Les enfants aussi peuvent souffrir d'anxiété de performance, qui peut provenir de l'influence des parents.

Le perfectionnisme

Chantal, 34 ans, a toujours été soucieuse de bien faire les choses. Ce souci de bien faire se transforme en obsession : elle est très exigeante envers elle-même, elle met un temps fou à exécuter la moindre petite tâche car elle ne peut tolérer de faire des erreurs et elle n'a presque plus de temps pour s'accorder des moments de plaisir.
Cette attitude a des répercussions sur sa carrière, sa vie de couple et même sur son fils Jérôme, quatre ans. En effet, ce dernier réagit très fortement lorsqu'il ne réussit pas quelque chose du premier coup.
Il se décourage facilement et dit parfois qu'il n'est «pas bon». Lors de la dernière réunion de parents, son enseignante a dit qu'il manquait de confiance en lui. Elle a même parlé d'anxiété de performance. C'est à ce moment que Chantal s'est reconnue dans cette forme d'anxiété. C'est à ce moment qu'elle a réalisé qu'il ne s'agissait plus d'un simple souci de bien faire les choses, mais plutôt d'un perfectionnisme à outrance qui la rend malheureuse, et qui influence même son fils qu'elle aime tant.
Je suis certaine que plusieurs d'entre vous ont déjà répondu : «Je suis perfectionniste» lorsqu'en entrevue pour un nouvel emploi, un des membres du comité de sélection vous a demandé : «Quel est votre pire défaut?» Voilà un signe que ce «défaut» est extrêmement valorisé dans notre société! En fait, il faut comprendre qu'il y a un perfectionnisme sain et un autre malsain (ou même pathologique).
Une personne qui manifeste un perfectionnisme sain est assez exigeante envers elle-même, mais elle est capable d'ajuster ce niveau d'exigence selon l'importance d'une tâche. Elle a des attentes réalistes et des objectifs accessibles, et elle se permettra de faire des erreurs dans plusieurs contextes de sa vie.
Le perfectionnisme lui apportera une satisfaction personnelle lors d'une bonne performance, ce qui augmentera son estime de soi. Surtout, elle n'a pas peur d'être jugée négativement par les autres lorsqu'elle fait une erreur, parce que dans sa perception, sa valeur personnelle ne dépend pas de sa performance aux yeux des autres. Performer est donc une source de valorisation, et non une façon angoissante d'éviter le jugement des autres.
À l'opposé, une personne qui souffre d'un perfectionnisme malsain ne se permet aucune erreur. La perfection est importante, même pour les tâches les plus insignifiantes... Faire sa liste d'épicerie correctement devient donc aussi important que de s'appliquer à remplir sa déclaration de revenu.
Elle établit des exigences de réussite trop élevées et inaccessibles, ce qui amène une perte d'estime de soi et des sentiments dépressifs. Les efforts ne sont pas tant motivés par un désir de succès que par la peur de l'échec. Souvent, plaire aux autres est plus important que sa propre satisfaction personnelle.
Selon l'individu, ce perfectionnisme malsain peut mener à plusieurs problèmes psychologiques : anxiété, troubles alimentaires (anorexie et boulimie), trouble de personnalité obsessionnelle, dépression et même suicide...
De plus, comme nous l'avons vu dans le cas de Chantal et de son fils Jérôme, le style de discipline, les attitudes parentales et les exigences élevées peuvent amener un enfant à devenir perfectionniste. D'autres facteurs peuvent favoriser le développement du perfectionnisme chez une personne : les médias, la fratrie, la pression d'être accepté par les pairs, le contexte économique et professionnel dans lequel la personne doit évoluer...
Si Chantal décidait de consulter pour son perfectionnisme, son thérapeute l'inviterait sûrement à remettre en question ses pensées et ses croyances.
Il l'aiderait à développer de nouvelles façons d'interpréter le succès et l'erreur. Enfin, il pourrait même lui suggérer de volontairement faire des erreurs pour l'amener à développer une tolérance à l'imperfection.
À ceux qui ont le souci de bien faire les choses, ne vous en faites pas... Il y a moyen d'être satisfait du travail bien fait sans tomber dans le piège du perfectionnisme à outrance. Mais attention! Dans une société de performance comme la nôtre, ce piège n'est jamais bien loin.