Le roi Harper en Israël

Pour sa visite en Israël, le roi Stephen Harper fait les choses en grand. Il s'est même entouré d'une cour digne du généralissime d'une république de bananes.
En tout, 208 personnes accompagnent le monarque!
La liste de ceux que M. Harper amène en Terre promise comprendrait 27 dirigeants d'entreprise, 21 rabbins, 15 journalistes, 8 députés (conservateurs), 6 ministres, 6 représentants de groupes chrétiens évangéliques, 2 sénateurs (conservateurs) et un nombre indéterminé de lobbyistes, de représentants de la communauté juive et de tits-namis du pouvoir.
N'exagérons rien. Aux dernières nouvelles, M. Harper n'est même pas accompagné par un boy chargé de l'éventer avec une branche de palmier.
Rien à voir avec le faste entourant le boxeur Mohamed Ali, au sommet de sa gloire. Ce dernier employait alors un gars dont la seule fonction connue consistait à goûter la sueur du champion, afin d'en vérifier la teneur en sel...Le monde du roi Stephen H. se divise en deux. D'un côté les bons, qui sont extrêmement bons. De l'autre les méchants, qui sont vraiment méchants. Comme dans un vieux western opposant les cowboys aux Peaux-Rouges.
Sauf qu'en Israël, Stephen Harper se surpasse. Au point d'apparaître plus pro-israélien que les Israéliens.
«Les politiques d'Israël ne sont pas responsables de l'instabilité actuelle au Moyen-Orient», a-t-il déclaré avec l'aplomb du cascadeur qui réalise que puisqu'il doit plonger d'une hauteur de 300 mètres dans un verre d'eau, il ne se fera guère plus mal en plongeant de 500.
Israël, pas responsable? Même pas un petit peu? Parions que même Ariel Sharon n'aurait jamais osé dire une telle énormité. Et Monsieur n'était pas exactement un pacifiste barbu à sandales, qui joue du pipeau en distribuant des lettres d'amour parfumées de patchouli aux commandos du Hezbollah.
Il est vrai que le Moyen-Orient fait dire des choses bizarres aux dirigeants canadiens. En l'an 2000, lors d'un court voyage, le premier ministre Jean Chrétien avait collectionné les gaffes. «Je ne sais même pas où je suis - au nord, au sud, à l'ouest ouà l'est?» s'était écrié l'ami Jean,à Jérusalem.
Commentaire d'un diplomatedésabusé, à la fin du voyage. «Encore une semaine, et il aurait déclenché une guerre.»
Faut-il blâmer un effet insoupçonné des eaux du Jourdain? Ou l'euphorie produite par les applaudissements - qui soûlent un politicien plus sûrement qu'un litre de vodka siphonné avec une paille?
Lundi, le roi Stephen a pourtant placé la barre du ridicule très haut. Il a élargi la définition du mot antisémitisme, pour englober à peu près toutes les critiques à l'endroit d'Israël.
S'il n'en tient qu'à lui, le décompte des antisémites va vite dépasser le cercle des illuminés qui banalisent le massacre de six millions de Juifs durant la Seconde Guerre mondiale. Ou celui des paranos qui voient un complot juif derrière tous les malheurs du monde, incluant le vortex polaire et la carie dentaire.
Question à M. Harper : faut-il considérer comme antisémite son ami, l'ancien président George W. Bush, qui déplorait la progression constante des colonies juives en territoire palestinien?
En attendant la réponse, la politique du Canada au Moyen-Orient devient de plus en plus étrange.
En juin 2013, quand les Iraniens ont élu un président jugé plutôt modéré, le Canada a été l'un des seuls pays du monde à statuer que l'élection «ne voulait rien dire». Et la vision simpliste du Canada se résume désormais dans une blague tristounette.
Durant un Conseil des ministres, en pleine discussion sur la politique internationale canadienne, un ministre dort profondément.
Furieux, Stephen Harper donne un coup de poing sur la table.
- Je suppose que vous connaissez la réponse? s'écrie-t-il.
Le ministre sursaute : «Je n'ai pas entendu la question, avoue-t-il. Mais la réponse est la même : Israël a raison...»