Leadership à la sauce Couillard

Jean Charest prenait souvent plaisir à citer les propos de Pauline Marois, qui disait avoir développé son «instinct de tueuse» à la tête de l'opposition officielle. Il y avait là matière à caricature, mais il reste qu'on ne devient pas premier ministre du Québec à la suite d'un concours de gentillesse. Jean Charest était chaleureux avec le public, mais ceux qui l'ont côtoyé ont souvent déploré son entêtement, pour ne pas dire sa «tête de cochon».
C'est là que Philippe Couillard se démarque le plus de son prédécesseur. Le chef du Parti libéral est un «chic type», il n'a pas de malice, disent ses collègues et amis. Trop chic type dans le ring des luttes partisanes? C'est la question que se posent sans doute ses députés qui se réunissent aujourd'hui et demain à Saint-Félicien.
Jean Charest refusait toujours d'admettre ses erreurs. Alors que mardi dernier, en conférence de presse, Philippe Couillard a déclaré qu'«il m'est arrivé, il m'arrive et il m'arrivera de faire des choses que j'aurais dû faire différemment».
«Rien ne m'effraie plus que la certitude, a-t-il ajouté. Je m'analyse constamment, parfois même plus sévèrement que vous.»
Philippe Couillard adore échanger avec les journalistes, tout comme Jean Charest. Mais contrairement à ce dernier, qui maniait l'humour et les réparties avec adresse pour éviter les sujets délicats, Couillard prend un soin méticuleux à répondre à toutes les questions. Il met toujours des nuances à ses explications.
Le problème, c'est que la politique partisane se fait à coups de clips de 30 ou 40 secondes dans les médias. La position du PLQ sur la laïcité, présentée mardi dernier par M. Couillard, est réfléchie et intellectuellement défendable. Mais elle est complexe par rapport à celle de Bernard Drainville, qui se résume en 10 secondes : «Si tu travailles au gouvernement, tu n'affiches pas ta religion au bureau!» Plus simple que ça, c'est le néant. Ça rentre sur Twitter en moins de 140 caractères!
Pauline Marois aussi a connu un début de mandat difficile à la tête du Parti québécois et après les élections de 2012. On lui a reproché de trop hésiter, de reculer constamment devant la controverse. Mais son entourage a encadré ses contacts avec les journalistes pour éviter les déclarations malheureuses et limiter la durée des points de presse. Ses réponses aux journalistes se limitent maintenant à des lignes de presse courtes et catégoriques.
Simultanément, ses ministres comme Pierre Duchesne et Bernard Drainville ont maintenu la ligne dure dans les dossiers controversés comme les droits de scolarité et la laïcité. Même s'il a échoué sur l'atteinte du déficit zéro, le gouvernement donne l'impression de savoir où il s'en va.
Ce sont les libéraux que l'on critique maintenant pour leurs virages et leurs reculs. Lorsqu'il était ministre de la Santé, Philippe Couillard était rassurant. Il projetait une image de savoir-faire et de compétence. Bernard Drainville, qui était son critique dans l'opposition après Louise Harel, m'a déjà confié à quel point il était intimidant de s'attaquer à une si belle assurance ministérielle. Aujourd'hui, ce sont les libéraux qui peinent à coincer Drainville.
M. Couillard et ses députés préparent leur retour en chambre. Le défi du chef est d'y arriver avec des décisions fermes et claires. C'est malheureux, mais la réflexion trouve rarement sa place dans les reportages de 60 secondes à la télévision et les clips sur les médias sociaux. Quant à «l'instinct de tueuse» de Pauline Marois, c'est une autre affaire. Le serment d'Hippocrate du médecin Couillard lui interdit peut-être de parler en ces termes, mais son nouveau métier a des exigences bien différentes...