Le péril vert est parmi nous

En 1984, lorsque le gouvernement algérien a adopté le Code de la famille, un vigoureux débat a mobilisé le pays.
Inspiré de la charia, ce code rabaissait les femmes au statut de mineures, légalisait la répudiation, maintenait la polygamie, obligeait l'épouse à obéir à son mari et à ses beaux-parents, et permettait aux hommes de bastonner leurs conjointes.
L'objet du débat? La longueur du bâton!
En 1991, à Tokyo, Hassiba Boulmerka remportait le championnat du monde du 1500 mètres. À son retour en Algérie, son employeur la licenciait pour absence... injustifiée.
Réaction de la ministre de la Jeunesse et des Sports, Leila Aslaoui : «Championne ou pas, toute absence irrégulière doit être sanctionnée.»
L'année suivante, à Barcelone, Hassiba Boulmerka donnait à l'Algérie sa première victoire olympique.
Ces anecdotes qui révèlent l'Algérie mieux que n'importe quelle savante étude, vous les trouverez dans Ma vie à contre-Coran, un témoignage de 272 pages signé Djemila Benhabib et publié par vlb éditeur.
Djemila Benhabib est une jeune femme originaire d'Algérie qui a obtenu l'asile politique au Canada en 1997. À l'emploi du gouvernement fédéral, elle a fait des études universitaires en physique, science politique et droit international. Une bollée, quoi.
Il est vrai qu'elle avait de qui tenir : ses parents enseignaient la physique et les mathématiques à l'université d'Oran avant de se réfugier en France.
Pourquoi ce témoignage à charge contre ses coreligionnaires? En s'installant à Montréal, elle pensait en avoir fini une fois pour toutes avec l'islamisme et son cortège de violence.
Peine perdue! En décembre 1999, Ahmed Ressam se faisait arrêter dans l'Ouest américain alors qu'il s'apprêtait à commettre un attentat contre l'aéroport de Los Angeles. Cette histoire a révélé une réalité qui l'a terrifiée  : la ville de Montréal était devenue un refuge et une plaque tournante de l'islamisme radical.
C'est pour dénoncer cette situation que Djemila Benhabib a écrit ce livre : « Ma seule motivation est de permettre à chacun de nourrir sa propre réflexion sur l'islamisme politique.»
Parce qu'il veut «influer sur le cours de l'Histoire et imposer un modèle de société», l'islamisme politique est l'un des plus grands dangers de notre époque. Et, ajoute-t-elle, «il a pris racine au Canada.»
Se basant sur ce qui se dit dans certaines mosquées montréalaises, elle croit que le péril vert est parmi nous : «Le Québec n'a pas à accommoder l'islamisme. Il doit renforcer son identité plurielle et affirmer son attachement à la laïcité et aux droits des femmes.»
Deux commentaires de Djemila Benhabib tendant à démontrer que nous comprenons mal la nature de l'islamisme et du quotidien des musulmanes.
L'un à propos de la Commission Bouchard-Taylor : «En évoquant un féminisme nouveau genre en référence au féminisme musulman, les deux commissaires ont totalement erré sur la question du voile. Leurs propos sont une véritable insulte aux luttes des femmes en général et des musulmanes en particulier qui revendiquent l'exercice d'une citoyenneté pleine et entière, trop souvent au péril de leur vie.»
Non seulement le voile est un apartheid sexuel, écrit-elle, mais c'est un linceul : «Le voile, c'est la soumission forcée ou acceptée des femmes à un programme d'oppression.»
L'autre pour dénoncer Michèle Asselin, présidente de la Fédération des femmes du Québec : «Elle a pris la responsabilité historique d'engager son organisation dans la voie de la compromission avec l'islamisme. Position tout aussi inquiétante que celle de Françoise David, porte-parole de Québec solidaire.»
Selon Djemila Benhabib, le féminisme n'est pas un mot-valise derrière lequel on peut se cacher pour se mettre au service d'une idéologie misogyne et sexiste comme l'islamisme.