Le fils de Saul (Saul Fia) de Làszlo Nemes

Les 10 films de 2016

Voici donc le moment venu de revenir sur les 10 films, toutes catégories, qui m'ont le plus interpellé ou fait vibrer, réfléchir, rire, pleurer; bref, qui m'ont fait sentir vivant. Une seule règle: il faut qu'il ait pris l'affiche à Québec en 2016. Ce qui explique l'absence, par exemple, de Jackie, Silence, Le client, Neruda ou Julieta, qui prennent tous l'affiche en janvier. Ah! j'oubliais presque: il s'agit d'une compilation axée sur le cinéma d'auteur avec une forte signature plutôt que sur les recettes aux guichets...
1- Le fils de Saul, László Nemes (Hongrie) (photo principale)
Il aura fallu attendre le début de 2016 pour voir ce chef-d'oeuvre qui a causé un véritable électrochoc à Cannes, où il a remporté le Grand Prix en 2014. Le puissant long métrage de László Nemes est un film absolument remarquable, tant sur le plan du récit que pour son exécution cinématographique renversante. Il s'agit d'une plongée sans concession au coeur de l'horreur des camps de concentration, mais aussi une oeuvre qui illustre à merveille la toute-puissance de l'amour d'un père pour son fils. À (re)voir absolument.
<em>Le homard</em>, Yórgos Lánthimos (Grèce)
2- Le homard, Yórgos Lánthimos (Grèce)
The Lobster est un film subversif, décalé et, pourtant, terriblement touchant. Un long métrage d'anticipation pas aussi absurde qu'il n'y paraît et qui nous tend un miroir sur la façon dont nous aimons et nous vivons, sur notre obsession du couple aussi. Une splendide réussite. Les scénaristes ont imaginé un futur proche où les célibataires sont arrêtés et détenus dans un hôtel où ils ont 45 jours pour trouver l'âme soeur. Sinon, ils sont transformés en un animal de leur choix... Oui, c'est décalé. Et très drôle. Puis très touchant. Et ça nous laisse des points d'interrogation plein la tête. Que demander de plus?
<em>Pour l'amour d'Hollywood</em>, Damien Chazelle (États-Unis)
3- Pour l'amour d'Hollywood, Damien Chazelle (États-Unis)
Oui, La La Land risque de faire une razzia aux Oscars. Mais ce n'est pas pour ça que vous devez le voir. Plutôt parce que ce film est de la magie à l'état pur. Et Damien Chazelle est un véritable maestro qui dirige toutes les partitions de main de maître. Non content d'offrir une fête pour les yeux, le jeune réalisateur américain réinvente le genre de la comédie musicale au cinéma, bien appuyé par deux performances extraordinaires de Ryan Gosling et Emma Stone. Ceux-ci incarnent deux rêveurs qui tombent en amour au risque de gâcher le rêve qui les anime. On rit. On est ému. Et on a le sourire aux lèvres pour un bon bout de temps ensuite.
<em>L'arrivée</em>, Denis Villeneuve (États-Unis)
4- L'arrivée, Denis Villeneuve (États-Unis)
Le grand Denis a sorti un as de sa poche avec Arrival, tourné et achevé en grande partie au Québec. Il s'agit d'une oeuvre brillante et prenante, magnifiquement orchestrée et qui fait appel à l'intelligence du spectateur, tout en distillant une bonne dose d'humanisme. On y suit les tentatives d'une experte linguiste (formidable Amy Adams) pour entrer en communication avec des entités extraterrestres. Un prétexte pour offrir un plaidoyer en faveur des valeurs de solidarité et de fraternité dans l'atteinte d'une paix universelle. Très fort.
<em>Moonlight</em>, Barry Jenkins (États-Unis)
5- Moonlight, Barry Jenkins (États-Unis)
Même si le cinéma indépendant américain en arrache, il offre encore de véritables petits bijoux. Dont celui de Barry Jenkins, qui montre à trois moments charnières de sa vie comment un enfant devient un homme et son combat pour s'affirmer. Ce drame de moeurs explore aussi avec beaucoup de délicatesse les difficultés d'apprivoiser son homosexualité, tout en peignant un portrait sans fard de la réalité afro-américaine. Il s'agit d'un remarquable travail de réalisation pour un deuxième long métrage, qui fait confiance à notre intelligence, et qui se distingue par sa vitalité et la charge émotive de plusieurs superbes plans.
