Le voyageur qui a dégusté les meilleures tortillas dans une «cabane» sur le bord d'une route au Yucatán se sentira en pays de connaissance.
Le voyageur qui a dégusté les meilleures tortillas dans une «cabane» sur le bord d'une route au Yucatán se sentira en pays de connaissance.

Le Mexicain Resto Épicerie: deux pour un!

Stéphanie Bois-Houde, collaboration spéciale
Le Soleil
«Ne jamais aller à l'épicerie le ventre creux», conseillent les uns. Faites exactement le contraire avant d'aller chez Le Mexicain Resto Épicerie. Dotée d'une halte-bouffe de 20 places, la petite échoppe latino de Charlesbourg offre la possibilité de «casser un nacho» une fois les courses finies (ou l'inverse selon votre type)! Les emplettes comestibles deviennent ainsi prétexte à un snack simple, dépaysant et vite expédié.
Arpenter les allées de l'aire épicerie - dégagées et proprettes - représente en soi un billet ouvert au pays de Zapata. Plusieurs types de piments séchés, dont le piment ancho, des croustilles de maïs, des tomatillos en conserve, des sauces piquantes et fumées, des friandises et les sodas Jarritos occupent les étagères. S'il y a moins de produits qu'à l'épicerie La Fiesta (rue Saint-Joseph), la particularité du Mexicain, et l'argument clé pour s'y déplacer, s'avère sa saucisse chorizo maison - piquante, mi-piquante, assaisonnées, au chipotle, aux piments jalapeño - confectionnée sans additifs chimiques. Nous y goûterons dans le trio chorizo. L'essai convaincra l'invitée, rompue à la cuisine mexicaine, d'en acheter pour la griller à la maison.
Quant à la formule resto du Mexicain, elle rappelle, en moins élaborée, celle de l'Épicerie Lao-Indochine dans le quartier Saint-Sauveur. Bien que la carte soit courte - quelques plats et petits-déjeuners typiques -, le voyageur, qui a dégusté les meilleures tortillas dans une «cabane» sur le bord d'une route au Yucatán, se sentira en pays de connaissance. Comprenez que sa cuisine est une cuisine frugale de tous les jours.
Nous voici à table. Sur la nappe de plastique aux motifs de poivrons et d'aubergines, la serveuse dépose quatre bols en plastique qui imitent l'aspect de petites marmites en fonte. Ceux-ci contiennent respectivement des quartiers de lime, de la coriandre fraîche hachée finement, de l'oignon cru et de la sauce piquante. Nous y pigerons pour rehausser nos plats principaux, mais aussi pour donner de la vigueur à la soupe servie en entrée de nos trios respectifs.
Remède efficace pour soigner le rhume printanier, le bouillon, d'une saveur plus végétale que carnée, s'enrichit d'orge. C'est très réconfortant. Avec un filet de jus de lime et une pointe de sauce incendiaire, cette sopa gagne une délicieuse touche d'exotisme. J'en aurais repris volontiers un bol.
Au lieu des coques frites et dures, les tacos de mon trio consistent plutôt en des tortillas souples (4). Entre les trois options de viande (du porc mariné «al pastor», frit «carnitas» ou chorizo), j'ai penché pour les dés de porc mariné. Sautés à la poêle, ces derniers sont volontairement peu épicés. Il faut y ajouter l'un ou l'autre des ingrédients du quatuor de condiments pour en faire des sandwichs sur mesure. Je préfère toutefois les tortillas (2) de mon invitée. Repliées en demi-lune, elles renferment de la chair de saucisse mi-piquante égrenée sur laquelle du fromage doux a fondu. L'effet est enveloppant en bouche et moins sec que le porc.
Une fois nos coupes de jus de fruit de la passion (riche) et d'«horchata» (une boisson sucrée de riz) sifflées, nous convenons que l'étape du dessert serait superflue. À notre bonheur ne manque alors que du sable chaud entre les orteils...