Tous les centres de ski de fond de la grande région de Québec constatent une hausse très marquée d'enfants et d'adolescents pratiquant régulièrement le ski de fond.

Le ski de fond, ce sport «de vieux»... très à la mode!

Un sport de vieux, le ski de fond? Plus maintenant. Entre l'influence d'Alex Harvey et un engouement sans cesse grandissant pour l'activité physique, le ski de fond a la cote, en 2017. Partout dans la grande région de Québec, les pistes sont prises d'assaut par des adeptes de plus en plus jeunes et nombreux.
«C'est sûr que les jeunes, leur génération ne voit plus le ski de fond comme ceux nés dans les années 80 ou 90 le voyaient», lance au bout du fil Lisa Marie Lacasse, porte-parole de la station touristique Mont-Sainte-Anne, qui gère à la fois un Centre de ski de fond et de ski alpin. 
À une époque pas si lointaine, avancer à la sueur de son front dans le bois de Saint-Ferréol-les-Neiges semblait peu susceptible d'intéresser les jeunes davantage que descendre à vive allure les pentes du Mont-Sainte-Anne en ski alpin ou en planche à neige. 
Force est d'admettre que les choses ont changé. L'achalandage est en hausse de 13 %, cet hiver, au Centre de ski de fond Mont-Sainte-Anne. C'est la cinquième année consécutive où une «hausse significative» est observée. Le nombre de jeunes inscrits dans les programmes d'initiation est aussi en hausse de 15 %, cet hiver. Une hausse principalement ressentie chez les 4 à 6 ans, qui a forcé la station à dénicher de nouveaux entraîneurs. 
Et une fois adolescents, les fondeurs ne délaissent plus leur sport. Le nombre de jeunes de 14 à 18 ans membres du club de ski de fond Mont-Sainte-Anne a doublé uniquement dans les trois dernières années, pointe Mme Lacasse. À l'échelle provinciale, les clubs de ski de fond grossissent leurs effectifs de 4 à 8 % chaque année depuis 2007.
Aux Sentiers La Balade de Saint-Jean-Chrysostome, à Lévis, la vente d'abonnements saisonniers est en hausse de 20 % par rapport à l'hiver 2015-2016. Plus de 150 jeunes fondeurs sont inscrits dans le programme d'initiation Jackrabbit. La Balade a même dû en refuser, cette année, faute de personnel, explique le président du Centre, Roger Girard. 
À cela s'ajoutent 75 jeunes inscrits dans le club local et une vingtaine dans le programme sport-études. Le Centre a aussi atteint sa capacité maximum en ce qui a trait à la venue de groupes scolaires. 
«On a une grosse saison. Pour la vente de billets de saison, c'est vraiment l'idéal quand il y a beaucoup de neige avant Noël», poursuit M. Girard. La dernière fois que La Balade a accueilli autant de fondeurs, c'était au tournant des années 2000.
Au Mont Grand-Fonds, à La Malbaie, le beau début d'hiver s'est traduit par une hausse d'achalandage de 31 % sur les pistes de ski de fond durant la dernière période des Fêtes, par rapport à un an auparavant. La hausse grimpe à 43 % pour les trois premières semaines de janvier. «C'est incroyable la croissance depuis trois ans», avoue le directeur général, Alain Goulet. 
«Il y a plus de jeunes, de très jeunes, qui font du ski de fond. Il y a des familles qui ont migré du ski alpin. Les gens semblent avoir besoin de faire du plein air dans un contexte plus sauvage.»
À Duchesnay et au Camp Mercier, deux centres gérés par la SEPAQ, on dresse les mêmes constats. La SEPAQ n'a d'ailleurs pas hésité à mettre en place une promotion agressive pour attirer les enfants sur ses pistes. Depuis l'hiver dernier, la location de l'équipement de ski de fond et l'accès aux pistes sont gratuits pour les 17 ans et moins qui viennent skier dans un contexte familial.
L'engouement généralisé pour le ski de fond se fait même sentir dans les petits centres. Menacé de fermeture il y a quelques années, le Centre de ski Les Appalaches, à Saint-Eugène-de-L'Islet, a été sauvé par l'implication de jeunes parents, relate Lucie Garneau, coordonnatrice du Regroupement Ski de fond Raquette. 
Au club de Montmagny, une cinquantaine de jeunes sont inscrits à des cours de ski de fond, cet hiver. «Ce qu'on remarque, c'est une croissance au niveau des petites familles. Les jeunes qui venaient faire du ski de fond avec leurs parents dans les années 90 sont de retour sur les pistes avec leurs jeunes enfants», croit-elle.
