À sa dernière course individuelle en carrière, le biathlète Jean-Philippe Le Guellec a récolté une 10e place au départ de masse 15 km, à Rosa Khutor, mardi.

Le Guellec 10e à sa dernière course individuelle sur la scène internationale

Il s'agissait de sa dernière course individuelle de biathlon sur la scène internationale. Jean-Philippe Le Guellec a encore flirté avec la tête, en ce mardi brumeux et enneigé au Centre de glisse Laura, mais il se sentait plutôt comme le recrue qui vient de commettre une bévue coûteuse. Résultat, un top 10 dans le 15 km en départ groupé pour finir!
Dixième à 1,12 minute du vainqueur Emil Hegle Svendsen, le biathlète de Val-Bélair savait exactement pourquoi la deuxième moitié de la course n'avait pas été aussi concluante que la première.
«J'ai fait une erreur de débutant dans les deux premiers tirs en position couchée; je n'ai pas fermé mon cache-neige», disait-il avec franchise après la victoire au rasoir du Suédois sur le Français Martin Fourcade, devenu triple médaillé des Jeux sur le coup. Le bronze est allé au Tchèque Ondrej Moravec.
Mais tout ce beau monde avait quelque chose en commun. Ils ont eu à négocier avec Le Guellec, nez à nez avec eux jusqu'à ce qu'il s'installe au champ de tir. Sur l'écran géant, on note qu'il prend une éternité à faire tomber les cibles. On ne sait pas encore pourquoi, mais ça lui coûtera cher!
«Avec la neige qui tombait à plein ciel, il s'est formé de la glace sur la mire à l'extrémité de ma carabine. Quand je suis arrivé à mon premier tir [en position] debout, j'avais rentré mon chargeur et mis une balle avant que je me rende compte que je ne pouvais pas tirer à cause de la glace. Il a fallu que je sorte la balle et retire mon chargeur pour souffler sur la mire, ce qui a été plus long qu'un passage normal», expliquait le vétéran de 28 ans.
Tout allait bien jusque-là pour lui. Le biathlète au dossard numéro 22 a tiré 10 sur 10 à ses deux premières visites devant les gradins, se faufilant dans le groupe de tête. En fait, il était deuxième au tableau après le second tour et s'est offert une troisième boucle disciplinée avec les gros canons de la discipline.
«Avoir vécu cela, c'est le fun en soi. Après mon erreur, j'ai quand même atteint toutes les cibles et je suis sorti en cinquième place [après trois tours], mais quand j'en ai raté une à mon dernier tir debout, c'est sûr que ça allait s'avérer coûteux», confirmait celui qui se produisait notamment devant ses parents, vêtus aux couleurs de l'équipe canadienne.
Le Guellec aurait terminé dans les chiffres simples. «Je me tape sur les doigts pour la bévue, mais à tout considérer, c'est une très belle performance. Ça reste un top 10 alors qu'à Vancouver [2010], j'avais fini 30e», notait celui qui a quand même trouvé «hot» de franchir le fil d'arrivée en compagnie de son coéquipier, Brendan Green (9e).
Le troisième Canadien, Nathan Smith, a eu des ennuis avec un ski dès les premiers instants de la course et n'a pas complété l'épreuve.
Avant le départ, l'idée qu'il disputait sa dernière course individuelle dans ce sport traditionnellement dominé par les Européens ne lui a pas traversé l'esprit. Il faut savoir que la course a été remise trois fois, dimanche et lundi, avant d'être encore retardée de 15 minutes, mardi, à cause des conditions qui n'avantageaient pas le skieur de petit gabarit.
«Les conditions qu'il y avait, c'était vraiment Sotchi. La dernière semaine et demie n'était pas représentative. Là, on était en plein de dedans», disait-il sous la neige mouillée et pesante.
<p>L'entraîneur de biathlon Jean Paquet</p>
Le relais, une chance de finir en beauté, croit Paquet
Il ne reste plus qu'une course à faire à Jean-Philippe Le Guellec avec l'élite mondiale du biathlon. Samedi, il sera du carré d'as canadien à l'occasion du relais 4 x 7,5 km, qui écrirait une page d'histoire en grimpant s'il grimpait sur le podium.
Les quatre mousquetaires sont optimistes. Avec un peu de chance, mardi, le Canada aurait placé trois biathlètes dans les 10 premiers, mais un ski cassé dans une chute a empêché Nathan Smith de terminer le 15 km en départ groupé.
«Nous avons une chance de finir les Jeux en beauté, je suis confiant, j'ai hâte au relais», avouait l'entraîneur Jean Paquet, en confirmant que son protégé ne serait pas du relais mixte 4 x 6 km, vendredi.
Après ce dernier tour de piste, Jean-Philippe rentre à la maison pour rejoindre sa femme. Pas question de participer à la dernière Coupe du monde, en Finlande, à la mi-mars. En lieu et place, il ira saluer la communauté nationale du biathlon à l'occasion des Championnats canadiens, à Charlo, au Nouveau-Brunswick (11 au 16 mars).
«Les courses internationales se terminent ici. Je tenais à finir ma carrière à la maison, et comme Biathlon Canada a mis les «Nationaux» en même qu'une Coupe du monde, ça ne valait pas la peine d'aller en Europe pour en faire une dernière [en Slovénie] et revenir dans l'Est. Pour moi, il y a un petit côté sentimental au fait que ça se déroule à Charlo, puisque c'est là où j'ai participé aux Jeux du Canada et rejoint l'équipe nationale.»
Comme Le Guellec, Paquet n'a eu le temps d'être émotif pour ce dernier départ en solitaire. Il était trop occupé à gérer l'équipement des trois biathlètes canadiens sur le parcours, d'autant plus qu'il s'agit d'une première dans l'histoire.
Neuvième, Brendan Green a donné une accolade à son coéquipier des dernières années.
«Je l'ai félicité pour son dernier hourra. C'est spécial de finir dans le top 10 ensemble, il a été un modèle et une inspiration pour moi», notait avec respect celui qui devrait boucler la boucle de sa carrière à son tour en 2016, à l'occasion d'une Coupe du monde disputée dans son patelin, à Canmore, en Alberta.