Mathieu Quesnel et Stéphane Rousseau forment un duo contrastant dans Le vrai du faux.

Le vrai du faux: troubles de personnalité

Émile Gaudreault a fait un choix audacieux en adaptant une pièce dont le personnage principal souffre du syndrome de stress post-traumatique (SSPT). Mais on dirait que le sérieux du sujet - lui, un réalisateur de comédies populaires - l'a fait hésiter entre le burlesque et le drame psychologique, sans jamais réussir à trouver le ton juste et en n'étant ni l'un ni l'autre. Résultat : le bien-nommé Vrai du faux souffre de sérieux troubles de personnalité.
Ce sixième long métrage de Gaudreault (Le sens de l'humour, De père en flic), s'attarde au destin croisé d'Éric (Mathieu Quesnel), un jeune soldat dont le quotidien est un champ de bataille après son séjour en Afghanistan, et de Marco Valois (Stéphane Rousseau), un réalisateur à succès en burn-out qui veut tourner son histoire, malgré l'opposition persistante de la psy d'Éric (Julie Le Breton).
Gaudreault et son coscénariste Pierre-Michel Tremblay, qui est aussi l'auteur d'Au champ de mars, ont mis en opposition les deux hommes pour tendre leur arc dramatique - le réalisateur farfelu et vain qui cherche à se bâtir une crédibilité représente l'aspect comique et le soldat souffrant de SSPT, l'aspect bouleversant. Bref, la base du buddy movie : deux personnages aux antipodes qui souffrent de problèmes de communication, mais qui vont finir par s'entendre dans l'adversité.
Mais ça ne fonctionne pas. Mathieu Quesnel, avec son jeu intense et mesuré, qui fait toute la crédibilité d'Éric, rend d'autant plus évidentes les grosses lacunes d'acteur dramatique de Stéphane Rousseau. La direction d'acteurs de Gaudreault semble aussi en cause. On n'y croit pas.
Caricatural
Les scénaristes ont aussi, au passage, poli les aspérités d'Éric pour le rendre plus «normal», une erreur. Et la plupart des personnages secondaires sont caricaturaux, en particulier le fonctionnaire fédéral grano-pacifiste (Charles-Alexandre Dubé). Ils ont également greffé une inutile histoire de reconquête par Éric de sa blonde qui sert de prétexte à amener tout le monde dans la ville minière natale du soldat (un mélange de Thetford Mines et de Black Lake). La photo de Bernard Couture y est, toutefois, absolument superbe.
Autre aspect agaçant : la présence du personnage de Valois permet une mise en abyme maladroite sur la situation schizophrénique de notre cinématographie, entre cinéma d'auteur et populaire, inspiré du modèle hollywoodien. Comme le dit Éric, «faire des films québécois, c'est comme jouer au hockey en Espagne». C'est caricatural et une bien piètre façon d'assumer son parti-pris pour un film destiné à un large public.
Malheureusement, sa construction bancale, son manque d'humour percutant (on rit très peu) et le jeu déficient de Rousseau risquent fort de faire passer Le vrai du faux complètement à côté de sa cible aux guichets.
Il y a bien quelques scènes savoureuses - la confession de la mère d'Éric (Guylaine Tremblay) en est une d'anthologie - et un moment touchant dans la réconciliation du père (Nomand D'amour, solide) et du fils, mais ça ne fait pas un film.
La comédie dramatique est un exercice de fil-de-fériste. Mais à trop ménager la chèvre et le chou, l'équilibriste ne se rend pas au bout et tombe en chemin. C'est ce qui est arrivé à Émile Gaudreault, probablement paralysé par l'ampleur du défi qu'il s'est fixé. Dommage.