Le terrain miné de l'intégrité

À défaut de pouvoir faire des gains supplémentaires avec la laïcité, Pauline Marois ramène l'intégrité au coeur de sa campagne électorale: les Québécois veulent-ils vraiment revenir aux magouilles des années libérales, 18 mois après avoir chassé Jean Charest du pouvoir? C'est son meilleur argument depuis que les libéraux ont pris la tête dans les sondages. Mais c'est une stratégie qui comporte sa part de risques. Une stratégie qui nous renvoie à l'affrontement qu'on attendait au débat de jeudi soir dernier, et qui ne s'est pas produit.
La semaine dernière, Mme Marois a misé sur l'économie et la laïcité pour évacuer le débat sur la souveraineté et le référendum. Elle a fait un point de presse avec Pierre Karl Péladeau et Bernard Drainville. Mais les questions à Péladeau ont davantage porté sur la souveraineté que sur l'économie. Quant à la laïcité de Bernard Drainville, elle n'a intéressé que la presse anglophone.
La chef du Parti québécois (PQ) a donc changé de cap lundi matin. Elle a tenu un point de presse pour parler d'intégrité aux côtés du ministre Bertrand St-Arnaud et du candidat Daniel Lebel, ex-président de l'Ordre des ingénieurs du Québec.
L'intégrité, c'était le fer de lance du PQ aux élections de 2012. Or malgré l'usure du pouvoir libéral, malgré les odeurs de scandales et Tony Tomassi, Mme Marois n'est pas parvenue à faire élire un gouvernement majoritaire. Y parviendra-t-elle cette fois? C'est son principal défi.
On l'a vu lundi, cette question a placé Philippe Couillard sur la défensive. Le candidat libéral dans Portneuf, Michel Matte, a prétendu que même s'ils ont voté à 11 reprises contre la tenue d'une commission d'enquête sur la construction quand ils étaient au pouvoir, certains députés de Jean Charest ont réclamé cette enquête dans le secret du caucus. M. Couillard a résisté aux questions sur le sujet. Il a déclaré que cela faisait partie de la campagne électorale de 2012 et qu'il n'était pas question d'y revenir. C'est une mauvaise ligne de presse. Compte tenu de la présence dans son équipe d'un aussi grand nombre de membres de l'ancienne équipe libérale, il ne peut se laver les mains aussi facilement des gestes du gouvernement Charest.
La stratégie péquiste est bien ciblée, mais elle est risquée. Lundi matin, au point de presse de Mme Marois, les journalistes qui suivent sa caravane ont rappelé les gestes moins glorieux de son parti : le financement de sa campagne au leadership par des firmes de génie-conseil; le rapport Moisan de 2006 démontrant que le PQ était au courant des contributions illégales reçues de Groupaction, un acteur du scandale des commandites; le manque de transparence lors de la nomination d'André Boisclair à New York.
«Est-ce que vous dites qu'en matière d'intégrité, le PQ est sans tache?» a demandé un journaliste. «N'êtes-vous pas dans une maison de verre?» a lancé un autre.
Les risques d'éclaboussure sont grands lorsqu'on joue dans la boue... La stratégie du PQ annonce des face-à-face plus costauds au débat de jeudi soir. Mme Marois ne sera pas seule à s'attaquer à l'intégrité des libéraux. François Legault a sauté sur le sujet lundi matin, en imputant aux libéraux la responsabilité «de la merde qu'on a actuellement».
La semaine dernière, Philippe Couillard a menacé de répondre sur le même ton si on s'en prenait à son intégrité. Tout le monde s'est tenu tranquille. Il est douteux que ça se passe ainsi jeudi soir. Nous entrons dans le dernier droit de cette campagne électorale. De façon générale, on constate que «le ciment est pris» au lendemain du dernier débat. L'opinion des gens est faite. C'est donc la dernière chance des partis. Attachez vos ceintures...