Le réel et son double

David Cantin, collaboration spéciale
Le Soleil
Deux jeunes artistes se démarquent, en ce moment, à l'Œil de Poisson, grâce à des univers à la fois ludiques, excessifs et plutôt sophistiqués. Tandis que Maude Léonard Contant sort la peinture de son cadre habituel, Valérie Potvin déploie dans la petite galerie une impressionnante tribu de personnages surréalistes. À coup sûr, le duo en art actuel qu'il faut voir ce printemps.
Comment fait-on pour réinventer la nature morte de manière amusante et tout à fait originale? Depuis plusieurs mois, Maude Léonard Contant s'acharne à construire, à l'aide de papier kraft, différentes fleurs afin de remodeler, en trois dimensions, une série de natures mortes célèbres dans l'histoire de l'art. Elle explique d'ailleurs clairement son processus. «Mon travail se concrétise souvent à l'aide de motifs empruntés à la nature, mais toujours traités de façon hautement artificielle. Ces motifs sont travaillés très minutieusement à l'aide de matériaux pauvres, voire ingrats - même dans le cas de sculpture sur bois, il s'agit d'essences vulgaires qui sont utilisées -, avec pour résultat un rendu de bricolage sophistiqué.»
Il y a d'abord ce kiosque de fleuriste, grandeur nature, tel un îlot central. Autour, une trentaine de bouquets, minutieusement fabriqués à la main, font référence aux toiles de Vincent Van Gogh, de Jeff Koons, d'Andy Warhol, de David Hockney, ainsi que de Piet Mondrian. Sur chacun des pétales, des chiffres renvoient à un astucieux système de peinture à numéro, comme l'indique le titre : Une nature morte dont vous êtes le héros (oeuvre didactique). Au mur, un tableau explique en détail la charte de couleurs, tout comme les oeuvres reproduites, afin de mener à terme une reconstitution mentale. L'effet est d'autant plus réussi que le monochrome de l'ensemble de l'installation renforce cette idée d'un rapport immédiat avec le visiteur. Une oeuvre didactique, certes, mais qui assume pleinement ce relais inventif entre le bidimensionnel et le tridimensionnel.
Récipiendaire du prix Tomber dans l'Œil 2008, Valérie Potvin ne cesse d'accumuler les distinctions ces temps-ci (les bourses René-Richard et Louis-Garneau, de même que le prix du BAA de l'Université Laval). Après un premier solo (Poésie de l'échec) qui vient tout juste de se terminer à la Galerie du pavillon Alphonse-Desjardins, l'artiste multidisciplinaire de Québec récidive avec énormément d'audace dans un espace plutôt restreint. Entre l'installation et la sculpture, Sur 24 imagine une confrontation entre une vingtaine de personnages qui cherchent à habiter ce lieu d'une blancheur inquiétante. Le spectateur tente lui aussi de se faire une place pour voir ce regroupement de figures mi-humaines mi-animales. Inspirée d'un récent voyage au Mexique, l'imagerie éclatée impressionne dès qu'on entre dans la salle. Inutile de dire qu'on entendra beaucoup parler de Valérie Potvin, puisqu'elle se range déjà parmi les créateurs les plus stimulants de la relève à Québec.
On mentionne que le Montréalais Gennaro De Pasquale propose un corpus de 10 vidéos de courte durée, à partir de nombreux films libres de droits sur le Web, dans l'entrée vidéo, et que Diane Landry, ainsi que Pavla Scerankova (de la République tchèque), sont présentement en résidence de production, toujours à l'Œil de Poisson.
Une nature morte dont vous êtes le héros (oeuvre didactique), de Maude Léonard Contant, et Sur 24, de Valérie Potvin. À l'Œil de Poisson, 580, côte d'Abraham, Québec. Jusqu'au 21 juin.