Le premier pavillon de l'Université Laval en 1899

Le Séminaire de Québec, un lieu de savoir

L'anecdote est simple et riche à la fois. Peu de gens le savent, mais entre les livres, les oeuvres d'art, les souvenirs et les artefacts du passé du Séminaire repose une momie égyptienne. Rapportée au tournant du XXe siècle par le cardinal Louis-Nazaire Bégin, elle a servi à enseigner aux étudiants les différentes civilisations du monde et le respect des rites culturels. Aujourd'hui, force est de constater qu'elle symbolise bien l'une des missions de l'institution: la transmission de connaissances.
Jacques Lemieux, ancien élève du Petit Séminaire, ancien séminariste et ancien supérieur général du Séminaire - aussi bien dire qu'il connaît les lieux comme le fond de sa poche! - relate l'existence de la momie avec sourire. Vrai que l'histoire est inusitée, mais le Séminaire, c'est aussi ça. Une aventure d'enseignement et de partage du savoir.
Lorsque Mgr François de Laval demande au roi Louis XIV de fonder le Séminaire, l'idée de départ est de transmettre une discipline ecclésiastique et de former de futurs prêtres pour desservir les paroisses.
La dizaine de premiers séminaristes apprendra donc la liturgie, l'administration des sacrements, les méthodes de prédication et l'enseignement de la catéchèse aux enfants pour ensuite partir en régions éloignées et entretenir la vie spirituelle de la population.
À la même époque, le Collège des Jésuites, situé juste en face du Séminaire, offre des cours de langues et de mathématiques aux jeunes garçons. Le roi Louis XIV y voit alors une occasion de créer de meilleurs liens avec les peuples autochtones : bâtir un pensionnat, y rassembler les garçons amérindiens, les instruire au Collège et, surtout, les franciser. Ils ordonnent ainsi la création d'un Petit Séminaire qui servira de lieu de résidence. Une décision un peu trop rapide aux yeux de Mgr de Laval, souligne M. Lemieux. D'ailleurs, sur les 13 pensionnaires du Petit Séminaire, sept sont des enfants de colons, six sont amérindiens. Trop habitués au grand air, ces derniers ne resteront pas longtemps, un an tout au plus.
Après la conquête des Anglais en 1759, le Séminaire, qui a toujours été proche des Jésuites, décide de prendre les rênes du Collège et d'offrir le «cours classique» au Petit Séminaire. Les lieux seront agrandis et des prêtres seront affectés à l'enseignement du latin, du grec, de la littérature française, des sciences, de la philosophie et des mathématiques.
Vent de changement
Au milieu des années 1800, l'institution a une réputation enviable. Près de 400 jeunes font leurs classes au Petit Séminaire, tandis que le Séminaire enrichit son programme de matières nouvelles et ouvre une classe de langue anglaise pour outiller les jeunes prêtres dispersés outre-frontière francophone une fois les études terminées.
Ce vent de changement est la volonté de deux prêtres enseignants, Jérôme Demers et Jean Holmes - «hommes d'exception», selon Jacques Lemieux -, qui décident de prendre en charge l'avenir de l'éducation à Québec. Ensemble, ils produisent les premiers manuels scolaires et intègrent au programme l'histoire et la géographie.
Leur idée de fonder la première université francophone au Québec fait aussi son chemin.
Les confrères recrutent au passage Louis-Jacques Casault, qui a les mêmes vues sur l'éducation. Après plusieurs années à solliciter l'appui de la couronne britannique en faveur de l'éducation francophone, la reine Victoria signe, en 1852, la Charte royale, qui donne au Séminaire de Québec le droit de «conférer des degrés» et d'établir une école d'enseignement supérieure. L'Université Laval est ainsi créée, dirigée par M. Casault, nommé recteur.
Les étudiants qui fréquentent l'établissement voisin du Séminaire, dans le quartier latin [maintenant le Vieux-Québec] ont le choix entre quatre facultés, soit la théologie, le droit, la médecine et les arts. Quelques années plus tard, en 1920, l'Université Laval ouvrira une succursale dans la métropole, qui deviendra par la suite l'Université de Montréal. Elle ouvre aussi six nouvelles facultés : musique, philosophie, lettres, sciences et génie, agriculture et sciences sociales.
L'éducation supérieure attire les jeunes et l'Université Laval se trouve vite à l'étroit. Les vastes champs dans l'ouest de la ville sont choisis comme emplacement pour aménager un campus. La cité universitaire verra le jour à Sainte-Foy en 1970. Un an plus tard, une nouvelle charte dote l'Université Laval d'un profil laïque plutôt que religieux, lui donnant aussi son indépendance par rapport au Séminaire de Québec, qui se consacre toujours à la relève ecclésiastique... comme à ses débuts, il y a 350 ans.
Les armoiries de l'Université Laval
En 1663, lors de la fondation du Séminaire, Mgr François de Laval donne ses armoiries de famille à son nouvel établissement d'enseignement. Le blason orné d'une croix rouge sur fond or est chargé de cinq coquillages et de 16 alérions sans bec ni pattes, symbole des ennemis vaincus lors de pèlerinages par les ancêtres de Mgr de Laval. En 1951, lorsque l'Université Laval décide de se donner de nouvelles armes, elle reproduit les traits distinctifs du blason de la famille Laval, mais renverse les couleurs. Le fond devient rouge, la croix, or, les alérions, argent et les cinq coquillages, bleus. Ce choix d'armoiries veut indiquer l'affiliation qui existe entre le fondateur et l'Université Laval.