Les médias de la chaîne Sun, qui font partie de l'empire Québecor, mais qui sont farouchement opposés au nationalisme québécois, se sont montrés relativement discrets au sujet des allégeances indépendantistes de leur ex-patron Pierre Karl Péladeau.

Le Rest of Canada n'épargne pas Péladeau

Les commentateurs du Canada anglais sont rarement tendres envers les souverainistes québécois, et ce n'est apparemment pas parce qu'il possède la plus grosse chaîne de journaux anglophones du pays que Pierre Karl Péladeau aura droit à plus de clémence. Du moins, si on en juge par la réaction que la plupart des pundits (experts) ont eu lundi à son arrivée dans l'arène politique.
«Est-ce qu'on peut arrêter d'appeler PKP un partisan du libre marché? Il est dans l'industrie du câble [subventionnée ou aidée par le fédéral de diverses manières]. Il s'est fait financer par la Caisse de dépôt et placement [pour acquérir Vidéotron]. Il veut de l'argent public pour une équipe de hockey», a tweeté lundi matin Andrew Coyne, chroniqueur de Postnews Media, qui possède notamment The National Post et le Ottawa Citizen.
«La seule différence entre un homme d'affaires comme PKP et les syndicats concerne qui devrait avoir l'argent qu'ils volent aux contribuables/consommateurs», a-t-il ajouté.
Éthique
La déclaration de M. Péladeau, qui a indiqué qu'il conserverait ses actions de Québecor même si le commissaire à l'éthique lui demandait de s'en départir (il s'est toutefois ravisé en fin de journée, lundi), a également fait tiquer les commentateurs canadiens-anglais. «Donc, est-ce que le premier geste de PKP en tant que législateur sera de défier le commissaire à l'éthique?» a demandé Les Perreaux, de l'agence Canadian Press, lui aussi sur Twitter.
Tous les analystes du ROC (Rest of Canada) s'entendent pour dire que la candidature de M. Péladeau est d'une envergure qui n'a pas été vue depuis longtemps en politique québécoise, et que son arrivée enverra des ondes sismiques que l'on ressentira loin et pendant longtemps. Le chroniqueur politique du Globe and Mail Konrad Yakabuski va même jusqu'à la comparer à celle de Lucien Bouchard au Bloc québécois en 1990 et à celle de Pierre Elliot Trudeau au Parti libéral du Canada. «En 1965, M. Trudeau était arrivé à Ottawa comme une des "trois colombes"», avec Gérard Pelletier et Jean Marchand, en référence à leur rôle dans la très dure grève de l'amiante de 1949. «Mais M. Péladeau a toujours été un faucon en affaires. Le ROC doit s'attendre à ce qu'il agisse de la même façon en politique», avertit-il.
Sun, comme Québecor
De leur côté, les médias de la chaîne Sun, qui font partie de l'empire Québecor, mais qui sont farouchement opposés au nationalisme québécois, se sont montrés relativement discrets au sujet des allégeances indépendantistes de leur ex-patron. Ses journaux n'ont publié qu'un seul texte, celui du vice-président éditorial de Sun Media, Glenn Garnett, où il «souhaite du bien, mais pas trop» à M. Péladeau, et assure que le traitement de l'actualité ne changera pas dans les journaux Sun - un discours qui ressemblait à celui des médias francophones de Québecor, d'ailleurs.
«Pourquoi est-ce que Sun News [chaîne de télé très à droite, antisouverainiste et elle aussi propriété de M. Péladeau] est critiquée? Parce qu'elle est séparatiste? Allons donc», a lancé le chroniqueur du Toronto Sun Lorrie Goldstein sur les ondes de Sun News, pour signifier que si M. Péladeau avait voulu changer la position éditoriale de Sun, il l'aurait fait il y a longtemps puisqu'il a acquis la chaîne en 1997.
«Ce n'est pas le premier rodéo qu'un de nos propriétaires nous fait faire, a poursuivi M. Goldstein. Notre ancien proprio était le Teacher's Pension Fund en Ontario [un fonds de pension syndical]. Et devinez quoi : il y avait pas mal de leaders syndicaux qui voulaient que nous devenions une feuille de chou gauchiste, mais le fonds s'est montré sage et il savait que ce n'était pas un bon positionnement pour les journaux Sun.»