Des dizaines de plaintes ont été acheminées depuis 2010 à la police concernant le Pub L'autre Zone. Les résidents sont notamment exaspérés par la musique trop forte et les disputes à l'extérieur du bar.

Le Pub L'autre Zone dérange plusieurs résidents de Limoilou

La cohabitation est difficile entre le Pub L'autre Zone et son voisinage. Depuis 2010 seulement, la police a répondu à des dizaines de plaintes de citoyens pour du bruit excessif, des bagarres, des attroupements et des personnes intoxiquées liés aux activités de l'établissement de la 3e Avenue. Des résidents songent à déménager, d'autres l'auraient déjà fait. Le proprio se défend et soutient avoir fait beaucoup pour atténuer les irritants. Un avis que ne partage pas la Régie des alcools.
<p>«La musique est forte au point qu'on pourrait chanter la chanson», raconte le locataire Mario Mercier, découragé. Je connaissais la réputation du bar, mais je me disais que ça ne pouvait être aussi pire. On a vite déchanté»</p>
François Jacques habite depuis 2004 à moins de 25 mètres - selon Google Maps - du commerce critiqué. Comme au moins une dizaine d'autres personnes du secteur, il est excédé par la musique trop forte, les engueulades à l'extérieur, les hurlements et les crissements de pneus.
«Ça fait neuf ans et demi qu'on a acheté la maison et ça fait neuf ans et demi que ça dure, plusieurs fois par semaine, laisse-t-il tomber. C'est pire l'été, les fenêtres ouvertes. Depuis l'interdiction de fumer, les gens sortent dehors, fait-il remarquer. On s'est informés pour des vitres triple épaisseur. On a aussi pensé déménager», admet le père de deux enfants de huit et quatre ans. Il donnerait une note parfaite à son milieu de vie si ce n'était de la présence du bar.
Son locataire, Mario Mercier, partage son ras-le-bol. «La musique est forte au point qu'on pourrait chanter la chanson», dit-il, découragé. Je connaissais la réputation du bar, mais je me disais que ça ne pouvait être aussi pire. On a vite déchanté. Les premières années, on appelait souvent [la police], puis on s'est découragés.»
Il jure avoir parlé à un voisin qui lui a dit être parti à cause du bruit excessif provenant du bar. «S'il n'y a pas d'amélioration, on pense éventuellement déménager.» Ce qui le retient : la qualité et le prix de son logement. «On ne trouvera rien de pareil ailleurs», confie-t-il.
Des récits entendus la semaine dernière devant la Régie des alcools, qui doit statuer sur les infractions reprochées au Pub L'autre Zone en vertu d'un règlement qui oblige les établissements licenciés à maintenir la tranquillité publique. Le Soleil en avait fait état en août 2013.
Appelée à témoigner, la conseillère municipale dans Limoilou, Suzanne Verreault, est au fait du dossier. «Il y a une problématique, admet-elle. Les gens m'en parlent, mais on n'a pas le pouvoir de faire fermer un bar», lance-t-elle.
En août 2009, un comité de citoyens était formé pour faire le suivi sur le tapage nocturne généré par le bar. «Il y avait des plaintes pour le bruit, mais aussi pour des actes de vandalisme à la sortie du bar [notamment sur les véhicules]. Les gens ont une certaine crainte», explique la conseillère.
En 2011, la police de Québec a même déboursé 8469 $ en heures supplémentaires pour augmenter la patrouille dans le secteur et surveiller plus étroitement la sortie des oiseaux de nuit.
En octobre 2012, le sergent-détective Éric Descarreaux, alors aux enquêtes d'arrondissement, héritait du dossier pour prendre la mesure exacte des plaintes. Au total, il a recueilli les griefs d'une dizaine de citoyens. Les gens lui ont raconté, par exemple, ne plus pouvoir manger à l'extérieur et devoir garder les fenêtres fermées en permanence. «C'est une nuisance parce qu'ils ne peuvent pas jouir de leur résidence», a soutenu le policier.
De 2010 à 2012, le service de police a répertorié une quarantaine d'interventions liées aux activités du bar. De janvier à novembre 2013, le central 9-1-1 a reçu 74 appels concernant le 1096, 3e Avenue, adresse de l'établissement. Par comparaison, le sergent-détective a souligné que le Bal du Lézard, situé non loin, au 1049, a généré 11 appels.
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Le propriétaire veut «une bonne harmonie»
Le propriétaire de L'autre Zone considère avoir fait beaucoup au cours des années pour se conformer aux exigences du voisinage. Pour témoigner de sa bonne foi, il est prêt à s'engager auprès de la Régie des alcools, des courses et des jeux (RACJ) pour réduire davantage le bruit et cesser ses promotions sur l'alcool.