<em>Manchester by the Sea</em>, Kenneth Lonergan (États-Unis)
6- Manchester by the Sea, Kenneth Lonergan (États-Unis)
Un favori aux Oscars même si les nominations ne sont pas connues, ce drame familial très touchant de Kenneth Lonergan se distingue par son approche délicate et nuancée des tourments d'un homme qui vit avec le poids d'une terrible tragédie, mais aussi par sa véracité psychologique. Le tout porté par une performance exceptionnelle de Casey Affleck dans la peau de cet écorché vif. Une réussite (presque) totale. Seule l'utilisation abusive de violons qui viennent parfois souligner à grands traits des moments émouvants m'a fait tiquer. Ce qui ne gâche rien à la réalisation délicate et subtile.
<em>Marguerite</em>, Xavier Giannoli (France, Belgique, Tchéquie)
7- Marguerite, Xavier Giannoli (France, Belgique, Tchéquie)
La superbe tragicomédie de Xavier Giannoli, aussi cruelle que poignante, est une magnifique ode à la liberté, une histoire d'amour funeste et un véritable moment de grâce cinématographique. Un film d'époque porté par une performance exceptionnelle de Catherine Frot dans le rôle-titre, qui lui a valu le mérité César d'interprétation féminine. Mais il s'agit aussi d'une oeuvre libre à toutes les interprétations même si elle raconte une histoire toute simple, celle d'une femme qui cherche autant à s'épanouir par la musique qu'à attirer le regard de son mari qui a jeté son dévolu sur une autre... Un peu difficile quand on chante comme une casserole. Aussi amusant que poignant.
<em>Elle</em>, Paul Verhoeven (France, Allemagne)<strong></strong>
8- Elle, Paul Verhoeven (France, Allemagne)
Voici certainement le long métrage le plus politiquement incorrect et jubilatoire de 2016. Paul Verhoeven fait flèche de tout bois dans ce film délicieusement pervers, entre érotisme et tabou, qui repose sur une performance absolument grandiose d'Isabelle Huppert. L'art est fait pour provoquer et le réalisateur ne s'en prive pas en mettant en scène une femme qui traque l'homme qui l'a violée dans un jeu de chat et de souris où les rôles changent constamment d'interprètes. Le spectateur ne sait plus sur quel pied danser... Âmes sensibles s'abstenir.
<em>Loving</em>, Jeff Nichols (États-Unis, Angleterre)
9- Loving, Jeff Nichols (États-Unis, Angleterre)
Film profondément humain que ce drame sentimental tout en retenue qui raconte, en toile de fond, une des plus formidables luttes du XXe siècle contre la ségrégation aux États-Unis. Parce qu'il s'attarde d'abord et avant tout à la très grande histoire d'amour qu'ont vécue Richard (Joel Edgerton) et Mildred Loving (Ruth Negga), qui se sont battus jusqu'en Cour suprême pour défendre leur mariage interracial. Nichols y a une signature moins affirmée qu'à ses films précédents, mais il a misé sur l'essentiel.
<em>Mademoiselle</em>, Park Chan-wook (Corée du Sud)
10- Mademoiselle, Park Chan-wook (Corée du Sud)
Voilà un film qui joue beaucoup avec le spectateur grâce à la question de point de vue, le récit étant raconté successivement par une demoiselle de compagnie et sa maîtresse avant le troisième acte. En résulte un délicieusement pervers suspense psychologique, basé sur le rapport au désir et à la séduction dans un contexte historique méconnu en Occident. Dépaysant, un brin racoleur dans les scènes de sexe, mais aussi d'une maîtrise absolue. Le réalisateur démontre sa virtuosité habituelle à la caméra, avec des mouvements élaborés, sa photographie impeccable et son fort sens de la composition. Du bonbon.
Mentions honorables
Maggie's Plan (Rebecca Miller)
Midnight Special (Jeff Nichols)
Ave, César! (Joel et Ethan Coen)
Une vie fantastique (Matt Ross)
Aquarius (Kleber Mendonça Filho)
***TOP 5 EUROPÉEN
• 1. Dheepan (Jacques Audiard)
• 2. Mustang (Deniz Gamze Ergüven)
• 3. Eye in the Sky (Gavin Hood)
• 4. Victoria (Justine Triet)
• 5. Les cowboys (Thomas Bidegain)
***Mentions honorables
Fuocoammare, Gianfranco Rosi
Truman, Cesc Gay
***Les pires films de 2016
American Honey
Un paradis pour tous
Nitro Rush
Les sept mercenaires
Les dieux d'Égypte
Batman vs Superman
Trolls
Warcraft
La série Divergence: Allégeance
Suicide Squad
Note: Je n'ai pas vu plusieurs navets hollywoodiens. La vie est trop courte.