En 1997, près de 60 % des emplois occupés par les moins de 30 ans détenant un diplôme étaient de «faible qualité» (15 $ l'heure et moins).  En 2012, ce taux était de 45 % chez les hommes et à 49 % chez les femmes.

L'emploi sourit aux jeunes

À la fin de l'entrevue avec Le Soleil, Luc Cloutier-Villeneuve, analyste en statistique du travail à l'Institut de la statistique du Québec (ISQ), n'a pu s'empêcher de reculer un brin dans le temps et de se rappeler qu'au moment où il quittait les bancs d'école, dans les années 90, les emplois étaient une denrée rare. Surtout les emplois dits «de qualité».
«Aujourd'hui, la jeune génération bénéficie d'un contexte économique beaucoup plus stimulant et d'un marché du travail regorgeant de postes offrant de solides perspectives de carrière.»
La semaine dernière, l'ISQ publiait un rapport inédit traçant l'état et l'évolution de la situation des Québécois de 15 à 29 ans entre 1996 et 2012. Dans Regard statistique sur la jeunesse, l'ISQ traite notamment de la santé des jeunes, d'éducation, de démographie, de conditions économiques et de travail.
Intéressons-nous à ce dernier aspect. «Le taux d'emploi des jeunes de 15 à 29 a augmenté et le taux de chômage de ces derniers a diminué. Ça renforce le constat montrant que le marché du travail a été profitable pour eux au cours des dernières années», résume Luc Cloutier-Vaillancourt.
Au Québec, en 2012, le taux d'emploi des jeunes de 15 à 29 ans affichait 65 %, soit 10 points de pourcentage de plus qu'en 1996. Pour l'ensemble des travailleurs, la hausse enregistrée durant cette période a été de cinq points de pourcentage. Dans la grande région de Québec, les taux d'emploi des 15 à 29 ans étaient encore plus élevés. Il atteignait 72 % dans la région administrative de la Capitale-Nationale et 78 % dans celle de la Chaudière-Appalaches.
C'est surtout dans le camp des 15 à 19 ans que la progression du taux d'emploi a été la plus marquée entre 1996 et 2012. Il est passé de 32 % à 44 %. Pendant ce temps, il grimpait à 70 % chez les 20 à 24 ans et à 80 % chez les 25 à 29 ans. «Des secteurs comme le commerce au détail, par exemple, ont connu de belles années et de nouveaux emplois ont été créés, notamment des emplois à temps partiel pour les étudiants», explique M. Cloutier-Villeneuve.
Quant au taux de chômage des 15 à 29 ans, il a dégringolé de 15,9 % à 11,3 % entre 1996 et 2012.
Des emplois de qualité
Une fois que les jeunes ont quitté l'école pour grossir les rangs des travailleurs à temps plein, ils occupent de moins en moins des emplois dits de «faible qualité».
Quatre caractéristiques décrivent un emploi de «faible qualité», selon Luc Cloutier-Villeneuve. Soit qu'il s'agisse d'un boulot à temps partiel «involontaire» avec une qualification variable et généralement moins bien payé (moins de
15 $ de l'heure en 2012), d'un emploi de qualification faible occupé ou non par un travailleur surqualifié et moins bien payé, d'un emploi temporaire et moins bien payé, ou encore d'un travail de longue durée (plus de 41 heures par semaine) et moins bien payé.
En 1997, près de 60 % des emplois occupés par des jeunes de moins de 30 ans qui avaient leur diplôme en poche étaient de «faible qualité». Le portrait a changé en l'espace de 15 ans. En 2012, la part d'emplois de qualité faible s'établissait à 45 % chez les hommes et à 49 % chez les femmes.
«La hausse du niveau d'éducation des membres de la jeune génération, la vigueur de l'économie, le dynamisme du marché du travail et la mise en place de politiques sociales favorisant notamment l'équité salariale et la conciliation entre le travail et la famille sont autant de raisons qui ont contribué à améliorer la qualité des emplois des jeunes diplômés», indique l'analyste, qui constate, par ailleurs, que le nombre de travailleurs surqualifiés au Québec était à la hausse.