«Il y avait un D.J., j'ai arrêté ça. J'ai arrêté les orchestres au premier étage. J'ai fait refaire la configuration de mon système de son. J'ai un portier qui va dans la ruelle aux 20 minutes [pour s'assurer qu'il ne s'y passe rien pour déranger le voisinage]. J'ai aussi fait installer des affiches pour demander aux clients de garder la paix.»
Daniel Cantin soutient avoir fait ses devoirs. Il ajoute avoir toujours collaboré avec la police. Il leur a même demandé une surveillance accrue à la sortie du bar aux petites heures pour éviter les attroupements et les bagarres.
Du même souffle, il dénonce le fait de n'avoir jamais été mis au courant des reproches qu'on lui faisait, dont ceux des deux dernières années. «Personne n'est venu me voir. J'ai appris seulement l'an passé qu'il y avait un comité de citoyens. Je ne me cache pas. Je suis toujours là. Je veux avoir une bonne harmonie», lance-t-il.
Pas de vacances
Il explique les troubles de 2010 à 2012 du fait qu'il avait cédé les rênes de son commerce à sa fille. Dès qu'il a reçu l'avis de convocation de la RACj en 2012, il en a repris le contrôle et maintient qu'il y a eu des améliorations. «Je ne prends même plus de vacances. Je suis toujours là pour être sûr que ça va bien», précise-t-il.
Il en veut aussi à la RACJ de lui faire subir cette audience alors qu'il avait signé un engagement en 2012, pour la présence de mineurs. À ce moment, la Régie lui aurait signifié «qu'on repartait à zéro», fait-il savoir. Aujourd'hui, il déplore le fait qu'il soit accusé d'infractions antérieures à son engagement de 2012.
Engagements
En plus des actuelles rencontres qu'il fait avec ses employés sur la consommation excessive, M. Cantin s'engage maintenant à cesser les promotions sur les boissons alcooliques et à renoncer à son permis de spectacle au premier étage.
Compte tenu notamment de ces faits, son avocat, Me Claude Saint-Hilaire, estime qu'une suspension des permis d'alcool de 7 à 10 jours serait suffisante. La décision sera rendue ultérieurement.
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«Insouciance et ignorance»
La procureure de la Régie des alcools réclame une suspension de 35 jours des permis d'alcool du Pub L'autre Zone pour les infractions qui lui sont reprochées. Me Andréanne Tremblay a tenu des propos sévères sur l'inaction du propriétaire, Daniel Cantin. Elle a d'ailleurs amorcé sa plaidoirie en rappelant le passé trouble du bar.
Le 23 février 2001, Alexandre Rail-Vaillancourt, 18 ans, était retrouvé mort à l'entrée de son domicile après avoir participé à un jeu de calage d'alcool organisé par le bar. Le coroner concluait à un décès par surconsommation. La Régie avait suspendu les permis d'alcool de L'autre Zone pendant cinq mois.
L'avocate reproche à M. Cantin de ne pas avoir tiré de leçon de ce tragique événement. En plus d'être une «constante atteinte à la tranquillité publique», le bar continue, selon l'avocate, de faire des promotions sur l'alcool, qu'elle juge «presque donné», contribuant au fait que les clients sortent «aussi intoxiqués» et provoquent les cris, les bagarres et les attroupements dénoncés par des citoyens.
«Le sens commun aurait voulu qu'un titulaire [de permis d'alcool] s'assure que ses clients consomment de façon raisonnable», indique-t-elle.
Me Tremblay va jusqu'à suggérer qu'il «faudrait changer le style de l'établissement» et que le titulaire a agi dans «l'insouciance et l'ignorance de ses obligations légales». Enfin, elle rappelle que c'est au propriétaire de s'assurer de l'ordre tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du commerce.
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Le Red Lounge et le Dagobert aussi dans la mire
D'autres bars de la capitale soulèvent le mécontentement citoyen et font l'objet d'une surveillance policière étroite. Le Dagobert sur la Grande Allée et le Red Lounge, à l'intersection de la 4e Avenue et de la 17e Rue, en font partie.
L'institution du Vieux-Québec doit comparaître cette année devant la Régie des alcools. De janvier 2011 à avril 2012, policiers et ambulanciers sont intervenus plus d'une centaine de fois pour des problèmes de violence, d'ivresse et de désordre.
De son côté, le Red Lounge ne fait pas l'unanimité depuis son ouverture dans Limoilou. Des citoyens du secteur se sont joints au comité formé pour régler les problèmes de tapage nocturne de L'autre Zone.
Selon ce qu'il a été possible d'apprendre, aucun dossier n'a encore été transmis à la Régie.