Dans cet univers lyrique ravissant et coloré, les fauteuils prennent vie, l'horloge s'emballe, la théière et la tasse dansent le ragtime. Le merveilleux se manifeste à tout moment, de tous les côtés et sans avertissement. Une vraie boîte à surprises!

L'enfant et les sortilèges: enchantement et folie douce

Avec L'enfant et les sortilèges de Ravel, à l'affiche depuis hier soir à la salle Octave-Crémazie, le Festival d'opéra de Québec réalise une première production maison débordante de fantaisie.
En plus d'être charmante, divertissante et désinvolte, la proposition du metteur en scène Philippe Soldevila possède une élégance tout à fait intemporelle.
Dans cet univers lyrique ravissant et coloré, les fauteuils prennent vie, l'horloge s'emballe, la théière et la tasse dansent le ragtime. Le merveilleux se manifeste à tout moment, de tous les côtés et sans avertissement. Une vraie boîte à surprises!
Les costumes signés Érika Schmitz sont sans doute l'un des éléments les plus réussis de la production. On peut remarquer aussi bien leur originalité et leur finesse que le soin apporté à leur réalisation. Ils se fondent parfaitement aux décors de Claudia Gendreau pour former un tout homogène. La chorégraphe Geneviève Dorion-Coupal a trouvé mille et une manières de donner du mouvement et du volume à cet univers étrange et délirant sorti, dirait-on, d'une livre de bande dessinée.
La scénographie, machine aussi complexe que délicate, compte des dizaines de changements de costumes et de décors. En ce soir de première, tout semblait déjà s'enchaîner avec fluidité.
Quelques numéros ébahissent littéralement. Les vocalises du Feu, exécutées par la soprano Marie-Ève Munger, crépitent comme des étincelles. Le numéro de la Princesse, personnage interprété avec grâce par Pascale Beaudin, vient ajouter une note féerique supplémentaire et, à vrai dire, quasi irréelle.
La mezzo-soprano Julie Boulianne joue l'Enfant avec exactement la mesure de mauvaise volonté qu'il faut pour que le personnage demeure attachant.
La réduction pour piano quatre mains, violoncelle et flûte réalisée à partir de la version originale pour orchestre rend justice au génie avec lequel Ravel peint cet univers fabuleux et fantasque.
Destiné à un public de tout âge, d'une durée de seulement 50 minutes, L'enfant et les sortilèges offre une occasion en or pour initier les plus jeunes spectateurs à la magie des arts de la scène en général et à celle de l'art lyrique en particulier.
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FESTIVAL D'OPÉRA DE QUÉBEC. L'enfant et les sortilèges, fantaisie lyrique en deux parties de M. Ravel (version pour piano quatre mains, flûte et violoncelle de Didier Puntos). Livret de Colette. Mise en scène: Philippe Soldevila. Décors: Claudia Gendreau. Costumes: Érica Schmitz, assistée de Julie Morel. Chorégraphies: Geneviève Dorion-Coupal. Piano: Marie-Ève Scarfone (direction musicale) et Maurice Laforest. Flûte: Jean-Sébastien Bernier. Violoncelle: Dominic Painchaud. Avec Julie Boulianne (l'Enfant), Isabelle Henriquez (Maman, Tasse, Libellule), Rachèle Tremblay (Bergère, Chatte, Écureuil), Alexandre Sylvestre (Fauteuil, Arbre, Renard), Marc-Antoine d'Aragon (Horloge, Pâtre, Chat), Aaron Ferguson (Théière, Petit Vieillard, Rainette), Marie-Ève Munger (Feu, Rossignol, Pastourelle), Pascale Beaudin (Princesse, Chauve-Souris). Choristes: Judith Bouchard, Élizabeth Veilleux, Keven Geddes, Patrick Brown. Acrobates : Geneviève Bérubé, Frédérique Hamel, Louis-Marc Bruneau, Étienne Audet. Jeudi soir à la salle Octave-Crémazie. Présenté de nouveau vendredi, samedi et dimanche à 20h.