Relève manquante
Dans les secteurs des services d'enseignement, de la fabrication, des administrations publiques, du transport et de l'entreposage et de l'agriculture, il n'y avait pas suffisamment de jeunes de 15 à 29 ans sur le marché du travail en 2012 pour prendre un jour la succession des «vieux» de 55 ans et plus.
Selon les données sur le marché du travail contenues dans le rapport Regard statistique sur la jeunesse, publié la semaine dernière par l'Institut de la statistique du Québec (ISQ), il y avait pratiquement trois jeunes de 15 à 29 ans sur le marché du travail en 1996 pour prendre la relève d'un travailleur de 55 à 64 ans se préparant à lever les voiles.
«Quinze ans plus tard, il n'y a plus qu'un seul jeune de 15 à 29 ans (1,3 jeune pour être plus précis), qui ne va plus à l'école et qui gagne sa vie sur le marché du travail pour remplacer un travailleur à la veille de partir à la retraite», informe Luc Cloutier-Villeneuve. «C'est le signe du vieillissement de nos travailleurs et de la présence moins nombreuse des jeunes au sein de la société québécoise.»
Selon l'ISQ, la baisse de l'indice de remplacement de la main-d'oeuvre - qui mesure le renouvellement des personnes en emploi qui approchent l'âge de la retraite - s'explique par le fait que la hausse du nombre de futurs retraités surpasse celle de l'arrivée des jeunes sur le marché du travail.
Dans les cinq secteurs mentionnés ci-dessus, l'indice de remplacement passe même sous le seuil du «un pour un».
Dans l'industrie des transports, par exemple, il n'y avait que 0,7 travailleur en 2012 pour prendre la relève d'un camionneur partant à la retraite. C'est encore pire dans le cas des agriculteurs. L'indice de remplacement est passé de 1,1 à 0,6 entre 1996 et 2012.
Jadis abondante dans le secteur de l'hébergement et des services de la restauration, la relève a fondu. De six travailleurs prêts à prendre la relève des «vieux» en 1996, ils n'étaient plus que 3,3 15 ans plus tard. «Ce secteur est frappé par un vieillissement important des troupes», note M. Cloutier-Villeneuve.
D'autres constats de l'ISQ
- Parmi les jeunes en emploi, 36 % travaillaient à temps partiel en 2012. Ce taux de présence du temps partiel est plus élevé comparativement à son niveau de 1996 (31 %).
- Entre 1996 et 2012, la durée hebdomadaire du travail a reculé de deux heures, passant de 29,9 à 27,9 heures. Elle est de 19,7 heures pour les 15 à 19 ans, de 27,9 heures pour les 20 à 24 ans et de 32 heures pour les 25 à 29 ans.
- Le salaire horaire moyen des employés à temps plein pour les 15 à 29 ans est passé de 11,55 $ à 18,22 $, une hausse de 58 %. L'augmentation est de 48 % pour l'ensemble des travailleurs de 15 ans et plus (15,96 $ à 23,56 $).
- Le salaire horaire moyen des jeunes hommes (18,55 $) est plus élevé que celui des jeunes femmes (17,82 $).
- En 2012, 83 % des jeunes de 15 à 29 ans besognaient dans le secteur des services. Un pourcentage plus élevé qu'en 1996 (78 %). Pas moins de 23 % des jeunes oeuvraient dans le commerce. En 2012, 94 % des jeunes femmes de 15 à 29 ans en emploi travaillaient dans le secteur des services comparativement à 72 % chez les jeunes hommes.
- La durée moyenne du chômage des 15 à 29 ans a baissé de 1997 à 2012, passant de 19,5 à 11,5 semaines.
- En 2012, 13 % des jeunes de 15 à 29 ans n'étaient ni aux études, ni en emploi, ni en formation. En 1996, ce taux atteignait près de 20 %.