L'industrie de la pêche crée au moins 250 emplois sur la Côte-Nord.

Le poumon économique des Innus

Si la pêche n'était à l'époque qu'une pratique traditionnelle, les Innus de la Côte-Nord sont parvenus à unir leurs forces pour qu'elle devienne le poumon économique de leurs communautés.
Les sept communautés innues longeant le littoral nord-côtier, d'Essipit (Les Escoumins) à Pakua Shipu (Saint-Augustin), sont peut-être séparées par un millier de kilomètres, mais elles font toutes parties de l'Agence Mamu Innu Kaikusseht (AMIK), une ressource centralisée qui chapeaute l'industrie de la pêche chez les Innus. 
«On touche à tout», lance le directeur général de l'organisme sans but lucratif, Léo St-Onge. De la défense des intérêts des communautés à la protection de l'environnement, de la recherche scientifique au développement économique, l'AMIK voit à l'ensemble des activités liées à l'industrie de la pêche. 
«La pêche, c'est faire travailler les Innus avec la ressource, c'est une priorité pour les communautés, c'est ça qui marche», résume avec conviction M. St-Onge, qui évalue que l'industrie crée pas moins de 250 emplois dans la région pour la grande majorité pourvus par des Autochtones, surtout en mer.
«Sur les bateaux, on parle d'environ 80 % d'Innus», estime-t-il. Les bandes sont d'ailleurs autonomes et possèdent chacune leur flotte et permis de pêche. «Nous avons plus d'une vingtaine de bateaux [...] et notre pêche, toutes espèces confondues, représente 36 % de toute l'industrie régionale», explique Léo St-Onge. 
Ekuanitshit, à l'ouest de Havre-Saint-Pierre, ressort du lot au chapitre de la pêche commerciale avec ses cinq bateaux. «Elle développe d'autres espèces moins connues comme le concombre de mer, soulève le directeur d'AMIK. En plus, elle pêche quasiment 80 % du pétoncle qu'on mange en ville.»
La force de l'union
Les Innus ont aussi réussi à s'impliquer dans la roue qui mène le produit à la table. «Maintenant, nous sommes dans la pêche, la transformation, la commercialisation et même l'exportation», souligne M. St-Onge. Et c'est souvent en s'unissant entre elles que les communautés se sont taillé une place dans l'industrie. 
Par exemple, les bandes d'Uashat mak Mani-Utenam (Sept-Îles), Pessamit (Baie-Comeau) et Essipit possèdent, en partenariat avec Les Crabiers du Nord, l'usine de transformation du crabe des neiges, UMEK, qui embauche 80 employés. En usine, la présence de la main-d'oeuvre innue oscille «autour de 60, 70 %», selon M. St-Onge. 
Pêcheries Shipek, une copropriété d'Ekuanitshit et Pakua Shipu, participent aux opérations de trois poissonneries de la côte, tandis que Pêcheries Manicouagan, où les nations d'Uashat, Essipit et Pessamit sont une fois de plus partenaires, exporte ses produits de la mer aussi loin qu'en Europe et Asie. 
Retour à la communauté 
Difficile d'estimer les retombées directes de l'industrie de la pêche dans la nation innue, assure M. St-Onge. «C'est une grosse part de l'économie. On peut dire que c'est une bonne source de revenus», avance-t-il. En sol innu, les permis de pêche appartiennent au conseil de bande, il n'y a pas de «particuliers», on parle de permis «communautaires». 
«L'important, c'est que le poisson reste pour les générations futures, pour faire travailler notre relève avec la ressource», exprime Léo St-Onge.