Le «boom» expliqué en trois temps
Un jeune  admirateur  affichait  clairement son appui à Alex Harvey, lors de la Coupe du monde de ski de fond, sur  les plaines d'Abraham, en mars dernier.
L'effet Alex Harvey
Le nom revient dans la bouche de tous les gestionnaires de Centre de ski de fond sondés par Le Soleil. «Alex Harvey, c'est la grande vedette de la région et du Centre. C'est une inspiration directe pour les jeunes», explique sans détour Lisa Marie Lacasse, du Mont-Sainte-Anne. 
L'influence de la coqueluche du ski de fond canadien a cependant depuis longtemps dépassé les frontières de son Saint-Ferréol-les-Neiges natal. Harvey a donné une image plus jeune et plus intéressante à son sport, souligne Lucie Garneau, du Regroupement Ski de fond Raquette, qui chapeaute des centres dans cinq régions du Québec. «C'est clair que son succès aura un impact encore plus important dans les prochaines années. C'est maintenant cool de faire du ski de fond», poursuit Alain Goulet, du Mont Grand-Fonds. 
Le succès du fondeur de 28 ans a également amené les télédiffuseurs d'ici à accorder davantage de temps d'antenne au ski de fond, ne serait-ce que pendant les Olympiques, pointe la directrice générale de Ski de fond Québec, Sylvie Halou. «C'est encore surprenant à quel point les Montréalais ne connaissent pas tant Alex Harvey, mais à l'intérieur des clubs partout dans la province, les jeunes savent tous très bien c'est qui.»
Les fous du cardio
«On sent un engouement pour le sport cardiovasculaire en général. Il y a clairement une plus grande préoccupation des gens envers leur santé», lance Lisa Marie Lacasse. 
Vélo, course à pied, CrossFit... nul doute que l'activité physique occupe une place de plus en plus importante dans le quotidien de bien des Québécois. Alliant endurance musculaire et capacités cardiovasculaires, le ski de fond est un complément hivernal idéal à l'entraînement des cyclistes et des coureurs. Spécialement le pas de patin, qui exige un effort intense des jambes. Pour les mêmes raisons, la raquette et plus récemment le fatbike gagnent en popularité, note Lucie Garneau. Or, ce sont des activités que plusieurs centres de ski de fond offrent également. «La multidisciplinarité des centres de ski de fond fait leur force. Une famille multigénérationnelle peut passer une journée dans un Centre et tout le monde y trouve son compte.»
L'amélioration de l'équipement
«On n'est plus à l'époque de la bottine à trois trous», donne en exemple Lucie Garneau. Les fixations sont plus sécuritaires et les bottes confortables. Les skis eux-mêmes et les bâtons plus légers et technologiques. Sans compter les vêtements «techniques et à la mode», ajoute Sylvie Halou, de Ski de fond Québec. Le tout contribue à rendre le ski de fond plus agréable, mais aussi plus attrayant pour les jeunes. 
Les techniques de fartage et le traçage des pistes se sont aussi perfectionnés. Les centres se dotent graduellement de machinerie plus lourde et dispendieuse. Ils en sont de plus en plus obligés, croit Lucie Garneau. «On a commencé à se former davantage pour le traçage il y a une quinzaine d'années. Mais déjà, ça n'a plus rien à voir par rapport à il y a 10 ou 15 ans. En raison des changements climatiques, il y a toujours des périodes de gel et dégel qui s'alternent durant l'hiver. C'est complètement différent de tracer.»
Sur les planches en ville
Le ski de fond ne se limite plus aux sentiers en forêt. Depuis l'an dernier, la Ville de Québec entretient une boucle de ski de fond urbaine de plus de 8,5 km autour de la rivière Saint-Charles. 
Faute de neige, le concept est un peu tombé à l'eau durant l'hiver 2015-2016. La saison actuelle est cependant plus faste et les adeptes de plus en plus nombreux. Selon la météo, le nombre de fondeurs urbains varie entre environ 100 et 150 par fin de semaine, relate Estelle Nicolas, porte-parole de la Société de la rivière Saint-Charles. Lévis devrait également se doter d'une piste urbaine, l'hiver prochain. 
La Ville a mandaté les Sentiers La Balade afin qu'une piste soit aménagée du Centre de ski jusqu'au bout de la nouvelle piste cyclable longeant la rivière Etchemins, à Saint-Romuald.