Récompensée d'un prix d'interprétation au dernier Festival de Cannes, Bérénice Bejo est criante de vérité dans Le passé.

Le passé: famille décomposée ****

Il existe un curieux paradoxe au cinéma. Ce sont souvent les réalisateurs les plus minutieux - pour ne pas dire maniaques - qui réussissent le mieux à recréer une impression de réalité et à faire oublier au spectateur la mise en scène. Le passé, poignante tragicomédie d'Aghar Farhadi, en est la parfaite illustration : la véracité des personnages, la justesse des dilemmes personnels et familiaux, le naturel des acteurs; tout concorde à en faire un récit implacable qui nous tient en haleine comme un suspense.
Comme le cinéaste iranien (Une séparation, À propos d'Elly) tournait son premier­ film hors de son pays natal, Asghar Farhadi aurait facilement pu livrer un film décousu. Ce n'est pas le cas. Il propose une intrigue à tiroirs parfaitement maîtrisée qui met en scène des personnages aux prises avec le doute, les secrets de famille et des choix difficiles à assumer. Ils ont une épaisseur dramatique et une complexité morale fabuleuses.
Il démontre encore une fois qu'il dirige ses acteurs avec un doigté remarquable, qui leur permet d'incarner leurs personnages avec beaucoup d'authenticité. Ce qui a certainement aidé Bérénice Bejo (The Artist) à remporter le Prix d'interprétation féminine à Cannes, l'an dernier. L'actrice y est absolument criante de vérité dans la peau d'une femme trahie qui compose avec ses fantômes.
Marie (Bejo) attend le retour d'Ahmad (Ali Mossafa) en France, parti depuis quatre ans, pour finaliser leur divorce. À son arrivée, il constate que Samir (Tahar Rahim) et son petit garçon ont pris sa place. Et que Marie est enceinte de Samir, qui doit vivre avec son sentiment de culpabilité. Sa femme est dans le coma après une nébuleuse tentative de suicide.
Lucie (Pauline Burlet), la fille aînée de Marie, accepte très mal cette liaison. Ahmad va tenter de recoller les pots cassés, mais sa tentative de médiation va lever un voile sur un lourd secret...
Le passé traite des enjeux propres aux familles recomposées, certes, mais se sert surtout du microcosme familial comme révélateur social. Ce film d'une grande humanité fait écho à nos préoccupations sur l'amour, le deuil, la filiation...
Le réalisateur y alterne les vives discussions - Marie est parfois d'une hystérie éprouvante pour nos nerfs - et les moments où le non-dit est très fort. Les attitudes corporelles sont vraiment révélatrices.
Le soin apporté par Asghar Farhadi aux détails renforce l'impression de réalité - il n'y a d'ailleurs pas de bande sonore, seulement des sons ambiants. Il filme avec ingéniosité (dans le soin apporté aux choix du cadre), mais aussi d'une façon très naturelle avec plusieurs longs plans. Le réalisateur se sert aussi judicieusement de l'ellipse pour faire progresser le récit jusqu'à sa conclusion ouverte, un plan bouleversant qui nous renvoie à nos doutes et nos certitudes.
Le passé a été un de mes deux gros coups de coeur, avec La vie d'Adèle, du dernier Festival de Cannes. S'il y a un film que vous devez voir cet hiver, c'est celui-ci.
Au générique
Cote : ****Titre : Le passéGenre : drameRéalisateur : Asghar FarhadiActeurs : Bérénice Bejo, Ali Mosaffa, Tahar Rahim, Pauline BurletSalles : Beauport, Clap et LidoClassement : généralDurée : 2h10
On aime : la réalisation minutieuse, la véracité des personnages, l'humanité du propos
On n'aime pas : un excès d'engueulades familiales