Le vrai visage de Michel Arsenault

On comprend mieux pourquoi la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) et le Fonds de solidarité sont allés devant les tribunaux pour tenter de bloquer l'utilisation de l'écoute électronique par la commission Charbonneau. C'est parce qu'il y a un monde entre l'image de respectabilité que veut se donner Michel Arsenault en public et celle des magouilles du même homme avec Tony Accurso.
Critiqué pour avoir passé une semaine sur le luxueux bateau d'Accurso, Arsenault dit à ce dernier au téléphone que les journalistes «vont manger de la marde, on va s'organiser pareil». Dans une autre conversation captée par la police, il explique à Accurso qu'il a publié une confession dans les journaux, mais il ajoute «que ça ne changera rien entre nous deux, c'est juste pour la galerie».
L'ex-président de la FTQ affirme que tout le monde «marchait sur le bras» avant les scandales de 2009 qui ont mené à la mise sur pied de cette enquête. Même les journalistes, dit-il, voyageaient gratuitement sur les avions des premiers ministres. Si M. Arsenault veut retourner aux années 50 et à l'époque de Duplessis pour se justifier, grand bien lui fasse, mais il n'avait pas 10 ans à la mort de Duplessis. Il y a encore des gens à l'éthique élastique dans notre métier. Mais je travaille depuis 1971 dans les médias, dont CKAC, TVA, La Presse, Le Droit et Le Soleil, et je peux vous garantir que les politiciens ne nous laissent pas monter gratuitement dans leurs avions. Ils nous imposent même à l'occasion des tarifs supérieurs à ceux des tarifs commerciaux.
M. Arsenault a été président de la FTQ de 2007 à 2013. Il a déclaré mercredi n'avoir jamais payé les repas pris avec des politiciens et des gens d'affaires. C'était dans les moeurs du temps, a-t-il répété à plusieurs reprises. Même chose pour les voyages de pêche, de chasse ou sur le bateau d'Accurso. Il aurait été plus correct de dire que c'était dans les moeurs de la FTQ.
Les politiciens
L'autre facette des révélations de mercredi à la commission montre un cynisme aberrant de la part des dirigeants de la FTQ à l'endroit des politiciens. Dans un échange téléphonique, Arsenault déclare que si Jean Charest est réélu à la tête d'un gouvernement minoritaire, «c'est nous qui mènent». Il ajoute : «On vient de retomber au pouvoir pour deux ou trois ans.»
Concernant le «deal» avec Claude Blanchet, dont il a été question la semaine dernière, il dit à son conseiller politique Gilles Audet que «le flo [le fils du couple Marois-Blanchet], sa mère va peut-être devenir premier ministre dans une couple d'années, on n'aura pas de troubles avec».
Interrogé par la commissaire Charbonneau, Arsenault a affirmé mercredi qu'il s'agissait de «paroles en l'air, de farces plates, de pétage de broue entre deux syndicalistes». Il affirme n'avoir jamais eu l'intention de passer par Claude Blanchet pour influencer Pauline Marois. «Dans la vraie vie, je n'aurais jamais fait ça.»
Désolé, M. Arsenault! La vraie vie, c'est dans les conversations téléphoniques interceptées par la police qu'on la voit, pas dans vos explications «brodées» (le mot est de vous) pour maquiller la vérité.
Lundi et mardi, Michel Arsenault a bien tiré son épingle du jeu à la commission Charbonneau, vantant les mérites du Fonds de solidarité et son travail de syndicaliste pour améliorer le sort des travailleurs. Mais ce qu'on a vu mercredi, c'est le magouillage d'un syndicaliste acoquiné avec Tony Accurso, qui passait les messages de son ami jusqu'à Jean Charest et Pauline Marois, et qui a tout fait pour protéger les «pommes pourrites» de son organisation.