Une représentation du sauteur en hauteur soudanais Mohamed Younes Drisse signée JR, un artiste de rue français.

Les athlètes sortent du stade... par l'art

Après avoir éclipsé la Pyramide du Louvre à Paris, l'artiste de rue français JR fait jaillir à Rio les athlètes hors des stades olympiques, tels des géants saisis dans l'action, sur d'immenses photos noir et blanc visibles par tous.
«Je voulais vraiment travailler sur un projet autour du sport», a-t-il expliqué à l'AFP.
Ces installations spectaculaires accrochées à d'immenses échafaudages célèbrent la rencontre des dieux de l'Olympe avec l'iconique Rio de Janeiro, qu'il connaît bien.
Trois de ces créations sont pour le moment apparues, comme à l'improviste. JR, qui ne révèle pas sa nouvelle technique, assure que d'autres surgiront...
La première, près du parc et du village olympiques, représente un nageur sur le point de plonger dans l'océan au bord d'une jetée.
La deuxième, perchée sur le toit d'un immeuble de 20 étages dans le quartier de Flamengo, saisit le sauteur en hauteur soudanais Mohamed Younes Drisse, arque bouté sur le dos en plein envol, comme sur le point de franchir le sommet du bâtiment.
La troisième représente un nageur de papillon sur la plage de Botafogo, au pied du Pain de sucre.
«Le rêve des JO»
«L'idée, c'est d'évoquer ces sportifs qui s'entraînent partout dans le monde avec le rêve d'aller aux Jeux olympiques, qui échouent parfois à deux doigts, comme Mohamed, le Soudanais qui s'est blessé juste avant de venir à Rio... Et d'autres que j'ai rencontrés qui se sont battus un moment pour y arriver sans succès, et qui, ensuite, ont gardé ça comme un rêve», explique JR.
À Rio, JR ne travaille pas qu'en XXL autour des athlètes de haut niveau. Il propose aussi aux anonymes de monter à bord de son camion photomaton.
N'importe qui peut s'y faire prendre en photo sur un fond graphique stylisé, et en sortir avec un grand poster de lui-même en noir et blanc, conçu pour être collé sur un mur de la ville plutôt que sur celui du salon.
«C'était vraiment un moment idéal avec ces gens du monde entier», dit JR, qui a collé une mosaïque de ces posters sur le boulevard olympique et près du stade Maracana.
Ce n'est pas la première fois que JR s'empare de l'espace de Rio. En 2008, il avait revêtu les façades des maisons de la favela du Morro da Providencia d'immenses photos noir et blanc de visages et regards d'une trentaine de femmes.
Des alpinistes brésiliens l'avaient aidé à coller ses portraits à flanc de colline.Ce projet rendait hommage aux femmes qui jouent un rôle central dans la vie de ces communautés pauvres, où elles sont souvent les principales victimes de la violence.
À l'époque, JR ne révélait ni son identité ni son visage. Il se définissait comme un «artiviste», un mot valise fusionnant «artiste» et «activiste».
«Pour moi, c'est génial de pouvoir revenir ici en ce moment, de travailler dans la ville sur des oeuvres que je n'ai jamais réalisées avant dans le monde, et en même temps, de continuer sur le même projet à Morro da Providencia», confie encore JR. «On est juste en bas de la favela, et faire ce projet, avoir plein de gens de la communauté qui viennent et qui participent... Pour moi, c'est un peu tous les univers qui se mélangent.»