Avec la construction du nouvel amphithéâtre et la quête d'une équipe de la LNH, Pierre Karl Péladeau a développé des liens de grande proximité avec Régis Labeaume.

Le nouveau plan d'affaires de PKP

Cette nuit-là de septembre 2009, Pierre Karl Péladeau était resté dans l'ombre.
C'est sa conjointe, Julie Snyder, qui était montée sous les projecteurs pour le Moulin à paroles, événement de commémoration des 250 ans de la bataille des plaines d'Abraham.
Plus d'une centaine d'artistes et d'acteurs publics y avaient participé, dont Mme Snyder, qui était venue y lire un extrait de roman d'une auteure d'origine libanaise, Abla Farhoud, immigrée au Québec dans les années 50 : Le bonheur a la queue glissante.
Ce n'est pas ce que vous croyez.
Le roman raconte l'histoire d'une famille libanaise installée à Terrebonne. Le personnage central s'y confie : «Mon pays, ce n'est pas le pays de mes ancêtres, ni même le village de mon enfance, mon pays, c'est là où mes enfants sont heureux.» Pauline Marois était alors chef de l'opposition. Elle avait lu un extrait de La force du désir, d'Hélène Pedneault. Le même désir peut-être qui l'aura fait insister auprès de sa nouvelle recrue pour la convaincre d'entrer en scène.
Le Moulin à paroles avait à l'époque fait controverse, en outre à cause du manifeste du Front de libération du Québec qu'on allait y lire et de la participation de militants perçus comme extrémistes.
Un chroniqueur du Journal de Québec avait parlé d'un «viol des plaines d'Abraham».
Le maire de Québec, qui devait lire un extrait des récits de voyage de Jacques Cartier, s'était désisté, alléguant que l'événement était devenu trop politique et partisan.
Pas pour le couple Péladeau- Snyder.
J'avais croisé Pierre Karl Péladeau cette nuit-là, derrière la scène des plaines d'Abraham où s'apprêtait à monter sa conjointe.
Je ne crois pas que ses convictions souverainistes étaient alors connues. De ses proches peut-être, mais pas du public. On le savait nationaliste, sans pouvoir dire jusqu'où.
Je lui avais fait part de ma perception que, contrairement aux appréhensions, l'événement était très digne et respectueux. Je n'avais pu m'empêcher une allusion aux critiques féroces de son propre journal contre le Moulin à paroles.
«La preuve que ce ne sont pas les propriétaires qui tiennent la plume des journalistes», m'avait-il répondu.
Il a servi la même réponse dimanche matin à des collègues, intrigués qu'un souverainiste ait laissé publier tant d'opinions anti-Québec dans les journaux de sa chaîne au Canada anglais.
C'est un fait que les journaux Québecor publient des points de vue diversifiés et souvent contradictoires à ceux de son propriétaire.
Je note aussi que la hiérarchie des valeurs et convictions de M. Péladeau, comme celle de tous, peut s'ajuster aux circonstances.
Les succès et profits de son entreprise passaient alors devant la défense de ses convictions souverainistes. On comprend que cet ordre des choses vient de changer. Un nouveau plan d'affaires.
*************
Pierre Karl Péladeau a développé des liens de grande proximité avec le maire de Québec.
Non seulement pour la gestion du futur amphithéâtre et la quête d'une équipe de la Ligue nationale de hockey, mais dans le soutien à la vie culturelle et communautaire de Québec.
Ce que change son départ?
À première vue, rien. Quoi qu'en pensent les candidats d'opposition. À voir la vigueur de la réaction de Sam Hamad, ex-ministre dans le gouvernement Charest, on note cependant que la venue de PKP au Parti québécois dérange et inquiète.
Assez pour influencer le vote de la région de Québec? J'en doute.
Certes, M. Péladeau a été perçu par plusieurs comme un sauveur et un héros dans une ville qui a cru qu'il pouvait lui ramener ses Nordiques.
Il est aussi perçu comme un tenant de la ligne dure dans les relations de travail. Ce n'est pas anodin dans une région qui vote massivement pour Labeaume et élit des députés de la Coalition avenir Québec et du Parti conservateur.
PKP a prévenu dimanche qu'on ne gère pas l'État comme une entreprise privée. N'empêche que s'il accède au gouvernement, le maire de Québec trouvera peut-être une oreille plus attentive aux relations de travail que celle que lui a donnée à ce jour le PQ.
Cela dit, la côte est haute pour le PQ à Québec, troisième en 2012 dans la plupart des circonscriptions. Une candidature de PKP dans la capitale aurait pu bousculer des choses. À Saint-Jérôme, plus difficilement.
Pour le reste, M. Péladeau a plaidé dimanche que le «plan d'affaires» et les orientations de Québecor sont bien maîtrisés par ceux qui sont actuellement aux commandes.
Si Québecor trouvait son intérêt à un rôle social, à Québec et ailleurs, il n'y a pas de raison que cela change.
Quant au nécessaire lien de confiance entre la LNH et ses partenaires, M. Péladeau n'était pas seul à le détenir. Le visage de Québecor auprès de la LNH, c'est aussi Robert Dépatie (président), Pierre Dion (TVA) et Brian Mulroney.
**************
Fraîchement rasé, PKP avait l'air serein, mais ému dimanche matin, lorsqu'il a évoqué son père, Julie, qui fut jusqu'à récemment sa conjointe, et ses enfants, à qui il dit vouloir «léguer un pays».
Tiens, ça fait penser au passage du Moulin à paroles. «Mon pays, c'est là où mes enfants sont heureux.»