Le ministre blessé

Yves Bolduc n'a jamais fait l'objet de grandes controverses depuis qu'il est entré en politique. Bon gars, à tu et à toi avec les journalistes, il prenait toujours plaisir à expliquer le réseau de la santé et plus récemment, à s'enthousiasmer pour son mandat à l'éducation.
Ce n'est pas le même homme qu'on a vu mardi, dans un point de presse chargé d'émotions. C'est un Yves Bolduc blessé, révolté de voir sa réputation ternie. Les politiciens ont l'habitude de voir leurs politiques mises à l'épreuve, mais c'est beaucoup plus pénible lorsque c'est leur intégrité personnelle qui est en cause.
Yves Bolduc a passé de longues minutes à argumenter avec les journalistes, à se défendre, à expliquer à quel point il avait trimé dur : pendant que d'autres «faisaient du ski le samedi ou le dimanche et les jours fériés» ou «allaient manger au resto le mercredi soir», lui rencontrait des patients.
Personne, pendant ce point de presse, n'a remis en cause les heures de travail effectuées ou encore sa compassion pour les malades. Ce n'est pas ça qui fait controverse. C'est le fait d'avoir touché 215 000 $ pour inscrire autant de patients, dans un contexte politique survolté de gouvernement minoritaire qui annonçait des élections plus tôt que tard. Des patients qu'il devrait abandonner si les libéraux étaient réélus et qu'il accédait au cabinet.
Il a reconnu mardi que s'il avait pu prédire le déclenchement des élections, il aurait été «plus prudent» dans l'inscription de nouveaux patients. Mais dès septembre 2013, après la présence remarquée de Pauline Marois à Lac-Mégantic et le lancement de la charte de la laïcité de Bernard Drainville, tous les partis politiques se préparaient à des élections en novembre ou en décembre. Ce qui n'a pas empêché M. Bolduc à continuer d'inscrire de nouveaux patients.
L'a-t-il fait par compassion ou par intérêt pécuniaire? Peu importe, le résultat est le même. Il a laissé tomber ses patients. Si tous les médecins du Québec qui ont touché des incitatifs financiers pour accepter des patients supplémentaires les avaient abandonnés dans un délai aussi court, le système aurait flanché.
C'est ça, le reproche qu'on peut lui faire. Respecter la loi ou les règlements, c'est une chose. Mais en politique, ce n'est pas suffisant. Il faut aussi avoir du flair et un bon jugement, ce qu'il n'a pas démontré dans le cas présent.
Son point de presse de mardi s'imposait, mais il n'a probablement rien changé à la perception du public. La critique virulente de Claude Castonguay à son endroit a eu un effet comparable, dans la population, aux nombreuses sorties de Jacques Parizeau, dans ses bonnes années, contre la tiédeur souverainiste de ses successeurs. Impossible de se battre contre de tels maîtres à penser.