Le lumineux bistro Tiers Temps loge dans l'ex-Abraham-Martin, la seule table végé et flexitarienne de Québec.

Le Tiers Temps - Restaurant culturel: végé libre!

J'ai découvert le Tiers Temps dans l'ex-Abraham-Martin à la fin de l'été dernier. J'avais été enchantée par les hummus du chef Éric Melbardis. De fil en aiguille, j'en ai fait un reportage publié le 21 octobre, puis j'ai passé la nuit avec «son» boulanger, Vincent Millette. Pour jaser du métier. En revanche, je ne m'étais pas positionnée «critiquement parlant» sur la seule table végé et flexitarienne de Québec. Il était temps!
En publiant mes coups de coeur 2013, j'avoue que j'étais embêtée, puisque je n'avais pas écrit de compte rendu critique formel sur le Tiers Temps. Mon coeur saignait un peu, parce que j'aurais aimé l'inclure à ce palmarès. Je me reprends pour le premier papier critique de l'année 2014 et je tire mon chapeau à ce bistro végé tout sauf radical, car la viande n'y est pas persona non grata.
Non seulement le jeune chef est créatif, mais il prouve qu'il est possible de cuisiner les légumes - bios ou pas selon les arrivages - avec originalité même en hiver. Parce qu'en saison, Éric Melbardis n'a pas de mérite. J'exagère évidemment. Il faut voir (et goûter!) son tartare d'été (maïs frais, dés de poivrons rouges, concombre, etc.) d'une fraîcheur inouïe. À ce point qu'il est devenu mon étalon de comparaison au détriment, j'ouvre une parenthèse, de certaines tables qui font dans le végé par opportunisme. J'ai en tête le guacamole oxydé additionné de salsa qu'on a essayé de me passer, la veille de ma visite au Tiers Temps, pour un tartare végétal. De la boue, oui!
Le choix du jour
Bref, nous voilà perchés à l'un des comptoirs de ce bistro lumineux un mercredi avant Noël, jour de poutine nous souligne-t-on. Pas très casher, vous dites? Ça dépend qu'est-ce qu'on met dedans. J'y reviens. Autrement, il y avait au menu un fish & chips de morue (panure à l'anglaise et croustilles de taro et Yukon Gold), un sandwich aux tomates (avec mayo sans oeuf montée à l'huile de tournesol), une soupe-repas à l'oignon et la pizza crue sur craquelin de légumes déshydratés avec ricotta et aubergines.
Comme je l'avais parié intérieurement, l'homme prend une option sur la poutine et moi, d'une totale prévisibilité égale à la sienne, je choisis la soupe. Au lieu du potage de courge butternut aux cinq épices, je devance ma bolée principale par une salade qui a du punch. Sa devise implicite est texture, tonus et saveurs. Le cresson, en verdure de base, voit son amertume naturelle apaisée par l'ajout de demi-raisins rouges sucrés et croustillants. Se greffe à ce duo gagnant une julienne de carottes. Moi qui suis rarement épatée par les salades au resto - le trop-plein de vinaigrette me tue -, je m'incline devant le dosage à la goutte près de celle-ci et, plus encore, pour l'élan qu'elle apporte aux ingrédients. Retenez-la, c'est une combinaison de miso et poivron rouge.
Poutine végétarienne
L'«Homo fast-food» qui m'accompagne pioche dans sa poutine végétarienne l'air satisfait. Très. Les frites de Yukon Gold et de patates douces ont été nappées d'une sauce brune - sans gras animal - et des crottes de fromage cheddar s'y répandent. Du chèvre lisse aussi la sauce. Pour intégrer du vert à ce plat, un trait de mayo au basilic et de l'oignon vert égayent le sommet de la montagne de frites mixtes. Tant qu'à y être, j'oserais du chou kale poêlé. Les amateurs de pout ne verront pas là d'hérésie majeure, sinon qu'un raffinement inespéré.
Dès la première cuillerée de soupe à l'oignon, j'ai une pensée pour les proprios de Soupe & Cie. Ils auraient, j'en suis certaine, aimé signer l'acte de naissance de cette soupe à l'oignon déstructurée. D'autant que le bouillon salé-sucré ne se limite pas à de l'oignon fondu et légèrement caramélisé. Ses horizons s'ouvrent sur des champignons émincés crus et un arôme mystérieux de truffe. Des bouquets d'enoki y ont aussi plongé en surface. Fin du fin de cette soupe, trois croquettes de cheddar Perron et pomme de terre remplacent l'habituel croûton gratiné. Du wow plein la bouche, je ne trouve aucun facteur d'équivalence, ni fondus parmesan, ni minibouchées de tartiflette. S'il vous plaît, gardez cette soupe à la carte tout l'hiver.
Avec l'homme, on finit le repas sur un pouding au pain épicé couronné de crème fouettée. Il n'en voulait pas. C'est lui qui prend la dernière bouchée pour la route.
Au menu
Le Tiers Temps - Restaurant culturel, 595, rue Saint-Vallier Est, Québec; Tél. : 418 524-0163
- Ouvert tous les jours
- Cuisine végétarienne (et flexitarienne)
- Verre de vin à compter de 6 $
- Entrée de 3 $ à 7,50 $
- Menu du jour (lundi au vendredi) de 14 $ à 16 $
- Plat de 16 $ à 18 $ (souvent le menu du jour en version bonifiée)
- En soirée à la carte
- Brunch la fin de semaine à 15 $
- Coût de l'addition pour deux avant taxes et service : 33,50 $ (incluant un menu du jour, une salade et plat, une poutine du mercredi, un dessert partagé et les boissons chaudes)
- Stationnement : dans la rue
- On aime :une formule inclusive gagnante - végé et flexi -, du personnel en salle dynamique et une cuisine à la fois originale et bonne pour la santé.
- On n'aime pas : honnêtement, je n'ai à rien à redire.