Olivier Bernard est un pharmacien de 32 ans qui ressent un profond besoin de communiquer. Il y parvient par son blogue : Le Pharmachien.
Olivier Bernard est un pharmacien de 32 ans qui ressent un profond besoin de communiquer. Il y parvient par son blogue : Le Pharmachien.

Le pharmacien qui fait rire

Matthieu Dugual
Le Soleil
Olivier Bernard se dit plutôt introverti. Ça tombe bien, il pratique un métier qui demande rarement des compétences en danse à claquettes bulgare ou en cornemuse synchronisée. Et pourtant... Olivier Bernard est pharmacien, mais il est surtout un passionné de vulgarisation scientifique, et c'est cette passion qui l'a amené en septembre à mettre en ligne un blogue devenu en à peine 10 mois un véritable succès : Le Pharmachien. Portrait d'une étoile montante de la Toile québécoise qui crée un univers singulier, à mi-chemin entre la publication scientifique et... South Park.
Sept mille six cents abonnés en moins d'un an sur Facebook. Un blogue qui génère déjà une pluie de clics et de commentaires. Des sujets sérieux traités avec beaucoup d'humour et beaucoup de rigueur. Un auditoire fidèle qui matraque chaque publication de centaines de «j'aime» en moins de temps qu'il n'en faut pour avaler une pilule : on peut dire que la créature créée par ce gars de 32 ans (complètement autodidacte sur les réseaux sociaux) a de quoi forcer l'admiration de n'importe quel praticien des «nouveaux médias».
Originaire de Beauport où il a fréquenté la polyvalente La Courvilloise, puis étudiant au Cégep Limoilou et à l'Université Laval (il y obtient un bac en pharmacie puis une maîtrise en pharmacogénétique), Olivier Bernard aurait pu filer une existence heureuse comme chercheur (ce qu'il a d'ailleurs déjà fait). Mais voilà, «après un an de doctorat, je me suis rendu compte que je n'aimerais jamais complètement la recherche».
Trop sérieux pour lui. En fait, il ne pratique même pas la pharmacie à temps plein. «J'ai vraiment besoin de communiquer, je serais incapable de passer toutes mes semaines derrière un comptoir. J'ai la chance de pouvoir faire un métier assez payant pour ne pas être obligé de le faire à temps plein et ça ne me dérange pas du tout d'avoir à vivre plus modestement.»
La réflexion par le rire
Sur le blogue du Pharmachien, on rit beaucoup. Olivier Bernard se met en scène dans des petits clips hilarants et extrêmement bien faits (il les scénarise, les tourne et les monte seul) ou encore dans des bandes dessinées toujours autoproduites. Une de ses cibles préférées? L'homéopathie.
«Je n'en reviens pas qu'on prenne encore au sérieux cette pseudoscience. Quelle vaste fraude!» Ce qu'il s'emploie d'ailleurs à démontrer dans un clip où il «crée» littéralement un «médicament» homéopathique à base de nettoyant CLR et... d'eau.
Les inconditionnels des colliers Pur Noisetier et autres décoctions miraculeuses pourraient être tentés de croire que le Pharmachien est en fait une taupe du lobby pharmaceutique en service commandé pour discréditer tous les discours alternatifs sur la santé. Il s'en défend bien. 
«Si vous lisez l'ensemble de mes publications, vous allez voir que je m'attaque autant aux pseudosciences qu'aux vérités colportées par les grandes compagnies. Je connais très bien ce milieu, j'ai moi-même travaillé pour les pharmaceutiques. Quand j'affirme quelque chose, il faut que ce soit corroboré par des études sérieuses. Il y a de bonnes choses dans les médicaments qu'on dit "naturels", mais il y a aussi de très bons médicaments créés par les grandes compagnies. Ce qui doit départager le bon grain de l'ivraie, c'est la méthode scientifique, il n'y a pas 56 solutions.»
Ce qui hérisse au plus haut point le blogueur (par ailleurs fort sympathique), c'est justement l'abus de la crédulité des gens par des discours qui ne sont fondés selon lui sur aucune base scientifique. «Ce que je veux faire avec le Pharmachien, c'est encourager l'esprit critique par le truchement de l'humour.»
Le pharmacien et le réseau social
Olivier Bernard l'admet volontiers, sans les médias sociaux, il n'y aurait pas de Pharmachien. «Je n'aurais jamais publié mes affaires autrement que sur un blogue. J'aime ça susciter de l'interaction. En fait, ma vraie paie, c'est la discussion.»
Autre particularité de la chouette bibitte : aucune publicité sur son blogue. À l'heure où la plupart des blogueurs populaires monnaient les clics qu'ils génèrent en publicité (très peu en vivent, il faut le souligner), le Pharmachien est catégorique : pas de pub sur ma page.
«Je passe mes journées sur Internet et je déteste la pub qu'on y trouve. Je me sentirais mal d'appliquer ça sur mon site.»
Cela dit, il ne serait pas nécessairement fermé à créer des «produits dérivés» (comme des t-shirts ou des figurines de ses pissantes BD), même si l'idée de se vendre lui cause quelques plaques de psoriasis moral : «Ma blonde a eu toutes les misères du monde à me faire accepter de mettre un autocollant du Pharmachien sur le parechoc de l'auto... Je suis un peu schizo par rapport à ça!»
Il admet d'ailleurs avoir été approché par la télévision, dans un format qui, selon lui, ne lui correspondait pas du tout. Il a refusé. «Si je mène le projet ailleurs, ou si ça grossit, c'est clair qu'il va falloir que je contrôle pas mal tout. Je ne veux pas me vendre pour me vendre.»
L'équipe du Flâneur en a d'ailleurs profité pour demander à Madame Minou ce qu'elle prévoyait pour l'avenir du Pharmachien. Elle est catégorique : «Vénus est en Saturne, Olivier Bernard devra gérer la croissance sous peine de se voir délaissé par ses milliers de fans fébriles.» Elle n'a malheureusement pas prévu que le taux général de crédulité en ce début de XXIe siècle rend plus que jamais essentielle la prescription massive de ces drôles d'antibiotiques contre la niaiserie ordinaire créés dans un cerveau-laboratoire qui n'a pas l'air de prendre souvent de repos. Pour notre plus grand plaisir.
À consommer sans modération.