy et les gens de Québec». Devenu 11e archevêque de Québec en 1947, il a joué un rôle politique important en 1949 alors qu'il a servi de médiateur entre les propriétaires de mines et les syndicats durant la grève de l'amiante, à Asbestos. Cette médiation n'aurait pas plu au premier ministre Maurice Duplessis, qui aurait fait pression au Vatican pour ne pas que MgrRoy soit nommé cardinal. Et bien que ces suppositions ne soient pas prouvées, Maurice Roy n'a reçu le titre de cardinal qu'après la mort de Maurice Duplessis.
Louis-Albert Vachon (1912-2006)
L'universitaire
Mgr Louis-Albert Vachon a été le dernier recteur religieux de l'Université Laval, de 1960 à 1972. Et selon l'historien Jean-Marie Lebel, son allure de professeur l'a suivi jusque dans sa carrière religieuse. «Ses sermons étaient des sermons de professeur. Certains avaient de la difficulté à le suivre, parce qu'il ne s'efforçait pas de parler dans un langage populaire. Il donnait un cours.» Son but n'était pas d'exclure les moins éduqués, mais plutôt de les instruire. «Il avait un côté distant, mais ce n'était pas quelqu'un de hautain», assure M. Lebel. En tant que 12e archevêque de Québec, Mgr Vachon a eu le privilège d'accueillir le pape Jean-Paul II à Québec, en 1984. Il a été nommé cardinal l'année suivante.
Marc Ouellet (1944-)
Le convaincu
Selon M. Lebel, Mgr Marc Ouellet a eu de la difficulté à se faire accepter à Québec comme 14e archevêque de Québec parce qu'il est originaire de l'Abitibi - «c'est loin l'Abitibi pour nous!» -, mais également parce qu'il prend position. Et certaines de ses positions ayant été fortement contestées durant son passage à Québec, «ça lui a compliqué la vie. Ça l'a isolé.» Sa nomination comme cardinal en 2003, soit moins d'un an après être devenu archevêque de Québec, ne l'aurait pas non plus aidé à se faire adopter par les gens de Québec, au contraire. «Les gens ont dit qu'il était nommé cardinal parce qu'il était au service du Vatican», une institution mal perçue par bon nombre de citoyens.