Le vrai débat reste à faire

D'un point de vue politique, la ministre Agnès Maltais peut se réjouir du succès de son Forum municipal sur les régimes de retraite.
Personne n'aurait parié sur les chances d'un consensus aussi rapide. Des acteurs venus le couteau entre les dents en sont ressortis en chantant à l'unisson dans la chorale.
Maires, ministres, syndicats. Tous unis pour revoir les régimes de retraite et prévenir de nouveaux déficits.
C'est d'autant plus étonnant que Mme Maltais n'a rien cédé pour ce consensus, sinon de permettre la discussion sur le partage des déficits passés. Jusqu'à maintenant, toucher au passé semblait un sujet tabou. On comprend que ça ne l'est plus.
Sur l'essentiel, la ministre Maltais reste sur ses positions.
Pas question de donner aux villes le pouvoir d'imposer des changements aux conditions de retraite des anciens régimes. Pour y toucher, il faudra passer par la négociation.
Le gouvernement maintient aussi la mécanique d'un arbitrage par la Commission des relations de travail en cas d'échec des négociations et de la conciliation.
Le maire de Québec y était farouchement opposé, mais ne semblait plus s'en formaliser au sortir du Forum.
Que s'est-il donc passé mardi matin pour que tout le monde en sorte sur la même longueur d'onde?
La réalité est qu'il ne s'est rien passé. Pas assez pour que la belle harmonie puisse durer. Tôt ou tard, le débat va reprendre.
À court terme, le Forum s'est entendu sur ce qui faisait déjà consensus : l'impossibilité du statu quo, l'urgence d'agir, l'obligation de partager 50-50 les coûts des prochains régimes de retraite entre employeur et employés, l'impératif de parler des vrais coûts, etc.
Le Forum aura permis de prendre acte publiquement de ces consensus, ce qui n'est pas inutile.
Sauf qu'on a pelleté en avant le sujet le plus explosif : le partage des déficits passés.
Comme si, dans le débat sur la Charte, on omettait l'interdiction des signes ostentatoires pour ne parler que des sujets qui font consensus : laïcité de l'État, interdiction du voile intégral masquant le visage, limitation des accommodements déraisonnables, etc.
On peut bien célébrer aujourd'hui l'ouverture et la bonne entente dans le monde municipal.
Mais le vrai débat sur les régimes de retraite va rebondir le jour où les négociations auront échoué parce que des syndicats n'auront pas voulu renoncer à des acquis.
Qu'ils voudront maintenir les montants et conditions de retraite gagnés de bonne foi au fil des négociations, parfois au prix d'une renonciation à des augmentations de salaire.
Il n'y a aucune garantie sur l'arbitrage des litiges par la CRT. Rien qui assure de pouvoir éteindre les déficits des retraites et assurer une meilleure équité intergénérationnelle.
Tant mieux pour les finances publiques si des employés renoncent de plein gré à des acquis, mais la probabilité est que ce sera l'exception.
On s'apercevra alors que la journée de mardi n'était peut-être pas si «historique» qu'on l'a dit.
Le syndicat des cols blancs de la Ville de Québec menace de déclencher une grève qui pourrait «perturber les opérations». Le Tournoi pee-wee risque d'en être la première victime. Le mot d'ordre : «Parler moins et agir plus», a prévenu le président Jean Gagnon.
Le syndicat a compris qu'il ne gagnera pas la guerre de l'opinion publique contre le maire Labeaume. Il se résigne donc à se battre autrement, cette fois sur le terrain.
C'est un jeu dangereux.
Les syndicats municipaux ont souvent dénoncé l'intimidation et les invectives dont ils sont victimes de la part de citoyens.
Toucher aux services ou à des symboles comme le Tournoi pee-wee risque d'envenimer les choses. Ce ne sont pas seulement les cols blancs de M. Gagnon qui risquent d'en souffrir, mais tous les employés de la Ville. La grève est une arme à double tranchant.