La pape François

Le pape François - L'Église que j'espère: ouvert à l'infini

Dieu est comme la pensée. Il se manifeste ici et maintenant. Il n'a rien de statique. On ne doit pas chercher à l'enfermer dans des certitudes, mais à lui ouvrir tout l'espace. «Dieu est toujours une surprise», affirme le pape François dans L'Église que j'espère.
Le livre paru récemment en version française contient la version intégrale d'une entrevue accordée en août dernier par le Saint-Père au directeur de la revue La Civilità cattolica, le père Antonio Sparado.
Le caractère généralement spontané de la conversation donne l'impression que l'ambiance dans laquelle la rencontre s'est tenue n'avait rien de trop formel. L'ouvrage tient beaucoup plus du dialogue que du compte rendu officiel.
Le bouquin contient en outre les réactions d'une douzaine d'intellectuels français à l'entretien précédemment publié dans Internet. Quelque 25 000 exemplaires ont déjà trouvé preneur en France, où une parution en format poche est déjà prévue. Jorge Mario Bergoglio, celui qu'on appelle François depuis son installation comme évêque de Rome, le 13 mars 2013, aime se présenter comme une personne à la pensée incomplète. Le pape veut dire par là que sa pensée est en constant développement, qu'elle ne fait pas de surplace.
Le pape François, à l'instar de ses compagnons jésuites, s'efforce d'avoir une pensée ouverte. Une pensée dont les fruits semblent l'étonner lui-même à l'occasion.
En matière de foi, la certitude est suspecte. Chercher Dieu est une marche, une aventure dans laquelle on s'engage sans trop savoir où elle vous conduira. «Il reste toujours une zone d'incertitude. Elle doit exister. [...] Les grands guides du peuple de Dieu, comme Moïse, ont toujours laissé un espace pour le doute.»
Si le pape a une certitude, c'est que «Dieu est dans la vie de chaque personne». C'est pourquoi ce dont l'Église a le plus besoin aujourd'hui, «c'est la capacité de soigner les blessures et de réchauffer le coeur des fidèles, la proximité, convivialité. Je vois l'Église comme un hôpital de campagne après une bataille. Inutile de demander à un blessé grave s'il a un cholestérol trop élevé ou si son taux de sucre est trop élevé! Nous devons soigner les blessures.»
«J'ai besoin de vivre ma vie avec les autres», constate par ailleurs celui qui a préféré la convivialité de la maison Sainte-Marthe à la froideur de l'appartement pontifical.
Comme on l'a vu lors de son voyage au Brésil, le pape François préfère la proximité de ses semblables à la sécurité des voitures blindées. «Il y a toujours le danger qu'il y ait un fou, c'est vrai. [...] Mais établir un blindage entre l'évêque et le peuple est une folie, et je préfère cette folie qui consiste à être dehors et à courir le risque de l'autre folie. Je préfère cette folie: dehors.»
La créativité est une nécessité de la vie, affirme le Saint-Père. Sans l'art, l'existence serait inconcevable. Du point de vue artistique, l'Et incarnatus est de la Messeen do mineur de Mozart est «indépassable». «Il te conduit à Dieu.»
Selon lui, l'air Erbarme dich, la plainte de Pierre, dans la Passion selon saint Matthieu de J.S. Bach, touche au sublime. Le pape aime aussi Beethoven, mais joué de manière prométhéenne, comme savait le faire Furtwängler.
Dostoïesvski et le poète allemand Hölderlin font partie des auteurs favoris du pape, ainsi que Dante, et aussi Borges, qu'il a eu l'occasion de connaître personnellement à l'époque où il enseignait les lettres dans une école secondaire de Santa Fe, en Argentine.
En peinture, il admire Chagall et le Caravage. La Strada de Fellini est le film qu'il a le plus aimé.
Au cours des entretiens, François semble parfois s'adresser à la frange la plus à droite de l'Église catholique. «Celui qui aujourd'hui ne cherche que des solutions disciplinaires, [...] qui cherche obstinément à récupérer le passé perdu, celui-là a une vision statique et non évolutive. De cette manière, la foi devient une idéologie parmi d'autres.»
Le pape l'avoue, il n'a jamais été fasciné par la hiérarchie de l'Église. Seule l'Église en tant que représentation de la totalité du peuple de Dieu l'intéresse. À son avis, et il insiste à plusieurs reprises là-dessus, le temps du discernement est venu. «Nous devons trouver un nouvel équilibre, autrement l'édifice moral de l'Église risque de s'écrouler comme un château de cartes.»
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François superstar
Le pape François est devenu cette semaine le premier souverain pontife de l'histoire à voir sa photo sur la couverture de la revue Rolling Stone. Le père François Euvé, qui a contribué à la traduction et à la publication de L'Église que j'espère (La mia porta è sempre aperta dans l'édition originale italienne), voit plutôt la chose d'un bon oeil. «C'est inhabituel! J'ai lu l'article. C'est leur regard, bien sûr, mais ça demeure très positif, très ouvert», note celui qui est également rédacteur en chef de la revue Études.
«Dans la société en général, et dans le milieu médiatique en particulier, le fait que le pape ait été repéré comme personnalité de l'année [par la revue Time en 2013], ça indique une attente, que je partage, à l'égard de l'Église, et à l'égard d'une parole d'encouragement. Il y a moins le souci du respect de l'orthodoxie. Il y a une capacité d'encourager qui me paraît très positive.»