Fernand Leduc

Le peintre Fernand Leduc meurt à 97 ans

Le Québec a perdu l'un de ses grands peintres, mardi. Fernand Leduc, signataire de Refus global et figure marquante de l'art contemporain, est décédé à l'âge de 97 ans.
«Il avait un engagement très profond vis-à-vis de l'art et de lui-même», a témoigné Marcel Barbeau, aussi signataire de Refus global, que Le Soleil a joint dans son atelier de Montréal. Le peintre et sculpteur a beaucoup côtoyé M. Leduc à Paris, dans les années 60. «Je l'ai toujours considéré comme un très bon peintre. Il a poussé très fort pour le Refus global», se souvient Marcel Barbeau, en ajoutant que son collègue artiste était très engagé contre la politique de l'époque et la «dictature» de Duplessis.
Figure importante du mouvement automatiste, Fernand Leduc a poussé sa démarche non figurative jusqu'à l'abstraction. En 1987, il déclarait : «En tant qu'artiste, je me situe dans la lignée impressionniste des "peintres de lumière".» C'est sous ce signe que le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) s'apprête justement à inaugurer, le 20 février, une nouvelle exposition permanente consacrée aux oeuvres de Leduc dans le pavillon Charles-Baillargé.
L'artiste peintre a eu l'occasion de découvrir les grandes lignes de cette exposition à l'automne dernier. «D'entendre cet artiste dire qu'il était ravi et que nous avions bien compris son travail constitue un rare privilège», a témoigné Paul Bourassa, directeur des collections et de la recherche au MNBAQ, dans un communiqué publié par l'institution muséale. Sa directrice générale, Line Ouellet, a parlé de Fernand Leduc comme d'un «artiste phare de l'art moderne au Québec, mais aussi un homme remarquable, un grand sage qui a été guidé toute sa vie par sa nécessité intérieure».
Le MNBAQ, qui devait présenter une rare rencontre avec le peintre le 17 mars, maintient pour l'instant l'activité, qui sera transformée en soirée hommage. Le Musée a présenté plusieurs expositions consacrées à Leduc, dont la plus récente, en 2006, coïncidait avec le retour définitif de l'artiste au Québec.
Entre le Québec et l'Europe
Inscrit à l'École des beaux-arts de Montréal en 1938, Fernand Leduc en sort diplômé en 1943. En 1941, il fait la rencontre de Paul-Émile Borduas et s'intègre au groupe des automatistes. Il signera leur manifeste, Refus global, en 1948, aux côtés de 16 autres artistes, dont Jean-Paul Riopelle, Marcel Barbeau, Marcelle Ferron et Claude et Pierre Gauvreau. Aîné du groupe, Leduc est également considéré comme son théoricien et propagandiste.
L'artiste n'est toutefois plus au Québec lorsqu'est publié Refus global. Souhaitant faire connaître les automatistes aux artistes d'ailleurs, il quitte Montréal en 1947 à destination de Paris, où il rencontre sa femme, la poète Thérèse Renaud.
Fernand Leduc revient régulièrement à Montréal dans les années 50. Le peintre se préoccupe désormais davantage des contrastes entre formes et couleurs et passe à une forme d'abstraction dite hard edge. Parallèlement, il se lie d'amitié avec des Plasticiens, autre mouvement pictural important du Québec. La nouvelle orientation de Leduc tranche avec les oeuvres des peintres automatistes avec lesquels il a amorcé sa carrière, et Borduas désapprouve le changement de cap de sa production picturale.
Leduc fonde en 1956 l'Association des artistes non-figuratifs de Mont-réal (AANFM), avec des collègues automatistes et anciens disciples de Borduas. Au cours des années 60, il redirige à nouveau sa production picturale vers une abstraction plus structurée pour étudier la lumière. Ce nouveau sujet donne naissance à la série des Microchromies, des tableaux quasi monochromes, où les contrastes sont abandonnés au profit d'une quête de la vibrante lumière.
Installé en France jusqu'en 1970, Fernand Leduc revient au Québec pendant deux ans, pour enseigner à l'Université Laval et à l'Université du Québec à Montréal. Il retournera vivre en Europe, avant de revenir définitivement à Montréal, en 2006.
Fernand Leduc s'est vu remettre un doctorat honoris causa par l'Université du Québec à Montréal, en 2006, et il a été décoré de prestigieux prix, dont le prix Paul-Émile Borduas, qui lui a été décerné par le gouvernement du Québec en 1988, de même que le Prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques, en 2007.
Avec La Presse Canadienne