La Couronne réclame une peine de quatre ans de détention et la défense, une peine inférieure à deux ans, pour Fathi Blali, reconnu coupable d'agression sexuelle sur deux mineures.

Le lourd fardeau d'une ado violée

«On ne décide pas d'être une femme violée, mais je n'ai pas le choix de vivre avec. Ce qui a été brisé en moi ne se réparera jamais.»
Marie (prénom fictif) a été violée alors qu'elle avait 13 ans par Fathi Blali, un chauffeur de taxi de Québec, d'origine tunisienne.
Plus de huit ans après, la douleur est toujours vive, à lire la déclaration déposée jeudi à l'occasion des représentations sur la peine de l'homme de 50 ans, reconnu coupable d'agression sexuelle sur deux victimes.
En juillet 2005, la jeune Marie croise Fathi Blali, un homme qu'elle connaît, alors qu'elle marche le long d'un boulevard. Ce dernier lui propose de la raccompagner chez elle dans son taxi.
En route, Blali indique qu'il doit passer chez lui. Il demande à la jeune fille de descendre. L'homme s'installe devant son ordinateur pour jouer une partie de cartes.
Il propose à l'adolescente d'enfiler une jebba, une robe traditionnelle de la Tunisie. Devant son insistance, cette dernière s'exécute, mais garde ses jeans.
Fathi Blali va se lever, pousser Marie sur le lit où elle se retrouve étendue sur le dos. L'homme tient les deux mains de la jeune fille tandis qu'il lui enlève son pantalon.
L'adolescente se débat, mais l'homme réussit à la pénétrer.
Après le viol, Fathi Blali remonte ses pantalons et retourne à l'ordinateur. Marie se sauve dans une autre pièce pour pleurer. Blali termine sa partie de cartes et la raccompagne chez elle, sans dire un mot.
Ce n'est que cinq ans plus tard que Marie avouera à sa mère l'agression dont elle a été victime. L'événement avait eu le temps de la ronger.
«Je ne m'aimais plus, je me suis mutilée, j'ai fait une tentative de suicide tellement la douleur de s'avoir fait [sic] violer était insupportable», écrit la jeune femme dans sa déclaration.
En 2005, Fathi Blali fait une seconde victime, une petite fille âgée de sept ans qui le connaît aussi.
Selon le récit de la jeune fille, Fathi Blali s'est couché sur elle et a fait des mouvements de va-et-vient. Le même manège s'est répété à une autre occasion, deux ans plus tard. Cette fois-là, la petite s'est enfuie et a raconté l'histoire à sa mère.
Le juge Michel Auger n'a pas cru l'accusé, qui niait tout geste sexuel sur les deux victimes.
Une lettre d'adieu laissé par un Fathi Blali dépressif à sa femme a pesé lourd dans la balance. «C'est malgré moi, elles m'ont poussé à faire ça. Je suis vraiment désolé pour les scandales que je t'ai causés», écrit Fathi Blali. Quels sont les scandales puisqu'il n'a rien fait? demande le juge Auger dans sa décision.
L'avocate de l'accusé, Me Suzanne Corriveau, a souligné l'absence d'antécédents judiciaires de son client en réclamant une peine inférieure à deux ans.
La procureure de la Couronne, Me Rachel Gagnon, a insisté sur les conséquences désastreuses pour les deux victimes et soutenu que les gestes méritent une peine de quatre ans de détention.