Micheline Lanctôt a reçu le prix Jutra-Hommage 2014. On peut remarquer distinctement la trappe en arrière du micro.

Le Louis Cyr des remerciements

Une trappe installée en plein centre de la scène a volé la vedette de la 16e Soirée des Jutra, dimanche soir. Et ce n'est certainement pas ce qu'espéraient les organisateurs du gala récompensant l'industrie du cinéma. Évidemment, après le poteau de Christiane Charette et les bas du Dragon François Lambert, la trappe des Jutra a rapidement ouvert son propre compte Twitter!
Je veux bien croire que les remerciements sont parfois trop longs. Mais de là à installer une trappe juste derrière le micro? C'est du moins l'impression qu'on avait en regardant le gala: un gros trou en plein milieu de scène. Et l'assistance qui retenait son souffle, de peur que les gagnants perdent pied en reculant. Quelle mauvaise idée.
Retenir son souffle, je l'ai fait souvent durant ce gala, ponctué de malaises involontaires. Pénélope McQuade et Laurent Paquin, qui prenaient la relève à l'animation, auraient été meilleurs s'ils avaient eu de bons textes.
Antoine Bertrand n'est peut-être pas l'homme le plus fort du monde, mais il est mauditement doué pour les remerciements de galas, comme dans tout le reste d'ailleurs.
«Louis Cyr tenait la force de sa mère, moi aussi», a-t-il dit, en larmes. Des paroles qui prennent tout leur sens quand on sait que quelques heures plus tôt, il venait d'enterrer sa propre mère, ce qu'il n'a pas précisé sur scène. Le coanimateur de la soirée, Laurent Paquin, en est resté figé, incapable de lire son texte.
Le Jutra du meilleur acteur pour Louis Cyr a quand même été capable de faire des blagues, remerciant ses producteurs «d'avoir mis l'argent à l'écran et non pas dans vos Porsche... poches!» Et, technique toujours gagnante mais néanmoins sincère, il a remercié sa conjointe Catherine-Anne Toupin, sans qui son «Louis Cyr n'aurait pas été aussi bon».
«Merci mon amour de me faire sentir bon, beau et fort», a-t-il dit devant une assistance conquise et émue.
Plus tôt, son partenaire de Louis Cyr, Guillaume Cyr, était aussi très inspiré en recevant son Jutra du rôle de soutien. «Le cinéma doit être riche et original, pis j'pense que ça passe par des nouvelles faces», a-t-il lancé, chaudement applaudi, avant d'ajouter: «Le jour où il va juste rester Transformer à voir dans nos salles, ça va être plate en sacrament.»
On ne peut pas parler d'un bon numéro d'ouverture entre Pénélope McQuade et Laurent Paquin. Des gags suivis de silences, justifiés la plupart du temps. N'est pas humoriste qui veut. Pas sûr que c'était nécessaire de nommer des noms de vedettes comme une liste d'épicerie. Quand un gag suit, parfait, mais quand on nomme pour nommer, c'est moins pertinent.
Personne n'a encore compris pourquoi Gabrielle Marion-Rivard n'était pas en nomination dimanche soir. Sacrée meilleure actrice de soutien, sa partenaire de Gabrielle, Mélissa Désormeaux-Poulin, ne l'avait pas oubliée. «Tu portes l'espoir pour plein de monde, tu répands l'amour partout où tu passes», a-t-elle dit, la gorge nouée, en plus de saluer Micheline Lanctôt, qui lui a donné sa chance dans une pub à sept ans.
Parlant de Micheline Lanctôt, son hommage a été marqué par des retrouvailles avec Ted Kotcheff, réalisateur du film L'apprentissage de Duddy Kravitz. La surprise a même un peu paralysé la cinéaste et actrice, dont le discours était très long. Beau petit film de Jean-Philippe Duval pour rendre hommage à son actrice d'Unité 9. Mais pourquoi avoir omis d'indiquer les titres des films?
C'est bien de laisser des grands noms du cinéma étranger rendre hommage aux réalisateurs québécois avec lesquels ils ont travaillé, mais leurs présentations étaient bâclées et mal filmées. Dustin Hoffmann n'avait clairement pas le goût d'être là.
Chaleureuse ovation pour Claude Robinson
Je ne suis pas sûr d'avoir compris le numéro à grand déploiement autour de Louis Cyr, sur un air de Bruno Mars entre autres. Mais l'arrivée soudaine de Claude Robinson, présenté comme «l'homme le plus fort du monde» par Laurent Paquin, a été saluée par une chaleureuse ovation. Beau flash ces clins d'oeil à Il était une fois Les Boys, présentant les personnages de grands films alors qu'ils étaient enfants, mais la présentation des trois jeunes comédiens du film sur scène était hélas, ratée.
«Je pense que je ne connais pas d'acteur qui ne rêve pas un jour de rencontrer son Denis Côté», a dit Pierrette Robitaille à propos du réalisateur de Vic + Flo ont vu un ours, qui lui a valu le Jutra de la meilleure actrice. Pas de réel emportement des gagnants à propos des difficultés du cinéma québécois, si ce n'est de ce plaidoyer de Micheline Lanctôt aux politiciens: «Les artistes et la jeunesse sont les forces vives de notre société. Ne les oubliez pas, pensez à eux, parce que c'est eux qui vont nous construire comme société.»
Pénélope McQuade et Laurent Paquin ne m'ont pas convaincu d'être les meilleures personnes pour animer les Jutra. Tout ça manquait de rythme, de mordant. Le gala de dimanche était loin du ratage de l'an dernier, mais il manque encore quelque chose pour qu'on accroche à ces Jutra.