En 2005, Marcus Luttrell (Mark Wahlberg, à gauche) et trois autres coéquipiers de SEAL débarquent en Afghanistan pour capturer ou tuer Ahmad Shahd, un chef notoire des talibans. L'opération ne se déroule pas comme prévu, et Marcus Luttrell sera le seul à s'en sortir pour raconter ce qui s'est passé.

Le seul survivant: exercice de propagande

Si le récit du Seul survivant (Lone Survivor) n'était pas basé sur des événements réels, personne ne serait assez crédule pour avaler ça. Ce qui ne le rend pas crédible pour autant - pousse, mais pousse égal. S'il n'y avait que ça. Film d'une violence excessive, il fait aussi office de patriotisme de mauvais aloi qui ressemble plus à un exercice de propagande orchestré par les Marines qu'à une oeuvre de fiction.
Le 28 juin 2005, en Afghanistan, un quatuor de SEAL a pour mission de capturer ou de tuer Ahmad Shahd, un chef notoire des talibans, qui se trouve dans un village reculé en montagne. Une rencontre fortuite compromet l'exercice et les place dans un foutu pétrin. Une armée de talibans les assaille en montagne où les communications sont hasardeuses et une action pour les extraire, suicidaire. Seul Marcus Luttrell (Mark Wahlberg) en reviendra pour en faire le récit.
Le seul survivant a le mérite de présenter le combat contre le terrorisme à l'heure de la guerre de contre-insurrection. Mais il ne fait à peu près que ça, négligeant tout le reste qui fait un bon film de fiction - car ça en demeure une, malgré ses fondements réalistes.
Le scénario tente vainement de donner une certaine profondeur psychologique aux personnages. Il réduit plutôt ces soldats, les vrais, tombés au combat, à des clichés ambulants. Sans parler du machisme rebutant dont on les affuble. Je veux bien croire que ce sont des Marines, mais pas obligé d'en rajouter trois couches.
Peter Berg a prouvé avec Bataille navale (2012) qu'il aimait bien quand ça fait boum! Mais ici, c'est son insistance à montrer en gros plan les éclaboussures de sang, au ralenti et à répétition, qui est rebutante. La mort des combattants est réduite à un exercice de style cinématographique.
Pourtant, le réalisateur sait filmer les scènes d'action et leur imprimer un bon rythme qui génère une tension anxiogène. Sauf qu'il ne peut résister à en donner plus que le spectateur en demande. Celles où les Marines dévalent cul par-dessus tête et se heurtent violemment aux rochers et aux arbres en deviennent insupportables. Et gratuites. Sans parler du fait qu'ils continuent à se battre même plus troués de balles qu'une passoire...
Son scénario, basé sur le livre de Marcus Luttrell, présente aussi les combattants d'une façon terriblement manichéenne. Les talibans sont des fanatiques, mais ça devient franchement ridicule. Il semble aussi très peu crédible que les soldats américains ne connaissent rien des moeurs des paysans pachtounes et de leur inviolable respect de l'hospitalité.
En définitive, comme film de genre, Le seul survivant est un échec lamentable. (Re)voyez plutôt la dernière demi-heure d'Opération avant l'aube (2013) ou, encore mieux, Le démineur (2008). Les deux longs-métrages de Kathryn Bigelow et de Mark Boal dressent un portrait plus réaliste de l'invasion américaine en Afghanistan et de ses conséquences.
*****
Au générique
Cote: 2 étoiles 1/2
Titre: Le seul survivant (v.f. de Lone Survivor)
Genre: drame
Réalisateur: Peter Berg
Acteurs: Mark Wahlberg, Ben Foster, Emile Hirsch, Taylor Kitsch
Salles: Beauport, Clap, Des Chutes (Saint-Nicolas), Lido (Lévis) et Sainte-Foy
Classement: 13 ans et plus
Durée: 2h03
On aime: la tension
On n'aime pas: la propagande, le manichéisme, l'excès de violence