Alex Harvey a connu une fin de saison hallucinante.

L'éclipse des Jeux

Alex Harvey a connu une fin de saison hallucinante. Le point d'exclamation à sa meilleure saison à vie, et de loin. Il a fait la couverture, avec raison, des quotidiens de la capitale, dimanche, triomphant. Entendu à l'épicerie : «C'est à Sotchi qu'il fallait être bon.»
Non, mais... faut réaliser l'exploit. À 25 ans, la constance et le talent du skieur de Saint-Ferréol-les-Neiges l'ont hissé au troisième rang du cumulatif de la saison de la Coupe du monde. Une première pour un Québécois. Il est revenu hier soir d'un périple de quatre mois en Europe enrichi de 91 800 $ gagnés en compétition. Cette cagnotte témoigne de l'ampleur de ses succès.
Début janvier, Harvey quittait le prestigieux Tour de ski avec trois médailles. Dimanche, il a conclu sa campagne en ajoutant deux podiums en Suède. Il y sera monté six fois durant l'hiver.
N'en déplaise aux partisans de l'hyper humilité, le fondeur a répété au collègue Olivier Bossé que la forme y était en Russie en février, mais qu'il n'a pas pu compter sur des skis lui permettant de s'exprimer. Les podiums de janvier et de mars entérinent ses dires.
Le parallèle avec les mésaventures olympiques de Charles Hamelin est facile à faire. Le patineur courte piste de 29 ans se pointait à Sotchi en rêvant d'ajouter quatre médailles à sa collection olympique. Après un impressionnant 1500 m - il a filé avec aisance vers l'or -, Hamelin a fraternisé avec les matelas au 1000 m et au 500 m en plus de voir son équipe de relais être exclue de la finale.
Aux quatre Coupes du monde précédant les JO, le patineur de Sainte-Julie avait enlevé sept médailles individuelles, dont six d'or, sur une possibilité de 12. Une franche domination. Il a conclu sa saison aux Championnats du monde de Montréal, en fin de semaine, avec deux médailles, troisième au cumulatif.
Comme Harvey, il aura été l'un des meilleurs de son sport avant et après la quinzaine olympique. Que s'est-il donc passé pour Charles Hamelin, et pour toute l'équipe canadienne de courte piste à Sotchi? Problème de fartage?
Je rigole, mais pas totalement. Selon Robert Tremblay, à la tête de projets en innovation pour Patinage de vitesse Canada, l'équipe canadienne n'avait pas les lames pour rester debout sur la glace de Sotchi.
Tremblay, rencontré vendredi à Montréal aux abords de la glace de l'aréna Maurice-Richard, en est persuadé. Si la glace russe convenait à la courbure des lames canadiennes en entraînement, une surface plus molle lors des jours de compétition s'est avérée trop fragile, trop friable, pour la troupe.
Des dires confirmés par François Drolet, ancien médaillé olympique devenu technicien pour l'équipe canadienne. «Ça roulait en pratique! La gang a foncé sans se poser de question en compétition, mais ça n'a pas tenu.» Un excès de confiance donc? «Non, mais c'est drôle, certains patineurs des autres pays qui avaient de la difficulté à l'entraînement se sont retenus un peu en course, et ils sont restés debout.»
Dans l'ombre des insuccès
Des saisons exceptionnelles donc pour Harvey et Hamelin, mais leurs contre-performances olympiques auront éclipsé le tout. Triste de penser que quelques journées de compétitions assombrissent les succès de toute une saison. «C'est comme ça!», me dit-on depuis quelques jours.
Eh bien, pour ce que ça vaut : Messieurs, personnellement, je ne troquerais pas vos succès de plusieurs mois pour un séjour plus glorieux à Sotchi. Vos accomplissements ont plus de valeur à mes yeux.
Harvey avait dit vendredi qu'il échangerait ses performances de la saison contre une médaille olympique, mais ses résultats de la fin de semaine lui ont fait changer son discours. Bon pour lui!
Charles Hamelin a confirmé son retour pour un autre cycle olympique. Ses déboires en février auront au moins eu cela de positif, il en est ressorti avec la rage nécessaire pour tourner en rond pour encore plus de 1400 jours.