L'effet se situe dans un monde sans énergie, où une femme (Catherine L. Allard, photo) tente de retrouver son amoureux.

L'effet de Jocelyn Langlois: en toute indépendance

On n'est jamais si bien servi que par soi-même. Ça, Jocelyn Langlois a décidé de le mettre en application en tournant son premier film de fiction en toute indépendance, avec un budget minimal. Le réalisateur de Québec a imaginé, dans un avenir rapproché, un monde sans énergie où une femme tente de retrouver son amoureux. Son audace - et sa patience - a payé puisque L'effet s'est retrouvé aux festivals de Montréal (FFM) et de Québec (FCVQ).
La prémisse du long métrage aura mis 17 ans avant de se concrétiser. Jocelyn Langlois et sa conjointe, Catherine L. Allard, ont d'abord fondé leur compagnie de production (Ciné-scène) «parce qu'on savait que ce serait difficile de créer nos oeuvres», explique-t-il en entrevue au Soleil. En cours de route, le duo acquiert de l'expertise et de l'équipement, en plus de créer des projections vidéo pour plusieurs spectacles, dont ceux de Robert Lepage, et de tourner des documentaires, dont Ex Machina en Russie, sur la compagnie du célèbre metteur en scène.
Lassés des productions corporatives et frustrés des refus de financement, «on ne voulait plus attendre». Ils ont donc envisagé L'effet comme un exercice «de A à Z». Le scénario avait l'avantage de requérir peu de moyens (750 000 $ en tout), d'être tourné presque entièrement en extérieurs et en lumière naturelle ainsi que de leur permettre d'assurer les premiers rôles. Dans L'effet, tout s'arrête sur la planète : électricité, moteurs, piles, ondes... Alex (Allard) est séparée de son amoureux (Langlois), qui s'est envolé pour Vancouver dans les jours précédant la catastrophe. Elle entreprend de traverser le Canada à vélo pour le retrouver.
Toutes proportions gardées, L'effet rappelle La route de Cormac McCarthy (adapté par John Hillcoat au cinéma en 2009). Mais au lieu d'un monde post-apocalyptique peuplé d'anthropophages, le duo a imaginé un monde où les gens deviennent bons et s'entraident dans l'épreuve. «C'est très utopique, surtout pour moi, un misanthrope. C'est sûr que ça ne se passerait pas comme ça. Ça reste surréaliste. Mais j'avais le goût, même si j'y crois plus ou moins», reconnaît le créateur qui assume son côté «bizarre» et avoue aimer croire aux mystères.
Poussée par l'amour
L'amour devient le moteur d'Alex dans une quête parsemée d'épreuves et de rencontres saugrenues. Elle reprend à son compte la fameuse maxime de Nietzsche : Ce qui ne me fait pas mourir me rend plus fort. «C'est une phrase que je dis souvent en raison d'événements survenus dans mon enfance. Je m'y suis identifié très tôt. C'est primordial. C'est là-dedans qu'on trouve l'espoir de continuer.» Pas pour rien qu'Alex aboutit à Hope, en Colombie-Britannique.
Cette détermination, Jocelyn Langlois a décidé de la mettre en application pour le tournage. Sa conjointe et lui se sont d'abord tapé la route de la capitale jusqu'au Pacifique pour du repérage. Puis ensuite pour le tournage, deux fois plutôt qu'une, après s'être rendu compte au montage qu'il fallait retourner la fin. Ils en ont profité pour ajouter des scènes tournées sur la Transcanadienne «quand il n'y avait pas de voitures qui passaient»!
C'est aussi au montage que le réalisateur s'est rendu compte qu'il manquait quelque chose à son film. Il a donc puisé dans les vidéos du couple. «J'ai découvert des choses qui "fittaient" avec le film.» Réalité et fiction se sont conjuguées. «Puisqu'il s'agissait d'un premier film, on trouvait ça le fun d'ajouter une touche personnelle.»
D'autant que la suite s'annonce bien. Catherine Allard a obtenu de l'aide au développement d'un scénario de la SODEC et Jocelyn va bientôt entrer en écriture, en plus des documentaires en cours. «On a envie de faire un peu moins de corporatif et d'ouvrir la machine sur le plan artistique.»
L'effet est présenté aujourd'hui à 21h30, au Cartier, dans le cadre du FCVQ.