Éliane Laberge

L'éducation, thème négligé de la campagne

Après des manifestations monstres, un printemps érable porteur d'espoir et l'élection d'un gouvernement péquiste, les associations étudiantes nationales déplorent aujourd'hui l'absence quasi totale des enjeux de l'éducation supérieure dans la campagne électorale.
«On ne peut pas se cacher que c'est un enjeu qui est absent. C'est probablement un des enjeux les plus absents de la campagne, surtout si on compare avec 2012», dénonce Justin Arcand, co-porte-parole de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ). «Je ne me souviens pas s'ils ont prononcé le mot "université" une seule fois pendant le débat! C'est problématique.»
Même constat alarmant à la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), dont l'ancienne présidente Martine Desjardins est devenue candidate péquiste. «C'est un oublié de la campagne. Pourtant, c'est un enjeu important pour la société québécoise. Il va y avoir un déclin démographique qui va nous frapper très prochainement», rappelle le président actuel, Thierry Morel-Laforce.
Sa collègue de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), Éliane Laberge, n'en revient pas non plus de voir la jeune génération boudée par la campagne nationale. «L'éducation est plutôt absente. On a abordé un peu la question du décrochage scolaire au secondaire, les commissions scolaires, mais on n'a pas parlé de l'enseignement supérieur», fait-elle remarquer. «On trouve ça dommage. L'éducation, c'est l'un des enjeux qui touchent le plus les jeunes Québécois.»
La successeure de Léo Bureau-Blouin - un député péquiste sortant - va plus loin. «Dans cette campagne-là, on ne s'adresse clairement pas aux jeunes québécois. Non seulement on ne leur parle pas, mais on ne pense pas à eux beaucoup non plus. On trouve ça dommage. Si on veut faire face à notre choc démographique, il faut donner une place plus importante à la jeunesse.»
«Nous aussi, on doit être charmés», renchérit Thierry Morel-Laforce, de la FEUQ. En dépit du sommet sur l'enseignement supérieur et des chantiers en cours, le milieu collégial et universitaire a encore son lot de défis et de controverses. «La question n'est pas réglée, loin de là», martèle Justin Arcand de l'ASSÉ.
Demandes conjointes
La FEUQ et la FECQ ont déposé certaines demandes conjointes auprès de tous les partis. Ils attendent encore les réponses officielles. «On demande des bonifications à l'aide financière aux études par rapport au revenu protégé», mentionne Éliane Laberge de la FECQ. «C'est comme si on punissait les étudiants d'avoir travaillé durant leur été.»
Le retour au gel des frais scolarité trouve également écho auprès des fédérations étudiantes. À l'ASSÉ, les revendications dépassent le strict cadre éducatif. «On nous parle qu'on va représenter la majorité de la population, alors qu'on les attaque continuellement avec ces mesures d'austérité qu'on met de l'avant», lance Justin Arcand. Les associations étudiantes FEUQ et FECQ sont également unies pour inciter les jeunes à se rendre aux urnes. En éclipsant l'éducation, les principaux partis ne font rien pour les aider à convaincre les jeunes de noircir massivement des bulletins de vote. «Si on parle d'éducation, c'est une manière de les inciter à aller voter», conclut Éliane Laberge de la FECQ.
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La TACEQ refuse de parler
La quatrième association étudiante nationale, la Table de concertation étudiante du Québec (TACEQ), refuse de commenter la campagne électorale et de discuter des enjeux de l'éducation supérieure. La TACEQ regroupe notamment la majorité des étudiants de l'Université Laval à travers la CADEUL et l'ALIES. Invité par Le Soleil à discuter des préoccupations et des revendications des étudiants en lien avec la campagne électorale, le secrétaire général de la TACEQ, Paul-Antoine Cardin, a préféré ne faire aucun commentaire. À noter que l'avenir de la TACEQ est en péril. Plusieurs associations étudiantes menacent de se désaffilier, reprochant notamment à la TACEQ sa timidité sur la place publique depuis 2012.