Au fil des pages, tout en découvrant l'histoire de la Tétralogie, on voit comment Lepage et ses collaborateurs se sont entendus pour exploiter sa puissance évocatrice.

Le Ring de Robert Lepage: parcours d'une folle création

De mai 2005 à mai 2012, des premières rencontres exploratoires jusqu'aux représentations devant public, Bernard Gilbert a travaillé en contact étroit avec les membres de l'équipe engagée autour de Robert Lepage dans la création du Ring de Richard Wagner pour le Metropolitan Opera de New York. Aujourd'hui, l'auteur relate dans le détail l'histoire de cette colossale entreprise de mise en scène.
<p>Plus qu'une chronique détaillée et très bien illustrée, l'ouvrage propose des repères et des clés qui facilitent grandement l'accès à l'oeuvre immense et complexe.</p>
L'ouvrage de 275 pages intitulé Le Ring de Robert Lepage (L'instant même) constitue une mine d'informations puisées directement à la source et livrées à la première personne. Son auteur a en quelque sorte passé sept ans de sa vie en première ligne.
Bernard Gilbert menait déjà de front la double carrière de gestionnaire et d'écrivain lorsque la direction d'Ex Machina lui a offert le poste de directeur de production des opéras de Robert Lepage. L'idée de mettre par écrit les progrès du processus de création est tout de suite apparue comme une évidence. «Comme j'étais destiné à occuper une position centrale, d'emblée, j'ai vu l'opportunité de joindre mes deux habiletés, raconte Bernard Gilbert. J'ai commencé à tenir un journal de tout, tout, tout.» 
Avec Patrick Caux, Bernard Gilbert avait déjà présenté la méthode de travail d'Ex Machina dans Chantiers d'écriture scénique (Alto, 2007). «Quand on a su qu'on allait monter le Ring au Metropolitan Opera, j'ai su que j'allais faire mon opus magnus
Le Ring de Robert Lepage dépasse l'essai documentaire. Plus qu'une chronique détaillée et très bien illustrée d'une aventure artistique qui a duré sept ans, il propose des repères et des clés qui facilitent grandement l'accès à l'oeuvre immense et complexe que constitue le Ring
Le tout premier chapitre fait le rappel des principales légendes germaniques et nordiques qui ont inspiré Richard Wagner. Il raconte également l'histoire de la partition, décrit les principales caractéristiques du matériau musical et explique comment l'oeuvre de Wagner s'inscrit dans son époque.
C'est un peu plus loin, une fois les présentations faites, que l'auteur vous entraîne dans les profondeurs du processus de création. C'est ce qui le rend si unique. «ll existe peu de textes en français sur le travail de Robert Lepage vu de l'intérieur, qui décrivent comment se déploie dans le temps tout le processus, fait-il valoir. C'est pourquoi il me semblait que c'était important, au-delà du plaisir d'écrire, de laisser une trace qui rappelle ce projet un peu fou.»
Au fil des pages, tout en découvrant l'histoire de la Tétralogie, on voit comment Lepage et ses collaborateurs se sont entendus pour exploiter sa puissance évocatrice. «Au cours des 10 années pendant lesquelles j'ai travaillé de près avec Robert sur des opéras, j'ai senti qu'il revenait de plus en plus vers ce fondement qui consiste à raconter une histoire, souligne Bernard Gilbert. Le Ring est une fable extraordinaire. Aujourd'hui, on n'a peut-être pas besoin de la raconter au deuxième, au troisième ou au quatrième degré. D'autant plus qu'on a désormais les moyens, avec le décor, et surtout la vidéo, de réaliser ce que Wagner pouvait seulement rêver de faire en 1876. J'avais en fait l'impression que Robert essayait d'amener l'oeuvre jusqu'à son aboutissement. Cela dit en toute modestie. On n'a jamais eu la prétention posséder la vérité. C'était simplement la vision que partageait l'équipe.»
L'auteur compare le développement du concept à une montagne qui ne faisait que croître au fil des années. Déjà, il est facile d'admettre que le Ring de Wagner est l'opéra le plus ambitieux qu'on puisse monter. Le travail d'exploration de Robert Lepage et de Carl Fillion sur la scénographie a donné à l'entreprise une dimension non seulement neuve et inédite, mais encore plus ambitieuse. «Tout à coup, ça nous prenait des techniques liées au cirque, un gréage, avec beaucoup de manipulations manuelles.»
Son mandat chez Ex Machina maintenant achevé, Bernard Gilbert continue à travailler dans le domaine de la gestion artistique et dans celui de la littérature. «Ma spécialité, c'est d'être un généraliste», résume celui qui est aujourd'hui directeur de la Maison de la littérature de Québec et du festival littéraire Québec en toutes lettres.